‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 42 sur 81 · RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE

seignemeot philosophique. C'est cette pensée qui a donné naiBsance à la Philosophie de Lyon. Il s'agissait, comme le disait Mb' de Montazet dans le mandement placé en tète de ce livre, de combattre les doctrines néfastes pullulant de toutes part \ détruisant à la fois les bases de la religion et des mœurs.

A mesure que nous approchons de la Révolution française, l'enseignement philosophique parait se perfectionner encore. Un écrit, publié en 1788 par un professeur du collège de La Marche, l'abbé Gosse, nous a conservé le programme du cours de philosophie suivi, à cette époque, dans l'Université de Paris, « La logique, nous dit cet auteur, a été rappelée à sa première institution, celle d'apprendre à raisonner juste... Dans la métaphysique, on supprime les questions oiseuses ; rien de plus sublime • que les pro blêmes qu'on y agite. L'abbé Gosse donne alors le programme détaillé de la logique, de la métaphysique et delamorale.Aucune question se rapportant à Dieu, à l'âme humaine, à la règle des mœurs n'est passée sous silence; aucun des systèmes de négation inventés par les athées, les matérialistes, les sceptiques du Kvin" siècle n'est laissé sans réponse. L'abbé Gosse, après avoir ainsi exposé en détail l'enseignement de l'Université, s'écrie avec un accent de conviction sincère : • Notre philosophie est décriée, j'en conviens, quelques-uns même n'en parlent qu'avec dérision. On représente les professeurs comme de méprisables sophistes, qui ne proposent que des syllogismes captieux; mais c'est une injustice, une ignorance pro-

' UnOigue pullulaiiif infausia sophistarum aeges, qui toeitlaOs viribiu in iltud incubumtnl ul omnia fidei moruingve prineiptn abefactarenl.

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fonde. J'ai eu tout le temps de m'instrulre des matières que je traite. Je proteste avec franchise que la philosophie des collèges est excellente, véritablement instructive sur une foule d'objets et capable de donner au jugement une rectitude parfaite. La philosophie est parvenue aujourd'hui à un si haut degré de perfection qu'il n'y a peut-être point de carrière où l'esprit puisse briller avec plus d'éclat <. >

Tout en faisant, si l'on veut, la part de l'amour filial dans cette affirmation de l'abbé Gosse, nous n'avons aucune peine à y reconnaître l'expression de la vérité. En comparant en effet les traités de philosophie élémentaire parus, quelques années avant la Révolution, avec ceuK publiés un siècle auparavant, il est impossible de ne pas reconnaître la supériorité des plus récents *, Les attaques acharnées que nous avons vu s'élever contre les subtilitésde l'école, contre le langage barbare de la scolastique, la nécessité de défendre les vérités premières que la philosophie du xvm' siècle allait ébranler avec une audace croissante. avaient contribué, à la fois, k écarter les questions oiseuses des ouvrages de philosophie et à en améliorer la forme. L'inspiration cartésienne, si féconde pour la philosophie du xvii» siècle, est entrée définitivement dans l'Université , avec Pourchot , dès l'aurore du xvni' siècle, et a marqué de plus en plus son action dans l'enseignement des collèges. En comparant entre eux les auteurs qui ont traité de la phi-

' Goaae : Exposition raisotmie des principes de rUnivsriité relalieement à Fiducatùm, 1778, iu-8, p. 66-70, ISi.

< On peut «'en «convaincre en compartnt par exemple la Philoiophie de Lyon avec qh ouvrage cité plas haut : Philosophia vetut et nova ad tuum schoie aeeomodata, 16SI, S vol. in-13.

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losophie élémentaire, depuis Pourchot jusqu'à la Ré volutioD française : Dagoumer', Lemonnier*, Caron, la Philosophie de Toul, la Philosophie de Lyon, Hauchecome, Migeoi, il est facile de constater un progrès constant. Les subtilités disparsiîsseat. l'exposition se simplifie, la morale y prend chaque jour pins d'importance et y occupe au moins un volume, les questions oiseuses font place à la discussion des plus graves problèmes, enfin, si la rédaction continue d'ordinaire à s'inspirer de la méthode scolastique, le style, sans être toujours élégant, devient simple, clair, et dépouille de plus en plus cette aridité de termes barbares qui avaient longtemps hérissé de tant de difficultés le vestibule de la philosophie.

Chose étrange, la philosophie des collèges atteignait en quelque sorte une perfection relative au moment où le matérialisme, le sensualisme, triomphante au dehors, menaçaient de détruire toute philosophie. Les traités élémentaires parus au xvni* siècle étaient très supérieurs à ceux du xvn», la Logique de Port-Royal exceptée, alors que la philosophie du xvni" siècle, comparée à celle du xyii*, ne nous offre que déchéance, négation et misère. Cette anomalie s'explique facilement, si on se rappelle que l'enseignement des collèges, loin d'imprimer le mouvement à l'esprit public, ne

■ Dagonmer : Philosophia ad taum tckola accomodala. La première édition parut en 1101.

' Curaut philo$ophkia ad sckoiarum uium aceomodaius. auelore Pttro Lemotmier, proteeseur an collège d'Harcourt, 1150, 6 vol.

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faisait que le suivre et quelquefois de très loin. Au xvn* siècle, la philosophie cartésieniie était depuis lougtemps accueillie dans les académies et dans le monde , lorsqu'elle était encore combattaft dam l'Université. Par contre, au xtiit* siècle. Descartes resta populaire dans l'Université et les collèges, alors qu'il était contesté dans les Académies et abandonné par l'opinion publique.

On sait que ce philosophe, après avoir vaincu Aristot«, dut & son tour laisser le champ libre à Locke et à Condillac. Nous n'avons pas à rappeler ici que le seusualisme avait toujours compté des représentants depuis le xvi» siècle, que, contenu en germe dans la méthode expérimentale de Bacon, défendu par Gassendi et ses disciples, il rencontra enfin Locke et Condillac qui l'appliquèrent aux sciences psychologiques. Voltaire, par ses Lettres sur les Anglais, parues en France en 1734, consacra réellement la renommée de Locke et se montra toujours l'adversaire le plus acharné de Descartes. La réaction anti-cartésienne marcha de front avec la réaction anti-chrétienne. La philosophie cartésienne avait eu une trop heureuse influence sur la religion elle-même, elle avait inspiré à Descartes et à ses disciples de trop belles pages sur Dieu ou sur l'âme humaine, pour que ceux voulant détruire la religion ne dirigeassent pas en même temps leurs attaques contre la philosophie qui avait établi avec tant de force les vérités sans lesquelles tout édifice croul» par la base. Aussi, tandis que d'un côté Voltaire exalte Locke, le félicitant, alors que « tant de raisonneurs » avaient fait t le roman de l'âme », d'en avoir écrit» l'histoire •, de l'autre, il déprime Descartes; il se vante d'avoir

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