‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 39 sur 81 · RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE

pourront être données qu'en latin •», lorsqu'à l'heure présente la philosophie est enseignée en latin dans tous les séminaires de France ?

Ajoutons que la méthode scolastique, malgré les attaques dirigées contre elle, se maintint assez généralement dans les écoles publiques jusqu'à la Révolution française. Des esprits éminents continuaient à croire que l'argumentation syllogistique est une gymnastique intellectuelle très propre à développer la vivacité et la pénétration de l'esprit*. Le président Rolland, tout en condamnant les subtilités, les • questions épineuses et barbares > dont l'École avait si souvent abusé, ne pouvait s'empêcher d'ajouter :

• On reproche à l'Université la méthode scolastique dont elle se sert dans l'enseignement de la philosophie; mais l'expérience a souvent justifié cette mé-

• L'article 17 de l'ordonnance du 2T février 182! prescrit que

• les leçons de philosophie ne pourront ^tre données qu'en latin. » En conséquence, sons le ministère de Frajssinous, le programme philosophiqiie pour l'exameD du baccalauréat Ës-leltres fut rédigé eu latin. L'ordonnance du 36 mars IS29 décréta pour la première fois l'enseignement de la philosophie en français. Dn arrêté du conseil de l'Iiietruction publique (du 11 septembre IS30J développa cette ordonnance. Voy. Recueil de loti et Tiglemenis, etc., t. VII, p. 57 : BulUlin universitaire, t. I, p. 18B. t. Il, p. ^^S.

* Rollin avait dit : » La manière de raisonner pnr syllogisme, qui parait k quelques personnes longue et cnouyeuse, est d'une absolue nécessité eurtoot pour les commençants. <• — Plucbe avait écrit de son cAté : u Ce n'est pas un mal que (^et ancien ota.ge de disputer en latin et de te faire par l'argumeotatlon. Il est aisé de voir qu'on a prétendu par là éviter les écarts et mettre l'esprit dans l'usage de raisonner conséquemment. »

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thode, et la précision qu'elle exige ne contribue pas peu à former le jugement età apprendre àraiaonner*. • C'était faire en deux mots l'apologie d'une formation que la plupart des traités élémentaires s'accordent à défendre à cette époque ; mais les attaques incessantes auxquelles il fallait répondre prouvent l'impopularité croissante où elle était tombée. • Il y a certaines gens du monde, disait l'abbé Haucbecorne, en 1784, dont la délicatesse est blessée par les barbara ou les baroco démodés des syllogismes. Le sage avertissement de la Logique de Port-Royjil ne les a pas désabusés; ils continuent de ne pouvoir s'empêcher de rire et regardent même toute la logique comme un langage de barbare. > Haucbecorne, qui pourtant comptait parmi les esprits les plus avancés de l'époque, défend alors la tradition et donne, en note il est vrai, les procédés et les règles de l'argumentation syllogistique ',

On ne croyait pas pouvoir dispenser la jeunesse de ces exercices. Le Cours d'études à l'usage des élèves de l'École royale militaire, publié à partir de 1777, comprenait une logique, une métaphysique, une morale et des livres de sciences rédigés en français. Il fallait y ajouter un traité, un spécimen de méthode seolastique en latin. L'auteur de cet ouvrage, tout en reprochant aux logiciens de l'École d'avoir trop souvent introduit la dispute et la chicane dans la philosophie, d'avoir favorisé chez les jeunes gens ce libido rîxandi dont parle saint Augustin, qui les habitue à raisonner sur tout et sans fin. tenait cependant à faire ressortir les avantages de la mé-

1 Itullnnd, Recaeil, etc., p. 13».

I llauchecoroe, op. cit., p. 3943, S9.

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tbode scolastique. Elle apprend, disait-il, à démêler le vrai du faux, à. analyser, t On distingue aisément, dans les conversations et plus encore dans les affaires, ceux qui se sont exercés à la dialectique. Ils saisissent le point de la discussion, ne l'abandonnent pas, y ramènent sans cesse ceux qui s'en écartent; les autres le perdent de vue à tout moment, et, lors même que la raison est de leur côté, ils ne savent pas la défendre et sont muets àlaréplique'.i Plusieurs professeurs s'attachaient donc à vanter la scolastique, et, jusqu'en 1789, nous voyons les partisans de cette méthode la défendre contre les attaques *.

On faisait plus, on continuait à l'appliquer. La Philosophie de Toul, qui durant un quart de siècle fut très répandue dans les collèges, était rédigée dans une forme scolastique, trop scolastique même au gré du président Kollaod ^ Mais comment s'étonner que l'an-

■ Spteimen melhodi teolattiat m dispvlatiombia philotophicis, ad tuum lioôilU juventulit, 1776.

■ « Uu grand nombre de Mémoires réprouve la méthode scolastiqne ; mais on sait cûmbEcn olle ect utile pour resserrer la dispute dans les bornes étroites de Isiiuestion, pour faire ressortir t'ÉTideoce d'une preuTe et les défauts d'un raisoDDement vicieui. Elle donne de la souplesse, de ta péaétratioa et de la force à l'esprit. Cest elle qaî dépouille le sopbisme orgueilleux de ses vains ornements «t le réduit à sa juata valeur, tin syllogisme en forme suffit quet- <luefoig pour réfuter un volume tout entier. Gardons-uoua bien de supprimer celte ancienne méthode, mais renfermons-en l'usage dans un cercle plus étroit. « Plan d'idueation nationale, (789.

^ iTutitutiones pkitosophice ad wum itminariorum, Tulli Leucorum, 1777, 5 vol., in4. Au momeot où parut le Recueil de plusieurs ouvrages du président Bolland, la Philosophie de Toul avait en déjà quatre éditions [1763, 1769, 1770, 1777?. Il sutlil d'ouvrir la Philosophie de Toul pour comprendre que Rolland (Recueil, p. 141) t'ait trouvée trop scolastique. Ainsi l'auteur, dans le premier Tolnme, p. 61-6fi, se demande : Cur Ht philosophia, et il traite successivement à ce si^'et ; De caïaa efficiente philosophie. — De

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cienne méthocle fût encore prépondérante dans la Faculté deB arts, lorsqu'elle continuait à régner dans les Facultés supérieures, lorsque, pour prendre ses grades en théologie, en droit ou en médecine, les candidats étaient obligés d'argumenter en forme ? C'était là une considération que ne manquaient pas de faire ressortir les défenseurs de la scolastique. La dialectique, disaient-ils, est une préparation aux études des Facultés supérieures. < Que vont devenir ces études si elle est ainsi négligée? Comment enseignera- 1- on désormais la théologie, la jurisprudence, lamédecine? comment se feront ces actes publics sur lesquels on confère les degrés, ces concours en usage pour certaines places ' î » Le règlement du concours pour le professorat dans l'Université donna une consécration nouvelle à l'ancienne méthode. L'examen de l'agrégation de philosophie comprenait deux épreuves, dont là seconde était une thèse à soutenir publiquement en deux actes, de deux heures chacun. On ne se contentait pas de faire argumenter les candidats pour l'agrégation en philosophie, on imposait la même épreuve à ceux qui concouraient pour les humanités ou la grammaire. Ces derniers étaient tenus de < soutenir un exercice public de la durée de deux heures sur les auteurs ■ indiqués. L'obligation d'argumenter continuait à peser sur les vainqueurs, même après leur triomphe. Ils devaient, leur vie durant, être toujours prêts à manier le syllogisme à première réquisition. Un règlement de 1782, relatif au concours en

causa finali philosophia. — De causa maieriaH philosophim. — Df causa formali philosophia. — De causa exemptari philosophim. — Nous sommes en pleine scolastique.

>Gu;toa de MorTean, p. 249-SSn.

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philosophie, portait, que les docteui's agrégés, désignés par le sort, étaient tenus d'ai^unienter, • à peine de trois livres d'amende, qui seront retenues sur leur quartier d'agrégé par le questeur des messageries '. * Ces faits nous donnent la preuve que la méthode scolastique continuait à régner dans l'enseignement philosophique. Cependant de grands progrès avaient été accomplis. Dès le milieu du siècle, Pluche pouvait écrire : « Il n'esl personne qui ne voie avec plaisir l'extrême différence qui se trouve entre le choix des matières qu'on traitait autiefois dans la philosophie et celles qu'on y traite aujourd'hui'. > Une discussion, soulevée à Reims vers cette époque, nous apporte la preuve de cette affirmation. En 1753, l'abbé Jurain, directeur de l'École de mathématiques, prononça à l'hôtel de ville un discours, qui fut imprimé, Sur la vraie méthode de philosophie. C'était une charge àfond contre les subtilités de la méthode scolastique, qu'il traitait de « ridicule et de barbare. » L'Université de Reims se sentit piquée au vif. En son nom, l'abbé Varlet vint, dans un écrit public, repousser ces accusations. « Les temps sont changés, dit-il, la renaissance et les accroissements de la saine philosophie se font sentir de plus en plus. Les Descartes, les Newton, les Mallebranche, les Locke, les Crousaz, telles sont les sources qui se répandent. > Montrant alors les grandes lignes du programme suivi par l'Université, notre apologiste ajoute : < Si M. Jurain voulait parcourir ce qu'on enseigne dans les écoles de Reims, j'ose assurer qu'il retrouverait lespréceptes et les ques-

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