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CHAPITRE PREMIER

Éducation physique

Plaintes snr la négligence des exercices du corps. — Rousseau. — Vogue de ta gymnastique.

Le XVIII» siècle, après avoir transformé les méthodes et les programmes d'éducation intellectuelle, voulut réformer ou plutôt créer l'éducation physique. Les anciens maîtres de l'Université de Paris étaient des chrétiens convaincus et sévères qui, faisant passer avant tout autre intérêt le salut éternel de leurs élèves, pensaient moins à la santé des corps qu'à celle des âmes. KoUin ne faisait pas difficulté de l'avouer dans le Traité des éludes. La Chalotais pouvait dire avec vérité : « On a trop mis à l'écart le soin de la santé, les moyens de la conserver et les exercices du corps'. • A la veille de la Révolution,

< La Chalotais, op. cit., p. 21.

l'Université avait à se défendre contre les mêmes reproches. Voici l'accusation qu'on nous adresse, disait , en 1788 , un professeur du collège de La Marche : < Le physique est absolument négligé. L'on ne s'occupe que de thèmes, de versions et de vers latins, quand il s'agirait de former à l'État des hommes robustes et des citoyens utiles. • On ne parle que de cultiver l'esprit, le cœur, et on oublie le « corps qui mérite des soins particuliers '. >

Est-ce à dire pourtant que l'ancienne éducation prit plaisir à écarter tout soin physique, adonner aux élèves un travail au-dessus de leurs forces? Nullement. RoUin avertit au contraire les parents » de ne pas trop pousser leurs enfants pour l'étude dans les premières années, parce que le soin de leur santé doit marcher avant celui de la science, > Il place entre les études un temps de récréation où les élèves se livrent aux divertissements de leur âge. Ds préfèrent, dit-il, • ceux où le corps est en mouvement... Une balle, un volant, un sabot, sont fort de leur goût, aussi bien que les promenades et la course ', » Des récréations, des promenades, quelquesjeux mettant le corps en mouvement, voilà ce que les collèges accordaient à. l'éducation physique. C'était trop peu. Aussi avec quelle amertume les réformateurs reprochent aux anciens maîtres de négliger totalement « le physique..., comme si l'homme n'avait point de corps, comme si le corps ne partageait pas les fonctions de

' L'abbé GoBBe : Exposition raisonnes des principes de fUttiversiti relativement à l'éducation, 17SS, p. 78-79, > Traité des études, 1. 111, p. 253-25*.

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l'âme, comme si rhomme achevé ne résultait pas de la perfection de l'un et de l'autre '. »

li ÊiUait d<uic rétablir l'équilibre entre les deux parties du composé humain, et remplir enfin dans l'éducation un vide que les esprits éclairés des âges précédents avaient demandé de combler. Montaigne n'avait-il pas dît depuis deux siècles : * Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse; il ne fault pas dresser l'un sans l'autre, mais les conduire également comme un couple de chevaulx, attachez â meame timon*. » Cent ans plus tard, un esprit à la fois sage et hardi, l'abbé Fleury, après avoir revendiqué les droits de l'esprit et du cœur, plaidait la cause du corps, c cette autre partie de nous-mêmes... On connaît assez les biens du corps, disait-il, la santé, la force, l'adresse, la beauté ; mais on croit qu'il faut que la nature nous les donne. L'art de les acquérir est totalement • oublié; cette sorte d'étude n'est point en usage parmi uous^. >

I Cojer, op. cit., p. 97.

' Montaigne ; Essais, Ut. I, et. xxv, Gargantua, dans Rabelais, (ch. IliiiJ, reçnt ansai une éducation physique complète. II a montait sur nu coursier..., conrait le cerf, le ctievreuil, l'ours, le sanglier, le lièvre;... nageait eu profonde eau;... gravait es arbres comme un cbat, saultait de l'un en l'aultre comme un escarieax... ; jectaït le dard, la pierre, la javeline, l'espieu, la hallebarde, l'arc.,., pour s'exercer le thorax et pulmon, criait comme tous les diables..., appelant Eademon depuis la porte ^aint-Victor jnsqnes à Montmartre. Steotor n'eut onques telle voix à la bataille de Troie. Pour galentir les nerfs, on lui avait fiict deux grosses saulmones de plomb, .. lesquelles il nommait altères. IceUes prenait de terre en chasque main et les eslevait en l'aer au-dessus de la teste, etc. « VoilA une gymnastique complète, sans compter les 316 jeux (ènnmérés ch. xxil) auxquels on faisait amuser Gargantua.

' Fleury : Traité du choix et de la méthode des éludes, ch. 3ii. Fleury y plaide longuement la caase du corps. 11 s'étonne qu'on

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Les écrivains du xviii" siècle s'autorisaient de ces témoignages. Mais leur sollicitude pour l'éducation physique de la jeunesse ne s'étendait pas seulenaent aux années du collège; elle prenait l'enfant à sa naissance même et s'emparait de lui dès le berceau. L'auteur le plus souvent cité à ce point de vue particulier durant cette époque, . Locke avait donné pour titre à son livre : De l'éducation des enfants. L'écrivain anglais avait, comme les anciens, pour maxime que « le bonheur dont on pent jouir en ce monde se réduit à avoir l'esprit bien réglé et le corps en bonne disposition. Ces deux avantages, ajoute-t-il, renferment tous les autres ' . » Locke, qui cite souvent Montaigne, est cité k son tour par les écrivains français du xvni« siècle. On voit alors paraître une foule de livres ayant généralement pour titre : De l'éducation des enfants *, où l'on conduit l'homme depuis le berceau jusqu'aux dernières années de l'adolescence. Ce sont de véritables traités d'hygiène . j'allais dire de médecine, s'inspirant pour la plupart d'un ouvrage publié sur ce sujet, en t760, par un médecin, nommé Des Essarts^. Tous les perfec-

néglige les exercices physiques, snrtoat pour les élèves destinés à l'état militaire : h Est-ce qu'ils n'ont que de l'esprit et poiot de -corps? s'Écrie-t-il. Est-ce que te latin ou la philoâopliie du collège leur sont plus nécessaires que Is. santé 7 ■

< Locke, ûp cit. Les quarante premières pages de cet ouvrage reDrerment des détails miontieui. sur les soies à donner aui enfants. — L'un dos conseils de Locke qui tut le plus discuté par le siècle fut de savoir s'il convient de leur faire prendre des bains froids. Rousseau, Grivel, etc. sont avec Locke pour l'alBrinative.

* La sollicitude pour le corps se traduit jusque dana le titre de ces ouvrages, par exemple : Principes d'iTisliluCion du la manière d'étevir les en;ants dei deux sexes, par rapport ou corps, à l'esprit et au ccEur,par l'abbé Le More, 1774, 1 vol. in-ta, 46* p.

3 Des Essarts : Traité de Céda-mtion corporelle des enfants en

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tionnemflDts relatifs à l'éducation physique, toutes les réformes que Rousseau devait faire triompher par son éloquence, comme la liberté du maillot, l'allaitement des enfants par leur mère, avaient été demandés avant l'apparition de l'Emile.

Néanmoins, c'est bien Rousseau qui doit être regardé comme le véritable apôtre de l'éducation physique au xvn» siècle. Tout en faisant de larges emprunts aux écrivains qui l'ont précédé, tout en s'inspirant de Montaigne, de Locke, de Des Essarts, il donne à ses conseils cette forme entraînante qui les Mt accepter. Son amour même du paradoxe, sa rupture éclatante avec les anciens usages, le parti pris qu'il affîche de ne voir que le corps dans son élève, de laisser dormir durant les premiéi'e années son esprit, sa conscience et son cœur, le soin qu'il prend de faire de lui un animal robuste, tout assure à Rousseau l'honneur d'avoir converti l'opinion à l'éducation physique. Les contemporains ne s'y trompèrent pas. L'abbé Auger, professeur d'éloquence au collège de Rouen, plus tard professeur au collège de France, dans un discours prononcé dans la capitale dé la Normandie, — après avoir rendu hommage à l'auteur de VÊmile, < à ce philosophe profond, * dont

bat-ige, 1764, 1 vol. in-12, 410 p. Cet auteur traita de !a grossesse, du maillot, du berceau, du coucher, du sommeil, de la nourriture,, du lait, de la nourrice, du aevrage, des soios de propreté, de la pousse des dents, de l'habillement, de l'exercice, etc. — On est un peu surpris de retrouver cea conseils, qui ne sau- •^ent nous étonoer de la part d'un médecin, dans les ouvrages pédagogiques da tempe qui par leur sujet paraissaient se rapporter moins directement à l'hygiène. iVoir en particulier l'oDTrage cité plus bant de Le More, p. 1-99, celui de Grivel : Théotie de tédveatUm, i. I, p. S67-39S.

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le livre • est un riche trésor où l'on trouve sur l'éducation une foule de vérités neuves et lumineuses, les réflexions les plus justes et les plus sensées, la morale la plus pure et la plus sévère > , — fait remarquer que le précepteur d'Emile * travaille surtout à lui fortifier le corps, à perfectionner ses organes *, ne formant t l'esprit et le cœur que par occasion et par forme de conversation. » Auger se devait à lui-même de trouver excessive cette i éducation toute corporelle > ; mais, cette restriction une fois faite, il ne tarit pas d'éloges sur la pensée qui inspire l'auteur de VÉTnile, et à Rouen, dans un discours pour la rentrée des classes, prononcé devant une assemblée • composée en partie de mères tendres », quel est le sujet qu'il traite? c'est, de ■ rinfluence de l'éducation du corps sur l'esprit et sur le cœur '. • On le voit, la cause de l'éducation physique était gagnée, et désormais elle occupe une large place dans tous les ouvrages traitant de pédagogie, jusqu'à la Révolutiou française*.

La sollicitude corporelle, qui suivait l'enfant depuis son berceau, ne l'abandonnait pas à sou entrée au collège. Les programmes des maisons tenues même par des religieux parlent de • perfectionner le régime physique, moral, litteraire et religieux des élèves '. »

' Anger : DUcours ïui" l'éducation, prononcé an collège de Boueo, ma, 180 p.

ï Voy. GrïTel, op. cit., — Corbin ; Traité d'éducation, 1788.

^ C'est le programme du collège de Brioudo teuu par les Pères du SBiDt-SB.cremeuU On trouve dans ce programme l'article eaivant : u Peigneuaea. — Elles sont spécialement chargées de la propreté des petitâ pensionnaires confiés à leurs soins. Elles les peigneront régulièrement tous les jours et auront soin de poudrer et pommader leurs cheveux, de mettre leur col, de couper tous les

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Dans ce but, on ne se contente pas de bien aérer les établissemeiits, d'y faire régner une propreté rigoureuse. D s'agit d'y organiser tout un système d'exercices destinés à fortifier, à développer les forces de l'élève. Avec quelle ironie on raillait les amusements enfantins, les quelques petits jeux jusqu'alors en usage dans les collèges, comme la toupie, colinmaiUard, cligne-musette, la balle, le baUon. quelques sauts de corde, quelques courses d'étourderie sans but et sans émulation 1 Voilà, disait-on, tout l'appareil gymnastique de nos maisons d'éducation. < on prendrait nos collèges pour des gynécées '.> Comment combler cette lacune, comment donner à la formation physique l'importance qui lui convient? lî'est en établissant en France ces exercices de gymnastique qui avaient donné le nom aux gymnases de l'antiquité. • Instituteurs modernes, s'écriait Coyer, vous traduisez en latin le mot collège par celui de gj/înnasium,, gymnase *, vous avez gardé le mot et rejeté la chose. »

On sait jusqu'à quel point cette époque abusa, du moins dans sea livres, de l'idéal païen , avec quel étrange à-propos elle aUait chercher dans la Grèce et dans Rome des modèles pour la société raf&nëe du xvm* siècle. Qui est-ce qui songeait à tenir compte de la différence des civilisations ? N'était-ce pas se donner un vernis d'érudition et céder à la mode que d'évoquer les coutumes de deux grands peuples disparus ? Les écrivains aimaient à faire des reclierches

t^amedis ïenre ongles, de nettoyer leore sonliera. » Jftioatire j Les anciennes écoles de VAwiergne, p. 3tS-3l1.

' Coyer, op. cit,, p. 97.

1 Id., ibid., p. S3.

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sur les différents jeux eu usage dans l'antiquité, et un professeur du collège de Chàlons-sur-Marne ne consacrait pas moins de deux volumes à un ouvrage ayant pour titre : Les exercices du corps chez les anciens pour servir à l'éducation de la jeunesse '. Quelle bonne occasion la question de la gj'mnastique fournissait aux auteurs de faire défiler devant le lecteur toutes, les autorités païennes 1 Les uns invoquent de préférence le grand nom de Rome. « Quelle différence, s'écrie l'abbé Auger, entre nous et les Romains, car j'y reviens volontiers et Je ne puis assez les prendre pour modèles *. > D'autres aiment mieux aller demander des exemples à la Grèce. D nous font une pompeuse description des jeux olympiques, des jeux isthmiques, des jeux néméens. Ils nous montrent la jeunesse d'Athènes s'exerçant au disque, au ballon, à la paume, au pancrace^ au pugilat, à la, lutte, au javelot, à tirer de l'arc, à sauter, à danser, à courir à pied, à cheval et sur des chai-a. On ne nous épargne aucune citation. Le mens sana in corpore sano, de Juvénal; le mot de Solon ; < Notre premier soin est de donner aux citoyens des corps robustes et de bonnes âmes » ; la flère réponse des dix mille à Xénophon : • Nous avons des corps plus robustes, plus endurcis à la peine que ceux des Perses qui nous poursuivent, noua avons aussi des âmes plus fortes, la victoire doit être pour nous >, tout est rappelé à son tour, tous les grands noms de la Orèce et de Rome défilent devant nous pour venir témoigner en faveur de la gymnastique. Comment résister à de

' » Sabbathier, 1772.

1 Auger ; op. cit., p. i{. — Helvétius demaDdait aussi les exer-

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telles autorités, à de tels arguments. La gymnastique triomphe, tous les cœurs sensibles s'attendrissent à la pensée des bienfaits qu'elle va répandre sur la France ; ce nom est dans toutes les bouches, gravé dans tous les cœurs, et c'est de la gymnastique, nous l'avons vu, que les principaux de collège parlent à la rentrée des classes devant des assemblées composées • de mères tendres. •

On avait beau pourtant vouloir copier les usages des anciens, on ne pouvait vraiment pas transporter dans la société du xviii* siècle les habitudes de Rome et de Sparte. Certains esprits trouvaient ces prét«utions ridicules. • Toujours des Romains et des Grecs pour exemple, disaient-ils, on en est excédé'. > Eh bien, on fera quelques concessions. Grivel renoncera à la course des chars, au pugilat, au ceste, au pancrace, à condition que vous lui accordiez le ballon, la paume, le mail, l'arc, la course, le saut, la lutte, l'équitation, l'escrime, la danse et la natation ; comme plusieurs auteurs contestent l'utUité de ce dernier exercice, sous prétexte qu'on trouve toujours plus de noyés parmi ceux qui savent nager, Grivel ne manquera pas de donner un moyen de rappeler les noyés à la vie '. Mais tous les réformateurs ne se montraient pas d'aussi bonne composition. Ils demandaient pour la jeunesse française ces exercices violents que Diderot avait admirés en Russie et au sujet desquels il disait à l'Impératrice : « Ainsi élevés, vos jeuneb gens ne seront pas de malheureux petits hygromètres. » Comment les Français, tenus sévère-

t Voy, Coyer, op. cit., p, 55. flfl, 252.

ï Grivel, op. cit.,l. If, p. 1-80, consacre quatre-viogtB pages à iH question de la gymnastique.

ment, habitués de bonne heure aux bains froids, au mouvement, au grand air, aux variations de climat, aux intempéries des saisons, à une nourriture frugale, à des vêtements légers, à coucher sur la dure, à des exercices faits pour développer et fortifier les membres, ne formeraient-ils pas un peuple nouveau*? 1 Du sein de cette éducation mâle, s'écrie avec enthousiasme un réformateur, on verrait sortir une race avec des muscles d'acier. Et pourquoi ne jetterait-on pas aussi quelques degrés de force dans l'éducation des filles, quelques exercices qui leur donneraient des nerfs comme aux filles de Sparte ? De tels mariages, de tels aigles n'engendreraient plus des colombes'. » NousvoilààLacédémone;on appelle petits athlètes des bambins de sept ans; à. onze ans on leur fait franchir des fossés « pleins d'eau >, à douze ans on leur fait « soulever des masses, porter des fardeaux. » On couronnera l'œuvre par la gymnastique des jeunes filles, auxquelles il s'agit de donner < des nerfs comme aux filles de Sparte. > Nous devons

1 Coyer, op. dt., p. 98, 29D-29S. — Coyer ne paraissait pas se douter qae les Jësuitea avaient iaugé à lui donuer satisfactioD

Biir ce dernier point. On lisait en effet dans ud Exercice lilléraifr donné par les écolier) de rhétorique du collège de Clermont, en Auvergne, le i% août 1760, la question suiTaule : " Lee femmes sont-elles propres aux exercices qui dépendent de la force et de l'agilité du corps T L'histoire ne fait-elle pas mention de deux illustres princesses qui ont emporté plusieurs fois le pris anx jeux olympiques î ■ Le rédacteur janséniste des Nouisellei ecclésiastiques fut très scandalisé d'une telle question. « On juge aisément, écrivait-il. à combien de rËDexions et de bons mots de toute espèce, pour ne pas dire h combien de plaisanteries indécentes, cet exercice tout profane et même scandaleux enra donné lieu, et combien de réponses cyniques il aura occasionnées dans l'assemblée, de la pari des jeunes personnes des deux sexe3 qui s'y étaient donné rendez-vous. ■ Jaloustre, op. cit„ p. 4[>B-tS8.

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Doas tenir heureux qu'on ne leur demande pasde faire ces exercices en présence des jeunes gens.

Cet engouement pour la ^mnastique nous suit et même va croissant jusqu'en 1789. Daunou parle de remettre < aux citoyens des dernières classes quelque bon livre élémentaire sur cet important objet'. > Aucun auteur ne se permet d'écrire sur l'éducation sans faire une large part aux soins physiques *. Ce sont toujours les mêmes plaintes contre la négligence des collèges, les mêmes programmes d'exercices comprenant tous les jeux anciens et modernes, les mêmes fastueuses espérances sur les résultats à attendre de cette formation physique. < Une nouvelle génération sortira bientôt de nos collèges, s'écrie un écrivain de 1789. Loin d'être plongée comme la nôtre dans la mollesse et le plaisir, elle sera robuste et vigoureuse. Eodurcie dès l'enfance aux plus pénibles travaux, elle se fera un jeu de tous ceux que la société lui présentera un jour. Si le courage, comme dit un auteur de nos jours, n'est que le sentiment intérieur de nos forces physiques, elle sera plus courageuse et plus propre que nous à braver les périls de la guerre. On verra bientôt sortir de leurs tombeaux ces antiques «t braves chevaliers dont nous ne pouvons contempler les armures sans éprouver un sentiment confus d'envie, de désespoir et de vénération '. » Le législateur venait en quelque sorte donner à ces idées une con-

' D&naon, Journal encyclopédique, 1789, l, VII, p. 107.

» to Père Corbin, dang son Traité d'éducation (1783, p. 89-111), consacre de nombreuitee pages nu Boia du corps.

9 Plan d'éducation nationale, 1789, p. 430-162. Ces projets ne rsitaieut pas lettre mort«. Cet auteur nous apprend que, rne Somt-Victor, le chef d'une pension, appelé Verdier, tornait «e> élèves par « la marche, le saul, le jet, la course. •

sécration oMcielle. Nous lisons dans le cahier du Tiers-État .de Paris extra muros ; « Il sera fait un plan d'éducation nationale dont le principal but sera de donner aux élèves une consiitutiofi robuste, des sentiments patriotiques et la connaissance des principes nécessaires à l'homme social, au chrétien et au français'. * Nous assistons au triomphe de l'éducation physique. La nourrice et le maître connaissent leurs devoirs. Du berceau jusqu'à la sortie du collège le corps a désormais la première sollicitude.

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