ARTS »' AGRÉMENT
tiative des municipalités, à Reims en 1748, à Rouen en 1765, à Amiens en 1758, à Grenoble en 1762, avaient donné le signal d'un mouvement qui se généralisa rapidement. Des écoles de dessin se fondèrent à Dijon en 1766, à Troyes en 1773, à Besançon, à Limoges en 1778, à Orléans, à Oaen, à Beaumont, à Langres, à Valenciennes, à Aiz, à Arras, à Saint- Omer, à Ancenis, à Saint-Quentin, sans compter les académies de peinture que l'on vit surgir sur d'autres points, comme à Montpellier, k Marseille, à Bordeaux, à Poitiers. En 1780, Marseillft comptait des cours gratuits de peinture et de sculpture, établis dans ses murs depuis vingt-sept ans. Le but de ces fondations était de provoquer la vocatioa des artistes et plus encore de préparer des ouvriers habiles. Des expositions publiques des travaux les plus remarquables des élèves, comme à Bordeaux et à Amiens, quelquefois même des meilleures œuvres possédées par les habitants, comme à Troyes, venaient stimuler et récompenser l'ardeur pour ces études '.
Le lecteur devine sans peine l'influence que de telles créations devaient exercer sur la direction de l'instruction secondaire. Les programmes d'enseignement finissent toujours par suivre les fluctuations de
t Voy. Journal historique de Verdun. Almtmach de Langres. Babeau : la Ville, p, 52S-52S. ~ En 1TS6, bien qu'il y eût des mattres de dessia à Nantes, les Etats de Bretagne firent ouvrir des cours gratnits dans cette Tille et à Rennes. — En 1758, les mSmes Etat» ouvrirent trois cours de dessin à Saint-Malo, en recommandant aux maîtres u le genre de dessin le plus propre au progrès des arts et métiers. » Voy. Léon Hattre, op. cit., p. 392-296. — A Limoges, nous trouTons, ft partir de ITIS, des leçons gratuites de dessin données tons les dimanches à midi • ponr les tailleurs de pierre, les maçons et les charpentiers, m
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l'opinion publique. Nous comprenons dès lors l'importance que le xvin* siècle, au témoignage de Proyart, de Coyer, de Le More, de Grivel ', attribuait aux cours de dessin comme aux arts d'agrément en génél'al. L'abbé Fleury, dans le livre que noua avons eu souvent l'occasion de citer *, plaçait i la musique, la peinture, la dessin > parmi les « études curieuses >, c'est-à-dire parmi celles dont on peut se passer. Moins d'un siècle plus tard, à mesure surtout que nous approchons de la Révolution, l'opinion met au contraire les arts d'agrément parmi les études nécessaires. L'importanceattribaée en particulier an dessin est si grande que, sous le Directoire, lorsqu'il s'agira d'organiser les Écoles centrales, c'est le dessin qui occupera la première place dans la liste des cours et aussi qui attirera le plus grand nombre d'élèves.
Le lecteur peut mesurer maintenant toute l'étendue des réformes qu'une partie de l'opinion, au xvm» siècle, voulait introduire dans le domaine de rinstruction secondaire. Après s'être élevés avec force contre la domination du latin, api-ès avoir proposé des méthodes nouvelles qui, dans leur pensée, devaient abréger considérablement l'étude des langues anciennes , les novateurs voulaient élargir les programmes, y faire avec raison une grande place au français, aux langues vivantes, à la géographie, à l'histoire, refondre complètement l'étude de la philosophie et en chasser la scolastiqae, mais surtout donner une part prépondérante aux sciences diverses qu'il s'agissait désormais d'apprendre d'une façon
' CAdix des études, art. 33.
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pratique et utilitaire à tous les élèves appela à devenir de petits eocyclopédistes. Enfin, à l'éducation iatellectuelie ainsi renouvelée devait se joindre l'éducation physique, trop longtemps délaissée par des maîtres qu'on accusait d'avoir toujours sacrifié le corps à l'âme.
En suivant l'exposé que nous venons de faire, le lecteur a dû se dire plus d'nne fois : mais ces théories pédagogiques que le xvm' siècle agita avec l'ardeur qu'il apportait dans toutes ses discussions, passèrentelles dans les faits? De ce laboratoire d'idées, de cette fermentation des esprits, de cette fièvre de changement sortit-U une réforme pratique? En un mot, les corps enseignants essayèrent-ils d'élever la jeunesse d'après les principes nouveaux, que cent voix retentissantes proclamaient comme le salut et la régénération de l'éducation publique? La Révolution — on le sait — accepta, exagéra même le programme tracé par les novateurs. Sur ce point, comme sur tous les autres, le siècle qui avait semé le vent moissonna la tempête. Mais avant cette époque, avant 1769, les vrais instituteurs de la jeunesse, les Universités, les congrégations, le clergé séculier, ouvrirent-Us aux idées nouvelles la porte des collèges ? Les hommes pratiques subirent-ils l'influence des hommes de théorie ? c'est ce qu'il nous reste à raconter. A côté de résistances faciles à prévoir de la part de certains corps naturellement attachés à la tradition, moins sensibles aux fluctuations de l'esprit public, nous allons rencontrer des essais hardis, des tentatives audacieuses, qui vont nous montrer jusqu'à quel point certaines corporations étaient ouvertes à tous les progrès et préparées à toutes les expérienees.
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