‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 51 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Arts d'agrément

Grande importance attachée anx arts d'agrément. — Former des hommes dn monde. — La danse. — La musqué. — Le dessin.

Le xvin» siècle, après s'être occupé de procurer la force à la jeunesse française, songea aussi à lui donner la grftce *. A une époque où la vie de société, la distinction des manières, les succès de salon avaient

■ Ici encore comme dans la question de la gymnastique, le» réformateurs du îviiC siècle avaient été précédée par ceux du ivi*. Rabelais fait apprendre la musique, la peinture et la sculpture à Gargantua. Rabelais ajoute la danse à ces arts d'agrément, aân «que la bienséance extérieure et l'antregent et la dispositilin de la personne se façonnent quant et quant l'Ame. >• On sait que Lather plaçait l'étude de la musique immédiatement aprésl'etnde de la théologie.

tant d'importance, les parents attachaient moins de prix à voir les enfants bien instruits que bien élevés. Quoique sur ce point l'éducation de la famille, l'usage du monde valussent mieux que tout«s les leçons de ceux qu'on appelait volontiers des pédants et des rustres de collège, on n'en demandait pas moins à ces pédants et & ces rustres de dégrossir le nourrisson deS' muses, et on leur aurait plus difficilement pardonné d'en faire un pédant qu'un petit maître. Un écrivain contemporain nous apprend que les parents donnaient volontiers à un enfant trois ou quatre professeurs « pour la musique, le dessin, la danse, les armes, le violon. Je ne veux pas que mon fils soit un docteur », disait-on, faites-en non un pédant, mais un homme du monde.

Transportons-nous au collège de Troyes, tenu par les prêtres de l'Oratoire. On y change de souliers tous les jours et de linge deux fois par semaine. Tous les SMrs on met des papillottes ; tous les matins, durant la première étude, on se fait peigner et ajuster. Les plus beaux habits et appel à tout l'art du perruquier, les dimanches et les jours de sortie. Les gentilshommes reçoivent leurs épées. La plus grande urbanité doit régner parmi ces jolis messieurs. Défense de se pousser, de porter les mains les uns sur les autres, de se tirer par les vêtements, d'ôter les redingotes sans permission, de déboutonner les vestes à plus de moitié. Défense de se livrer à, des disputes, querelles, murmures, jurons et ■ autres mots de cette espèce. » Point de rustres ni de mal-appris. La table du réfectoire est une école de politesse et de bon ton. On reconnaîtra à la tenue, à la façon de manger et de parler, à la sobriété, à la prévenance envers ses camarades pour

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le choix des plats et des morceaux, l'élève de l'Oratoire. Les maîtres emploient certaines expressions qui pourraient sembler naïves dans un règlement de collège : « On tâchera, etc., • tant ils désirent conduire leurs élèves moins par la contrainte que par le sentiment et le point d'honneur '. Dauuou s'inspirera de cette tradition de l'Oratoire quand il dira, en 1789 ; « Pourquoi les pensionnats ne seraient-ils point des écoles de politesse, puisque nos enfants sont destinés à vivre au milieu d'une nation qui doit se féliciter de l'urbanité de ses mœurs * ? >

Malheureusement, avec ces préoccupations si légitimes d'urbanité et de bon ton, certains maîtres ne surent pas toujours défendre leurs élèves des tentations et des soins de la vanité. • La toilette est devenue une affaire sérieuse », s'écrient avec douleur les directeurs du collège d'Ancenls ^. A cette époque, le perruquier était un haut personnage, t C'est un grand embarras dans un collège que le soin des têtes >, dit l'abbé Proyart. Il conseille, sans espérer l'obtenir, qu'on fasse porter aux élèves les cheveux courts. Il donne alors plusieurs conseils pour simplifier la besogne des coiffeurs. A son avis, si les perruquiers faisaient usage de < houppes plates > s'appliquant immédiatement sur les cheveux, la toilette serait plus rapidement menée *. Partout le fameux perruquier, avec* poudre et pommade tous les jours», avec

* Carré : Les ilévei de, fancim collège de Troyes, 1881.

* DauQOU : Journal encyclopidiq-ae, 1789, t. VIII, p. 13.

* Léon Maître, op. cit., p. 131-133.

* Proyart, op. cit., p. 151, 173-173, Projart (ibid., p. 151) se plaint aus»i que les couvents de filles «oient devenaa des École* lie mondanité.

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accompagnement néceasaire des • maîtres de musigne, de violon et de danse '. •

A une époque si attentive à préparer dès le collège des hommes du monde, les arts d'agrément ne pouvaient manquer d'être en honneur. B n'est pas un auteur, traitant de l'éducation, qui ne nous vante avec la musique^ le dessin, l'escrime et surtout les bienfaits , les verttts de la danse '. A peine le gamin peut-il faire quelque gambade, que de six à sept ans il est déjà question de l'astreindre aux mouvements corrects et mesurés. Je ne jurerais, pas que dès cet âge on ne l'eût appliqué au grave menuet si cette danse n'eût déjà, un peu passé de mode avec Louis XIV lui-môme. On connaît la consultation rapportée dans le conte de Jeannot et Colin, par Voltaire, au sujet de l'éducation du jeune marquis de la Jeannotière. On écarte successivement l'étude du latin, de la géographie, de l'astronomie, de l'histoire, de la géométrie, de la hotanique, du blason, etc-. f Que £audra>t-il donc apprendre à mon fils? demande le père — A être aimable, répond l'ami que l'on consultait. » Effectivement, • après avoir examiné le fort et le faible des

■ ArtlLur du ChSae : Vn petit collège avant et pendant la Révolulion, p. 26. — \oj. ausBi le prospectus pour le collège de Beaumont (Rev. de l'eus, secondaire, 15 mai i8S6)— et pour celui de Brioude ' " Tous les jours poudrer et pommader leurs cheveux. <•

'Voy. Grivel, op. cit., t. II, p. 41-48. — Le More, op. cit., p. 261-270. — Cojer, op. cit., p. 13Ï-132, 214, 221-226. — Diderot écrivait de sou côté ; <• Si ces talents qui distinguent le galant bomme, l'bomme du monde, du pédant et du moine, n'out jamais fait partie d'aucune institution publique, c'est sans doute une des suites du défaut invétéré de noire éducation monacale. U ; a près de neuf cents ans que nous ne voyons aux étudiants que la soutane et le froc. <■

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sciences, U fut décidé que M. le marquis apprendrait à danser. •

La France avait emprunté, dès le xvi* siècle, à l'Italie et k l'Espagne, des danses dont les pas étaient étudiés avec art ; mais c'est Louis XIV qui fit de cet exercice l'un des amusements nécessaires et privilégiés de la cour. La noblesse se montrait à l'eavi dans ces ballets ' où la passion du roi pour la danse inspirait la muse de Benserade. Louis XIY fonda même, eu 1661, une Académie de danse ; les considérants des lettres -patentes données à cette occasion* montrent toute l'importance qu'on attachait à. cet art. Les éducateurs avaient déjà devancé sur ce point les désirs du roi. Les Jésuites faisaient entrer le ballet dans les représentations publiques, et les Bénédictins de Saint-Maur suivirent le même exemple dans leurs écoles militaires. Les leçons de danse paraissaient à ce point le complément indispensable d'une bonne éducation, que des réclamations nombreuses arrivaient à l'Université dont le régime sévère

> ' Notre noblesse, écrivait l'abbé de Pure dans son livres de» Idia dtt ipeclaclti ancirru et moiltmes, a toujovrs coasidërè la diDse comme an des plus galants et plus hoDDestes exercices où de tout temps les persanues les plus relevées ont tdchë d'exceller et ont fait gloire de réassir. ■

* Le rai ; proclame » l'art de la danse ... comme l'un des pins honnStes étdes plusDécessairesà former le corps..,, l'un des plus utiles à notre noblesse, non sealement eo temps de guerre, mais encore en temps depaix, dans les divertissements de nos ballets, u Le roi ajoute qu'à la suite des troubles des guerres et d'autres abus ■ nous voyons peu dans notre cour et suite de personnes capables d'entrer dons nos ballets... A quoi étant nécessaire de pourvoir, et dÊsirant rétablir ledit art dans sa perTection, nous avons jugé b propos d'établir dans notre bonne ville de Paris une Académie royale de danse. •

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excluait de tels exercices. Certaines villes avaieEt des maîtres de danse • exemptés des charges publiques > , tant la fonction paraissait importante '.

La musique était l'accompagnement nécessaire de la danse. Lulli avait formé de nombreux disciples, dont la réputation fut éclipsée par celle de Rameau, lequel vit à son tour son nom pâlir devant la gloire de Gluck. Bientôt l'opinion s'intéressa aux combats que se livraient les Piccinlstes et les Gluckistes. La province, à l'exemple de la capitale, se passionna pour ces questions. Le xvm« siècle vit des académies de musique s'établir dans plusieurs villes et, dans différentes cités, comme à Pau, à Troyes, à Aix, àAvallon, à Bordeaux, les mémoires du temps signalent des concerts hebdomadaires qui attiraient une foule empressée. Il ne faut point s'étonner qu'en présence d'un tel engouement pour la musique, les parents aient demandé qu'elle fût enseignée dans les établissements d'instruction publique.

Les sympathies pour les cours de dessin n'étaient pas moins vives et moins universelles. En 1676, Louis XIV avait décrété, sur l'iniative de Colbert, qu'il serait établi dans toutes les villes du royaume des académies de peinture et des écoles de dessin. Ce projet n'eut pas de suite. D était réservé au xvm" siècle de le reprendre et de le couronner de succès. Des cours de mathématiques et de dessin, ouverts sur l'ini-

'Tel était le cas du maître de danse de Dijon auquel il lai

pernii», ea 1777, de ■ se qualiiier de maître à danser privilégié de lu ville, n Cet homme de l'art avait fait ressortir dans ea requête A la ville que » les f^râces du corps ajoutent uq nouveau lustre & celles de l'esprit. » \oj. Uutaau, Lei écoUs et iti colliget en province, 1882. .

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