‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 6 sur 81 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

I. Progrèa accompli! fkr RoIIÎd dans l'eDseigDemeDt du latin. — 11. Ses idées Bar les autres poiaU. -~ Son livre, vrai code des études classiques.

Le XVIII" siècle qui remua tant d'idées, qui appela au tribunal de ses littérateurs, de ses philosophes, de ses économistes, de ses politiques, les institutions, les mœurs, le gouvernement, la religion, ne pouvait manquer de parler éducation. Il en parla en effet, il en parla à satiété. Il flt de ce grand mot qui remplit toutes les bouches, résonne à toutes les oreilles, se rencontre

„..^L,Cooyk'

sous toutes les plumes, un thème à déclamations faciles. Il apporta dans la discussion de ce sujet si délicat et si complexe, cette témérité hardie, ce souffle plus destructeur que fécond, cette ardeur intempérante et généreuse qui devait être la source de tant de progrès et d'erreure.

Le xxin" siècle avait eu cependant la bonne fortune de rencontrer dans l'Université de Paris un homme joignant à une longue expérience un esprit à la fois sage et progressif, i-espectueux de la tradition, mais partisan des réformes utiles ; il venait de donner dans le Traité des études ' la solution vraiment pratique aux questions relatives à, l'étude des langues anciennes. Nous voulons parler de Rollin,

On sait de quel esprit s'inspira l'auteur du Traité des études. Port-Royal s'était donné la mission de simplifier l'enseignement du latin, en rédigeant toutes ses grammaires en français, en donnant à la version l'importance attribuée jusqu'alors au thème, en réduisant les compositions et les devoirs écrits pour accorder plus de temps à la lecture des auteurs, en plaçant entre les mains des élèves des traductions françaises mises en regard du texte, en rendant enfin les vers latins facultatifs. Comme Port-Royal, Rollin réclame la grammaire latine en français *, Comme Port- Royal, il veut simplifier les règles grammaticales,

■ Le Traiii det ëlwies parut an 17S8.

' • Parce qa'en tODte BCience, dil-il, en touie ^od naissance il est naturel de poster d'une chose connue et cUireii une chou qsi est incoaune et obscnre. « Traité dts itudes. Ut. Il, chip. ht.

j L,C oogk

40 ROLUN

les éclairer par l'usage, doaaer enfin à la version, à l'explication des auteurs, plus d'importance, plus de temps qu'au thème et à la composition'. Si, à la différence des illustres solitaires, il conserve les vers latins, s'il se refuse à permettre aux élèves l'usage des traductions, il réclame l'enseignement de la langue française par principes, ce dont n'avait pas parlé Port-Royal.

On rappelle aujourd'hui aux professeurs que, dans l'enseignement des langues anciennes, • le but principal est la version, > que < le thème doit être surtout considéré comme moyen de vériâcatioa > ; on leur recommande • le thème oral fait en classe sous la direction et la participation du maître > ; on leur conseille enfin * de restreindre sensiblement l'usage des dictionnaires *, > RoUin aussi cherchait dans les thèmes des basses classes le moyen, pour les élèves, de I mettre en pratique les règles qu'on leur a souvent

< Rollin eapprîme le thËme pour les jcuoes âllea apprenant le latÎD (Uv. 1, cbap. i[) et aussi pour Ipa commençants. « Pour ce qui est des commencements, dit-il, je n'hésite pas à décider qu'il «n fiDt presque absolument écarter les thèmes qui ne sont propres qu'à tourmenter les enfants par un travail pénible et peu utile, et à leur inspirer du dégoût. » — Rollin veut qu'on tienne le u sage milieu que suit l'Université en ne se livrant point totolement t, une seule de ces méthodes, mais en les unissant toutes deux ensemble et tempérant l'une par l'autre, de sorte pourtant qu'elle donne plus de temps, même dans les commencements, à l'explication des auteurs qu'à la composition dei thèmes. • Llv. U, chap. Ul.

Quant au grec, Bollin dit que les parents étaient peu disposés i le fa're apprendre, que dès lors « l'Université a bien senti que, l'usage du grec étant maintenant réduit h l'intelligence des auteurs, sans que nous ajons presque jamais occasion ni de le parler ni de l'écrire, elle devait principalement appliquer les jeunes gens à U IraducUon. u

■ Plan ttélutUs pour rerueigiumml aeeondaùt, 1880, p. 6 et 7.

D,„„,..^L,Coog[c

ttOLLIM 41

expliquées de vive voix > ; lui aussi connaissait )es extemporalia et faisait faire quelquefois * des thèmes en classe... de vive voix », lui aussi, voyant dans ' l'iialiifude de feuilleter ■ les dictionnaires « une perte de temps considérable >, cherchait dans l'explication des auteurs • comme un dictionnaire vivant. une grammaire parlante i. et dans les thèmes oraux faits eo classe, un excellent moyen d'habituer les élèves < à se passer de dictionnaire '. >

L'homme qui simplifiait ainsi la grammaire, réduisait l'usage du dictionnaire, donnaitle pas à la version sur le thème, conseillait les thèmes oraux, faisait une part à la traduction des auteurs, initiait enfin l'élève à l'intelligence des chefs-d'œuvres antiques, en lui prodiguant les conseils de sa longue expérience, en lui présentant toujours, dans les cours d'humanités et de rhétorique comme dans les classes de grammaire, plus d'exemples que de préceptes, moins de raisonnements que de lectures, un tel homme était bien digne d'être accepté comme le législateur incontesté de l'enseignement secondaire au xvm* siècle.

Il y avait sans doute des lacunes dans le Traité des études. L'histoire de France, l'histoire moderne, les sciences physiques et mathématiques n'y occupaient pas une place en rapport avec leur importance et leurs progrès. La nécessité d'élargir les programmes allait donc s'imposer plus impérieusement de jour en jour. Néanmoins, au point de vue particulier

' Traiié dt» étude$, liv. II, chap. m.

de r«a9eignement classique, RoUin avait exposé la vraie méthode, méthode que nous ne pouvons pas nous vanter d'avoir beaucoup perfectionnée depuis cent cînqua,nte ans '. On a pu plaider la cause des lettres avec plus de verve et d'éloquence ; mais nul n'en a parlé avec plus de compétence, plus d'amour ; nul n'a tracé d'une main plus habile les règles de cette éducation classique qui, par une progression lente mais sûre, éveille la pensée de l'enfant, forme son jugement, développe son goût, et le conduit par une ascension constante au plein épanouissement de toutes ses facultés.

C'est pourtant cette méthode d'enseignement que les novateurs du xviii» siècle vont attaquer comme trop lente. Tandis que certains professeurs , à la suite de Cribert, se cramponnent fermement à toutes les traditions d'un autre âge, traitant presque Rollin de révolutionnaire; tandis que la plupart des maîtres de l'Université adoptent le Traité des études comme le code de l'éducation, et se glorifient à travers tout le xvm* siècle de suivre les traces de Rollin *, les réformateurs, trouvant ce livre trop timide, vont tenter d'ouvrir à la jeunesse des écoles des voies inconnues. Le vent était à la réaction; il fallait des changements à tout prix. Curieux temps, étrange pays qui prennent

< Des esprits éminents s'en sont déclarés satisfaits dans notre siècle. M. VillemaÎD a dit qne » on n'a pas fait un pas ■ depuis Rollin, et M. Nigard que, u dans les choses de l'édacation, le Traité du itudes est le livre unique ; c'est le livre. »

' Le prËsideot Boliand dira de Rallia dans ioaplan d'ëdacation (p. ItS] : X II est difficile de réunir dans ua ouvrage plus de jugement, de goûtet d'bonuéteté ; on y voit toujours marcher ensemble l'esprit et la raison, la vertu et les lettres, les préceptes et les exemples. . . c'est dans ce livre que tout instituteur trouve les véri tabU* règles de l'éducAtion. >

„.,Cooyk'

RÉACTION" CONTRE LE LATIN AU XVni« BIÈCLE 4S

tout à coup en pitié toutes les vieilles institutions, et où il va être de mode de condamoer le passé parce qu'il est le passé. Les écrivains faisant l'opinion, distribuait la renommée, oublient que la France devait i son système d'éducation près de deux siècles de gloire littéraire ; ils vont tourner leurs armes contre ce sein de VAltna mater qui les a nourris, et se servir pour combattre les collèges de cet art d'écrire dont ils ont fait l'apprentissage au collège même.

Page 1