‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 48 sur 81 · SUIVRE LA NATURE · texte numérisé non relu

SUIVRE LA NATURE

Le lecteur a déjà proDoncé ici le nom de Rousseau, dont le grand principe était de pratiquer l'éducation négative, de livrer Emile à la nature. On sait avec quel soin il écartait de lui tout ce qui, au point de vue physique, intellectuel et moral, pouvait contrarier en rien, faire dévier, ou même activer le développement spontané et normal de ses facultés natives. Il préfère laisser croupir son enfance , son adolescence dans une ignorance complète, plutôt que de donner des livres, des maîtres à celui qui, loin de recevoir du dehors une impulsion factice , doit en quelque sorte tout tirer do lui-même. Les réformateurs du xviii» siècle, sans pousser ainsi jusqu'au paradoxe la maxime de Rousseau ', n'en proclament pas moins que le vrai moyen de régénérer l'éducation, c'est de la ramener à la nature. « Les principes pour instruire les enfants, dit La Chalotais*, doivent être ceux par lesquels la nature instruit elle-même. La nature est le meilleur des maîtres. » Le premier principe de la nouvelle éducation, c'est donc avant tout de s'appuyer sur la nature.

A la veille de la Bévolution, Daunou traçait ainsi les règles de l'éduBation intellectuelle du premier âge: € Observer et seconder les développements des facul-

< « La meilleure et la plas difficile en mSme temps, c'est sans doute cette éducation négatinK, dont un philosophe Éloquent a si bien développé l'art et les effets, mais à laquelle il atlribuait une durée trop longue. Tout consiete à ne donner aux eafants aucune idée rauaae, à ne pa« effrayer leur imaijiQation par des récite . fantastiques, à ne leur apprendre aucun de nos préjugés, à ne leur adreBBer aucune !ei;on directe, à ne les tromper jamais. > Daunou, Lettres sur fÈducation. aourual encyclopédique, 17S9, t. VII, p. iOG.

> Op. cit , p. 37.

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tés; quelquefois redresser les écarts de la nature, ne la contraindre jamais... Adresser aux sens les premières instructions, mettre à profit la curiosité, enrichir la mémoire que la curiosité éve.ille; égayer et régler l'imagination, ce résultat précieux des sensations et de la mémoire, présenter aux passions qui en naissent leurs véritables objets, exercer enfin cette faculté que toutes les autres concourent à produire et qui se perfectionne par elles, la raison : telle sera la marche de l'instituteur'. >

On voit l'attention des éducateurs à suivre la nature. Mais, comme les premières facultés que la nature met en exercice dans l'enfant ce sont les sens, il faudra s'attacher, selon l'expression de Daunou, à adresser aux sens les premières instructions. < Exercer les sens, disait Rousseau, c'est apprendre pour ainsi dire à sentir. > La Chalotais rappelait à son tour que « l'homme ne commence à avoir des connaissances que lorsqu'il commence à faire usage de ses sens. Sa première sensation est sa première connaissance... Ainsi, le principe fondamental de toute bonne méthode est de commencer par ce qui est sensible, pour s'élever par degrés à ce qui est intellectuel, par ce qui est simple, pour parvenir à ce qui est composé, de s'assurer des faits, avant -de rechercher les causes*. »

Le xvn* siècle, poussant le spiritualisme à l'extrême, avait paru oublier que l'homme est composé d'un corps aussi bien que d'une âme. Lexvni" siècJe tomba dans l'excès contraire : à un spiritualisme outré succéda un naturalisme sans frein, qui jeta la pédagogie comme la

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