CHAPITRE PREMIER
LIlBiversiM de Paris
I. L'Université de Paris, I angoissante an xvii* siècle, se réveille aa XVIII*. — II. L'enseigne OMiit da latin dans l'Université. — III. L'enseignement des sciences. <- IV. Les autres parties de l'enseignement. — V. L'Université, prenant roffensive, porte l'attaque dans le camp de ses adversaires.
Le corps enseignant le plus ancien, celui qui doit nous occuper tout d'abord, c'est l'Université de Paris. Nous n'avons pas à raconter ici par quelles vicissitudes est passée cette grande institution. On sait quelle était encore sa gloire au milieu du xvi* siècle, lorsque Ramus pouvait écrire au roi Charles IX : • Le bruit et la renommée de l'Université de Paris court par toute l'Europe où le latin est entendu, de
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façon qu'on n'estime point celay avoir esté bien institué aux lettres qui n'a estudié à Paris. Geste université n'est pas l'université d'une ville seulement, mais de tout le monde universel '. > Diverses causes, parmi lesquelles il faut citer la vogue qu'eurent les Jésuites, dès l'ouverture de leurs collèges en France, et surtout les troubles, les guerres qui se succédèrent durant les trente dernières anuées du siècle, tuèrent à jamais cette étonnante prospérité. Au témoignage de du Boulay, les élèves de l'Université, au nombre de vingt mille sous Henri II, étaient à peine sis cents sous Cliarles IX, Une telle décadence, les désordres des écoliers, l'insuffisance des maîtres excitaient d'unanimes plaintes. Les statuts donnés à l'Université par Henri IV, en 1598, tout en mettant un peu d'ordre dans ce chaos, tout en réalisant des réformes sérieuses, oe réussirent pas à rendre à ce vieux corps son antique popularité, Pasquier, rappelant la ( splendeur d'études qui reluisait > dans sa jeunesse, se plaignait de ne plus retrouver que < quelques flammèches. >
C'est que les Jésuites, rentrés en Finance en 1603. voyaient accourir les élèves dans les collèges qu'ils rouvrirent de toutes parts, L'Université, impuissante à maintenir, comme ils l'avaient fait, une discipline sévère dans ses établissements, obligée de solliciter des arrêts défendant aux étudiants t de porter espées et autres armes.:, à peine de vie •, entraînée enfin à imiter les procédés pédagogiques de ses adversaires, dans l'espoir de tirer les mêmes succès des mêmes méthodes d'enseignement, l'Université se
'B&IUU9, Adverlissements au i-oy, 1563.
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traîna languissante sous Louis XIII. et c'est à peine si à cette époque les noms de quelques professeurs comme Valons, Ruault, Grangier, Pradet, méritent d'être cités. Le règne de Louis XIV ne la tira pas de cette torpeur. Tandis que tout se transformait autour d'elle, tandis que d'immortels chefs-d'œuvre, consacrant définitivement la langue nationale, lui donnaient par là même droit de cité dans les collèges. l'Université, immobilisée en quelque sorte dans ses vieilles méthodes, usait ses forces dans des luttes stériles contre les Jésuites et les Oratoriens, au lieu de s'attacher à les vaincre par !a supériorité de son enseignement. Une nouvelle réforme eût été nécessaire avant la fin du xvn' siècle, et, comme les corps ont rarement la force de l'accomplir eux-mêmes, elle ne pouvait venir que du pouvoir royal. Louis XIV en eut un moment la pensée. • La manière dont la jeunesse est instruite dans les collèges de l'Université laisse à désirer », avait-il dit dans une circonstance; mais, voyant la plus grande partie de la jeunesse française élevée par les corporations religieuses, il ne donna pas suite à ce projet de réforme.
Néanmoins, au moment où l'Université paraissait ainsi définitivement livrée à son malheureux sort, diverses causes, en particulier l'exemple de Port-Royal, vinrent secouer sa torpeur et préparèrent une véritable transformation dans ses méthodesd'enseignement. L'Art dépenser, les grammaires de Lancelot pénétrèrent rapidement dans les collèges deV Aima mater Le Mémoire sur le règlement des études dans tes lettres humaines, par le docteur Amauld, avait été composé à la demande d'un professeur de l'Université, et se trouva publié plus tard avec des notes qui
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sont peat-étre de Rolliu lui-même '. Le futuF auteur du Traité des études s'inspira sur plus d'un point de ce livre. La "réforme philosophique qui s'accomplissait en même temps dans les collèges, le triomphe de Descartes qui, malgré toutes les défenses, forçait la porte des maisons d'éducation, vinrent aider puissamment au succès de la réforme littéraire. Des hommes éminents tels que les Pourchot, les Hersan, les Dagoumer, les Demontempuys étaient animés d'un esprit d'innovation et de progrès qui paraissait dangereux à certains esprits trop esclaves de la tradition, comme Gaullyer et Gibert. Le projet de statuts, soumis au régent en 1731, semblait tenir le juste milieu entre les partisans du passé et les initiateurs de l'avenir, La lutte entre ces deux tendances diverses, qui se retrouve à toutes les pages de notre histoire, se poursuivit durant quelques années. Gibert * attaqua violemment l'ouvi-age de KoUin. Longtemps encore après que l'auteur du Traité des études eût formulé avec tant de compétence et d'esprit de progrès les règles de l'enseignement classique, quelques professeurs, surtout en province, continuèrent à rester fidèles aux vieilles méthodes. Néanmoins, les vrais principes du goût triomphaient presque partout.
■ « La copie sur laquelle noue le doDQOQS, dieent les éditeurs de ce mémoire et des ceuvree d'AmauId, est venue du coIlËi^ de Beauvaia, avec les notes de H. Rollin et d'un antre proressenr, qui prouvent l'usage qui en a été faitdana runiversité de Paria. • OEuvrea de meesire Antoine Arnauld. Paris. 17S0, t. XLI, p. 4.
* Gibert combattit Rollin dans ses Observatiatu adressée* à
M, Rollin sur son Traité delà manière rTetueigner el d'étudier Itt
belUi lettres, i72T, 476 p. Il dit que la méthode de Rollin < pèche contre le bon goût, le boa sens, la raison, tend à g&ter le goitt des jeuueg gens, k les jeter dans des erreurs de grande conséquence. D
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RoUiQ avait déjà pu dire, en 1726, que le but de son livre était de i mettre parécrit la méthode d'enseigser usitée depuis longtemps * dans l'Université de Paris, et t transmise de vive voix par une espèce de tradition. » L'Université nous apparaît de plus en plus digne de cet éloge, à mesure que nous avançons dans le siècle. Parmi les contemporains, les disciples ou les successeurs de Kollin, il suffit de nommer les Grénan, les Godeau, les Couture, les Heuzet, les Coffin, les Crevier, les Lebeau, les frères ûuéroult, les Furgault, les Delille, les Binet, les Noël, les Lbomond, etc., pour trouver une lignée d'éminents professeurs qui maintinrent, développèrent chaque jour les traditions du bon goût, depuis le commencement du siècle jusqu'à la Révolution française.
Mais au moment même où nous pouvons constater ainsi de constants progrès, les novateurs, impatients de voir les réformes s'opérer trop lentement au gré de leurs désirs, multipliaient les accusations contre l'enseignement public. Le corps le plus directement visé, par les attaques que nous venons de faire connaître, était l'Université de Paris. Elle qui, au départ des Jésuites, avait espéré, un instant, étendre sa juridiction sur la France entière ou du moins dans tout le ressort du Parlement, elle qui s'appelait volontiers la Métropole de l'enseignement, voyait ses traditions, ses méthodes tournées en ridicule, vouées au mépris par une partie de l'opinion. Devait-elle céder sans résistance, et fàut-il nous attendre à la voir ouvrir à deux battants
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les portes de ses collèges, pour ; faire entrer, avec les programmes en vogue , l'esprit nouveau qui inspire tant de projets ? Il appartenait à une corporation plusieurs fois séculaire de ne pas se laisser ainsi vaincre sans combattre. Il lui appartenait de prendre position entre les partis extrêmes et forte, d'un côté, des succès incontestés qu'elle avait remportés jusqu'alors, forte, de l'autre, des concessions qu'il fallait savoir faire aux demandes raisonnables, de perfectionner sans détruire, d'enlever tout prétexte à de justes récriminations en élargissant ses programmes, de se donner enfin une nouvelle jeunesse en accueillant toutes les réformes utiles.
Les reproches adressés à l'Université pouvaient se résumer en un seul: la. routine. < L'enseignement dans les collèges n'est qu'une misérable routine ' », tel est le mot magique, l'accusation capitale par les quels on comptait jeter lemépris public sur YAÎma mater. L'Université ne faisait pas difficulté d'avouer qu'elle était un corps, et qu'à ce titre elle devait rester plus longtemps attachée à certains usages, à certaines traditions constituant précisément l'esprit de corps * ; mais, dans sa pensée, ce souvenir, ce respect du passé ne devaient pas la condamner à l'immobilité. Elle faisait profession d'accepter [les véritables progrès sans se croire obligée, comme le disait Fréron à l'abbé Coyer, d'approuver toutes les idées de certains écrivains qui, pour < proposer des choses neuves », ne craignaient pas d'en
■ L'abbé Gosee .■ Exposition raisonnét dts principes de CUnîwrtili relativement à réducalim, 178B, 169 p., p. 89. * Ibid,
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t proposer d'extravagantes '. • Dans le mémoire adressé au Parlement en 1762. l'Université se disait » aussi ennemie de cette obstination aveugle, qui soutient sans raisonner tout ce qui est ancien, que de cet esprit de nouveauté qui ne recherche qu'à renverser l'édifice élevé par nos pères *. »
Cette position était honne et pouvait se défendre. L'Université n'avait-elle pas la bonne fortune d'avoir compté Rollin dans ses rangs, d'avoir reçu de lui en héritage le Traité des études, qu'elle pouvait opposer aux novateurs comme ayant résolu d'une façon définitive le problème de l'éducation littéraire? Ce siècle avait perdu ou était en train de perdre cet amour, ce culte que Rollin avait toujours professés pour l'enseignement classique. Il convenait à l'Université de défendre un système d'études que plusieurs de ses maîtres avaient porté à sa perfection, qui avait préparé à la France deux siècles de gloire littéraire. Il lui convenait de rappeler aux esprits avides de changement, et curieux de se frayer une routé nouvelle, que les langues anciennes donnent à l'éducation une base admirable, qu'il ne faut pas condamner légèrement des méthodes épi-ouvées et toujours fécondes. L'Université ne faillit pas à cette tâche. Faisant allu-
' Fréroo : Annie littéraire, 1770, t. IV.
' On peut voir dsna le Recueil de pluiieurt ouvrages du président
Rolland, m-4° p. 103 et seq., le programme d'étades préseoté et fnivi par l'UniTenitë en 17BS. On commençait le latin ea «iiième. Malgré son CDlto pour les Buteurs classiques, rUniversité Taisaitea rbétoriqne une part k saint Cyprien, saint Jérôme, Salvien, Lactauce, siùat Basile, saint Grégoire de Naziauze et saint Cbrysostdme. Les écrits et aaleurs latins tus selon les classes sont : le Selectee, Phèdre, Cornélius Nepos. Cicéron (très «ipliqaêj, Quinte-Curce, Virgile, César, Ovide, Salluste, Tite-Live, Horace, Tacite, Perse, Juvénal. — Voir l'appendice.
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siOD à ceux qui se servaient pour l'attaquer des armes qu'elle leur avait appris à manier : < Ingrats que nous sommes, s'écriait-elle, ne ressemblons-uous pas à ces fils dénaturés qui, dès qu'ils sentent leurs forces, abandonnent et délaissent la mère qui les a nourris ' f » Entrant alors dans le détail des accusations portées contre son enseignement, elle s'efforçait d'en démontrer l'injustice.
Ce qu'on lui reprochait avant tout, c'est que son plan d'études entraînait trop de temps, soit parce qu'on retenait longuement les enfants dans les difficultés de la grammaire-, soit parce qu'on les appliquait durant des années à l'exercice du thème, de la composition latine, des vers latins, au lieu de les a,mener rapidement par la version et l'explication des auteurs à l'intelligence des langues anciennes *. Lhomond croyait avoir précisément réussi à résoudre la question de la grammaire, dans ce petit livre ^ qui a servi depuis un siècle à initier au latin tous ceux qui ont passé sur les bancs du collège *. L'Université n'avait
< Plan /Téducalion nationate, 1739, p. 19-37.
* L'abbé GoBBG résumait ainsi les accusatioDS portées à ce sujet contre TUaiveralté i la veille de la Révolutiou : u On nou» accuse de n'être occupés que de thèmep, ûe latin et de grec. — On perd un temps ioâni dans les cinq premières classes à composer des thèmes. — On se plaint qa'il (le plan saivi) entratoe trop de temps. > Op. cit., p. 72, 7&-78, 86.
> La Grammaire latine de Lhomond, parut en 1779. . ' Le reproche fait à la grammaire de Lhomond par plusieurs écrivains de nos jours, en particulier par M. Bréal {Quelques mots sur l'inttruction publique, p. 164-176,) de ne donner aucune raison des règles, de ne pas chercher à Taire comprendre le génie du latin, de fournir des procédés purement mécaniques pour la traduction du français en latin et du latin en français, au lieu de développer l'intelligence de l'élève par la comparaison des deaz langues, vrai moyen de tirer quelque profit des études gramma-
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pas de peine à se justifier des critiques qu'os lut adressait au sujet des thèmes. Avec l'abbé Leroy ',
ti cales, ce reproche était déjà adressé à Lbomond au xviu* siècle. — Il répondait en ces termes à l'objectioa daoa la préface de sa grammaire : ■ Nos règles n'éclairent pas l'esprit, s'écrie-t-ou. Si ooB règles n'éclairent pas l'esprit, du moins elles le guident ; à cet âge on est bien pins capable d'être guidé que d'être éclairé dans ces sortes de matières. On peut se proposer deux choses dans l'Étude de cette langue : i" de connallre l'usage, oe qal te réduit è ce fait : voilà comment on s'exprimait chez tel peuple; 2° de connaître la raison de cet usage. La première connaissance, celle de fait, suffit pour entendre les auteurs et elle est certainement la seule qui convienne à la faible intelligence des enfanta. » Quoi qu'en dise Lhoniond, il faut s'efforcer de rendre raison d'un usage, même à des enfanta. Mais cet auteur avait pour lui l'opinion au xvni* siècle, laquelle, noua l'avoos vu, demandait, qu'on apprit le latin par l'usage, par routine, comme une langue vivante. Lhomond, qui fait d'ailleurs une asseï large part aux règles dans sa grammaire, avait répondu à ce désir. D'autres écrivain s,' déjà favorables aux études de philologie et de grammaire comparée, trouvaient la méthode de Lbomond trop mécanique et lui préféraient la Gi-ammaire générale de Port-Rojal, au point que dans sa préface, il se croit obligé de démontrer que ses règles l'emportent, en simplicité et en clarté sur celles de Lanceloi. Le sviii' siècle, tout en tenant en haute estime la grammaire de Port-Royal, donna de fait la victoire à Lhomond en l'adoptant dans les classes. H. Bréal (op. cit., p. 117 et seq.) pense qu'il est temps que Lancelot prenne sa revanche sur Lhomond. Peut-être cette revanche est-elle trop complète. Sous prétexte d'échupperaux procédés empiriques de ce bon Lhomond. qui après tout connaissait les enfants, ne leur donne-t-on pas aujourd'hui des grammaires trop logiques, trop savantes, trop chargées de philologie et aa-dessus de leur portée ? — N'est-ce pas le cas de rappeler ce que Lhomond a dit des enfants ; n II faut faire entrer dans leur esprit les idées une à une, comme on introduit une liqueur goutte à goutte dans un vase dont l'embouchure est étroite. Si vous en versez trop en même temps, la liqueur se répand et rien a'entre dans le vase. » Elétacnti de la grammairt /hinfaùc, par Uiomond, 1780, préface.
' Leroy ; teltre d'un professeur émériie de fUnnieraiU de Paru sur réducalion publique, 1777, p. 43, dit : • Il ne faut pas s'imaginer que dans l'Université nous ne parlions que de thèmes. On en donne en sixième et en cinquième trois par semaine tout au
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elle répondait qu'on faisait dans ses classes • six versions ou traductions pour un tlième. • Elle pouvait dire avec l'abbé Gosse : < Le temps infini qu'on emploie parmi nous à faire des thèmes se réduit au quart de l'année pour les deux premières classes et au huitième pour les autres '. > Dès 1731, elle pouvait affirmer avec GauUyer qu'à la fin des humanités ses meilleurs élèves avaient parcouru un nombre d'auteurs grecs ou latins, qu'aujourd'hui même nous aurions grand'peine à voir d'après notre système d'explication cursive '. C'est dire que l'Université, durant tout le cours du xv:n* siècle, avait suivi fidèlement le conseil de RoUin ', qui était de donner à la
plag; en qnatriËme, en troisième et en seconde, dens. En rhétorique on g'exerce de temps en tempe & traduire en latin quelques
pagea de Flécliier, de Bussuet, de Maeaîllou ou d'antres excellents Écrivains.
> Gosse, op. cit. p. T6'T8. L'abbi Gosse prouve son afOrmatloD dans les paroles suivantes qui nous font connaître la distribution du temps k lUnlverBitË de Paris à la veille de la Révolution. " Les classes du matin et du soir sont consacrées k l'explication, par conséquent à la version. L'étude qui suit la classe du maUn est employée dans les deux premières classes à écrire l'eiplicatton. Daxis les quatre suivantes, ce temps a souvent la même destination; quelquefois on propose par intervalle aux élèves de courtes matiËres de vers ou de versions grecques. Enfin, dans les deux premières classes, le temps qui sépare celles du soir et du matin est employé alternativement & la rersion et aux thèmes, et dans les trois classes suivantes à ces deux objets et de pins aux versions grecques et aux vers, i
> Gaulljer. après ovoïr fait la longue énumération de ces ouvrages, ajoute (op. cit.) : •< Tout cela fait voir clairement qu'on emploie assez bien dans les collèges lus six années de temps qu'on y met aux humanités, quoi qu'en disent les charlatans et aventuriers et quoique, depuis environ vingt ans, ilsfassent tons leurs efforts pour faire croire le contraire au public. «
> On sait que le président Rolland, dans son Plan d'édueattnn, prenait le Trailé des études de Rollln, comme base de l'enseignement classique.
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version plus de temps et d'importance qu'au thème. Enfin, les compositions latines et môme les vers latins ', qu'elle faisait faire à ses élèves, pouvaient d'autaat mieux se défendre par les raisons cent fois données, qu'elle apportait dans ces exercices une grande modération, un grand sens littéraire et le sentiment de ce qu'on devait demander k des élèves appelés à vivre dans la France du xviu" siècle.
Aussi l'abbé Proyart, auquel sa longue expérience du professorat, sa parfaite connaissance des méthodes et des progrès de l'Université permettaient de parler avec autorité, pouvait-il dire : Il y a longtemps que l'Université a abandonné < ces routines antiques > proscrites par le bon goût et qui ont été, ajoutait-il, suivies par * les autres corps enseignants plus longtemps • que par elle. • Il y a longtemps que l'Université de Paris s'attache à mettre de l'ordre, de la clarté, la plus grande simplicité dans l'enseignement. U y a longtemps qu'elle a renoncé au ridicule usage de mettre entre les mains d'enfants qui entendent à. peine le français des livres élémentaires écrits en latin. > Les professeurs ont compris « le ridicule de ces thèmes formés au hasard de phrases
1 L'auteur d'aa Plan ifédueathn nationale, en 1130, qui plaide dA son mieux la cause des Tcra latins (p, 48-18), expose en cea termes les raiaoDS qui eupâchaient rUniversité d'exercer ses élèves i Taire des vers frauçais : • La maaie des vers français, dit il, «'emparerait bîentàt de nos collËges. On sait qu'elle rend prasque inhabile h toute antre espace d'Occupation les esprit) qu'elle transporte. Passionnés pour la poésie, nos élèves le eeraient Mentàt pour le libertinage. C'est dans les écrits de nos poètes Itcenirleui qu'ils iraient de préférence perfectionner leur Ruùl. Le désir de plaire aux personnes du sexe réveillerait leur talent et l'exercice de ce talent dangereux serait le premier toneau de la chaîne qui les tiendrai captifs sous leur empire, b
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disparates et insipides où, sous prétexte de se conformer aux règles de la syntaxe, on se croit dispensé de suivre celles du bon sens et de la raison. * Les maîtres f savait r^peler telles règles qu'ils veulent dans une anecdote curieiee, dans un récit intéressant ou un trait de morale utile, i Ils s'attachent • à forTner le jugejnent de leurs élèves, à lewr apprendre des choses en leur expliquant des mots; » ils préfèrent < à l'usage de leur faire composer sans cesse du méchant latin, celui de leur en faire lire et expliquer de bon. * Dans les hautes classes, si on fait une part aux vers latins, on conseille aux régente t de ne point s'obstiner à vouloir, malgré nature, faire des poètes de teus les écoliers, qui pour la plupart ont besoin de tout leur temps pour apprendre à devenir de médiocres prosateurs '. » Qui pourrait attaquer l'enseignement classique ainsi compris ; et, en même temps, qui pourrait dire que l'abbé Proyart, principal de collège, membre de l'Université de Paris, ne connaissait pas, n'exposait pas fidèlement ses méthodes? La vérlte c'est que l'Université, forte de ses traditions, forte des leçons et des exemples laissés par Rollin et dont s'étalent inspirés, depuis plus de cinquante ans, tant d'illustres professeurs, avait porté l'éducation littéraire à une perfection que nous ne pouvons pas nous vanter d'avoir dépassée.
En était-il de mêmepourl'éducation scientifique? S'il était difficile d'attaquer sérieusement ses méthodes,
' L'abbé Proforti De l'édueatitm publigae, 1783, p. 76-79, I14>
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âu point de vue de l'étude des langues aociennes^ n'était- il pas trop aisé de montrer que ses ffftigraiiune» étaient insuffisauts, et qu'on grand nombre de matières très importantes étaient à peine enseignées dans les collèges? Ici encore^ l'Université essaya, et non sans succès, sa justification. Au point de vue particulier des sciences, comprises jusqu'alors dans le cours de philosophie, elle montrait qu'elles faisaient l'objet de leçons distinctes et données avec soin.
Depuis longtemps les mathématiques étaient en honneur dans ses collèges. Un livre que Montucla trouve excellent et cla^ique, les Éléments de matîténuc/ïQwes par Rivard, était entre les mains des élèves. Dans une réponse aux attaques de Condillac, l'abbé Leroy' faisait observer au philosophe que l'ouvrage de Rivard, rédigé en français, était adopté depuis 1730 dans les collèges de l'Université. Or, que lisons-nous dans la dédicace adressée par l'auteur au recteur de l'Université : • C'est dans l'Université, dit Rivard, que j'ai puisé, quelques connaissances des mathématiques. A qui puis-je mieux offrir les éléments que j'en ai receuillis qu'à cette Tttère des sciences de qui je tiens le peu que j'en ai ? Mon livre ne contient que les principes répandus dans les cahiers de quelques professeurs de philosophie, auxquels j'ai tâché de donner l'ordre et l'étendue que demande l'impression.» Cet hommage rendu par Rivard à ses anciens maîtres n'est pas sans importance. Du reste, grâce à son livre, grâce à la faveur croissante dont l'opinion publique
■ Op. cit., p. 34. ■ M. de Condillac ignore-t-il que depuis 1730 ai moioi, H. Rivard a donné ses Eléments de matMmaÙqites, qn'oi les a appris dans tous les collèges de 1 Université. ■
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entourait l'étude des mathématiques, l'enseignement de cette science obtint d'année en année une plus large place. « Négligées autrefois, écrivait un auteur à la veille de 1789, aujourd'hui cultivées avec empressement, les mathématiques fleurissent dans les collèges ; elles sont poussées depuis l'arithmétique jusqu'au calcul différentiel et intégral, dont on ne saurait se passer pour comprendre parfaitement Newton '. • Parmi les maîtres illustres qui avaient occupé à Mazarin la chaire de mathématiques, il faut citer en tête l'abbé Louis La Caille ; il y avait continué, en les surpassant, les traditions de Varignon. Les catalogues d'étoiles dressés par La Caille, ses travaux de triangulation pour la mesure du méridien terrestre. «t beaucoup d'autres services rendus à l'astronomie lui ont assuré un rang distingué parmi les premiers savants du xviii* siècle K Cassini le protégeait, et l'Académie des sciences dont il était membre l'envoya, en 1750, an Cap de Bonne-Espérance pour observer les étoiles de l'hémisphère austral '.
< L'abbé Gosse, op. cit., p. 69. Le collège Masario avait depuis loogtemDB un cours particulier de mathématiques. Daoe la plupart des autres établissements, elles étaient enseigaées par le professeur de philosophie. Plusieurs auteurs demandaient qu'on ne reovojAt pas ces leçons aux dernières années du collège. V. Plan d'éducation nationale. 1789. p. 72-76.
> La Caille publia : Leçons élémentaires de malhémafiquei, 1741 ; de tnécanigue, 17i3 ; iToptigue, I7S6 ; d'astronomie. 1780. La plupart des traités de La Caille farent aagmentés par Marie.
3 V. Jourdain : Histoire de l'Université de Paris, p. 386. A part l'ouvrage de Rivard sur les mathématiques, on avait de Clairaut : Éléments de géométrie, ITil, Éléments d'algèbre, 17*8. L'abbé Boesut publia, en 17SI, son Corirs de maihématiquts qui eut beaucoup de vogue et fut adopté dans les écoles militaires. Les Cour; de mathématiques de Beiout, 116i et 1770, eurent beaucoup de succès.
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Pendant que les mathématiques étaient ainsi cultivées avec ardeur dans l'Université de Paris, l'étude de la physique y faisait aussi de grands progrès. L'exemple du collège de Navarre, qui possédait depuis 1752 une chaire de physique expérimentale, avait excité une émulation salutaire. De tous côtés, dans l'enseignement de cette science, on avait ahandonné le raisonnement, la discussion des principes pour s'appliquer à l'observatiou de la nature. Les défenseurs de l'Université nous la montrent indépendante des systèmes qui en philosophie, en astronomie, eu physique, se sont successivement partagé la faveur publique, embrassant toujours l'opinion qui lui paraissait la mieux fondée, abandonnant Aristote pour Descartes et Descartes pour Newton. Le règne de Descartes, dit un contemporain, paraissait définitivement établi lorsque l'abbé Sigorgne, membre de l'Université, « publie ses Institutions newtoniennes, instruit ses élèves dans les mathématiques qu'il pousse beaucoup plus loin que personne avant lui, développe clairement Newton qui, grd.ce à son activité infatigable, est mis à la portée des jeunes gens, en fait la comparaison avec Descartes et propose les grandes objections qui détruisent le système du philosophe français. Chaque professeur suivit son exemple et étudia Newton, et le Cartésianisme désolé se réfugia dans les cloîtres... Cette révolution, ajoute notre auteur, arriva dans les collèges, lorsque la plupart des Académies des sciences de l'Europe connaissaieot imparfaitement Newton ou ne le connaissaient que pour le combattre '. » L'abbé Gosse se demande,
' Gosse, op. cit., p. 81-93.
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après cet exposé, comment on peut accuser de routine UD corps qui, en moins d'un siècle, abandonne Aristote pour Descartea, Descartes pour Newton et qui, dit-il, abandonnerait Newton lui-même pour embrasser tout système dont la vérité lui serait démontrée.
Pendant que l'abbé Sigoi^e, professeur au collège du Plessis, battait ainsi en brèche la physique cartésienne ' que Privât de Mollères continuait à enseigner au collège de France, l'abbé NoUet, l'un des plus savants * physiciens de son temps, nommé par le roi au collège de Navarre, y donnait des leçons qui, au dire des contemporains, eurent un prodigieux succès. Rejetant les dissertations générales, les procédés abstraits, il employait uniquement la méthode expérimentale qui allait faire une véritable révolution dans cette partie de l'éducation publique. Ce progrès ne s'opérait pas assez vite au gré de certains esprits. Eu 1775, un régent du collège de Navarre, l'abbé Girault de Koudou adressa à l'Académie des sciences un mémoire où il se plaignait que « les questions arbitraires et métaphysiques sur la nature des corps, de l'espace, du temps, du mouvement et du repos, ces questions si propres à la dispute et si inutiles à la connaissance du monde réel », fussent restées • eu
' En 1755, le prince Ferdinand de Ilohan, qni étudiait au collège du Plessis, ; sontint des thbses en TtiTeur de la physique de Newton. Un profeseeur du collÈge du PleaBia, l'abbé Guënée, loi adressa une ode ea vers latins Bur le systëme de Nevton.
s L'abbé Hafly, le véritable crf ateur de la cri atallo graphie, était protesseur à Navarre lorsqu'un jour, ayant laissa tomber par hasard un groupe de spath calcaire cristallisé, il remarqna que les morceanx gardaient une forme régntiére et conalante, et il fut amené par la suite de ses observations â créer la science nouveUe à laquelle son nom est resté attaché.
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possession d'être traitées dans les écoles. » n ajoutait que * les professeurs de Paris eux-mêmes •, opposés à cette méthode stérile, étaient souvent obligés de traiter « ces questions frivoles », pour mettre leurs élèves en état de répondre aux examens. La Faculté des arts fut indignée de voir un des siens condamner son enseignement devant le public, mais ces attaques mêmes ne firent qu'exciter son ardeur à généraliser la réforme tant désirée. A Navarre, Jacques Brisson, de l'Académie des sciences, continuait avec succès les leçons de physique expérimentale, inaugurées par l'abbé Nollet. En 1783, plusieurs professeurs qui avaient demandé solennellement à la Faculté des arts de fkire de la philosophie proprement dite et de la physique deux cours distincts, confiés chacun à un professeur spécial, apprirent au retour des vacances que cette réforme venait d'être réalisée au collège Louis-le-Grand '.
n ne suffisait pas de faire enseigner la physique par un professeur particulier et d'après la méthode propre qui convient à cette science. On se plaignait que la plupart des collèges fussent dépourvus d'instruments pour les expériences *. Ce n'est pas que l'Université de Paris ne comprit l'importance des cabinets de physique ; mais la situation financière de ses établissements ne permettait qu'à un petit nombre de faire à ce sujet les dépenses nécessaires. On s'ef-
' V, Jourdain ; EUtoire de TVnwn-iiié de Paria, p. 385, 3SS, 460-
' Cependant, un écrivain disait en 1789 (Pbm d'éducation nationale, p. 66 71) : u Plnaieurs coilègeB possèdent les machines destinées à cet nsage. » Nombre d'académies de province avaient fondé des cabinets de physique et d'histoire naturelle qui étaient à la disposition des collèges où elles élément situées.
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356 l'université de paris
forçait de remédier à cette lacune en demandant à des € professeurs de physique expérimentale » de venir, à la fin de chaque année classique, faire • sous les yeux des jeunes gens diverses expériences sur les différentes branches de la physique '. »
Les autres sciences, quoique moins développées dans l'enseignement des collèges que les mathématiques et la physique, n'étaient cependant pas passées sous silence. Un professeur de philosophie, au collège des Quatre- Nations, l'abhé Hauchecorne avait publié, en 1784, uii Abrégé latin de philosophie, où il traitait, à côté de la philosophie proprement dite, de la physique, de la géologie, de l'histoire naturelle, de l'astronomie, de la mécanique, etc. Déjà, dès l'année 1750, un autre professeur de l'Université avait composé un cours de philosophie en six volumes dont trois étaient consacrés aux sciences que nous venons d'énumérer*. Dans cet ordre de connaissances, la chimie qui n'avait pas encore eu son Lavoisier ^, paraît avoir été négligée plus que les autres. Au fond, ce qui manquait le plus à l'étude de ces sciences dans les collèges c'étaient de bons livres élémentaires, dans le genre de celui que Rivard avait composé pour les mathématiques *. Trop longtemps il avait fallu s'en tenir aux
1 Goeae, op. cit., p. 165.
1 Cursus pliUosophiais ad sckolarum tuum Pelro Lemonnier, professeur au collège i figures, 1750, 6 vol. in-8.
> Lavoisier publia seulement ca Méthode de nomenclature chimique en 1787, conjointement avec Guyton de Morveau, et son Tràlli élémentaire de chimie, en 1789. Ses opuscules physiques et chimiques avaient paru en 177t.
' Les sciences pbysïqnes et natorelles suscitaient cependant une foule de publications. Citons : Toumefort, Eléments de botanigae, 1694 ; Plnche, Spectacle de la nature, 1732 ; Desaguliera, Cours de
j L,C oogk
l'université de PARia 357
cahiers des professeurs, aux dictées faites en classe. Rivard avait composé son livre parce qu'il avait été témoin, disait-il, i des peines et des dégoûts • que cet usage causait & la plupart des élèves. L'Université de Paris demandait instamment à ses maîtres de
phyiiqMt expirimentale, HSI ; NoUet, Lefons de physique expérimentale, 17*3, L'art des expérimcea, 1170 ; Jalabert, Expériencei suf Féleelrictlé, iH9; Hacqnez, ÉUmentt de chimie Ùiéorique, ITi9, Élément» de chimie pratique, 1151, DicHonnaire de chimie,
1186; Baume, Manuel de chimie, 1763; Dem&chj, iTufiluts de chimie; Slgand de la Fond, Description et usage ifiat cabinet de physique expérimentale, 1776; Cotte, Traité de météorologie. Leçons élémentaire» d'histoire naturelle à l'usage des enfants ; Garwiult, Figures de plantes et animaux d'usage en médecine, 1764; lea dïTeraes pnblîCBtions de Antoine de Jussien, Discours sur les progrès de la àotanigve, ITIB ; Bernard de Jussieu, Catalogue des arbres et des arbrisseaux, 173S; Lanreut de Jussieu, Gênera plantarum, 1789; IliiOy, Exposition abrégée de la théorie de ta structure des cristaux ; Bnffon, Histoire naturelle, 17iS et teq., Époques de la nature, 177g ; Uanbanton, Tableau méthodique des minéraux, 1784 : Guyton de MorTeau, Éléments de chimie théorique et praligue, 1777 ; Sage, Éléments de minéralogie, 177i ; Fonrcroy, Leçons d'histoire naturelle, 1781, Principes de chtmie, 1788; Lacepède. Histoire des quadrupèdes, ovipares et serpents, 1738-17S9 ; Chaptal, Tableau analytique des cours de chimie, 1789, Éléments de chimie, 1790. — Ces publications, qui indiquent un grand courant scientiBque, mettaient dijà la science à la portée de tous. Les éducateurs avaient encore d'autres' ressources. Goadillac fit lire au prince de Parme, dans l'ouvrage de la marquise du ChAlelet sur Newton, » te cbapitre oà elle expose les phénomènes dn inonde. » 11 » lut encore, dit Condillac, la préface de Câte, celle de M. de Voltaire, et la belle Épitre de ce poète célèbre sur le philosophe anglais. Nous fîmes ensuite un extrait du flax et dn reflux d'après M"" du Chflleiel. Enfln nous lûmes In traité de la sphère de Maupertuis, son voyage au Nord, lout ce qu'il a écrit sur le sysitèoie du monde, et la seconde partie da Newton de M. de Voltaire. " Pour d'autres scteDces, Condillac mit entre les mains de son élève les « Eléments de matbémallqnea «t de géométrie de M. Le Blond, et lé livré de Trabaad sur le mouvement et l'éqnillibre. ■< Condillac, op. cit., p. 119-125.
8SS L'iraiTEBSnÉ DE PARIS
rédiger des oavragea élémentaires pour toutes les branches de l'enseignement, et de les rédiger en français. Où trouver, disait on, dans la langue latine des termes pour exposer clairement tant de découvertes récentes? Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour professer les mathématiques en français, pourquoi n'en serait-il pas ainsi de la physique, des autres sciences et de la philosophie elle-même ? Sur ce point particulier, comme sur tant d'autres, le sentiment public ne pouvait tarder à obtenir satisfaction '.
Les amis de l'Université, qui venaient de justifier son enseignement scientifique, n'avaient pas de peine à défendre son enseignement philosophique proprement dit. Ils protestaient hautement contre l'injustice de d'Alembert qui, dans l'Encyclopédie *, n'avait pas craint de comparer la philosophie des collèges aux leçons que Molière fait donner à son Bourgeois gentilhomme. Nous avons entendu le cri de l'abbé Gosse, en 1788. « La philosophie est parvenue aujour-
1 Ed I7S9, les élèves de philosophie, par une pétition & la Facalté des arts, demandèrent la enppression des dictées et la sobetitutioD de la langue française à la langue latine dnns les diverses branches de renseignement philosophique. L'Université, tout en maintenant pour le moment le statu quo, demanda instamment à ses professeurs de composer des livres élémentaires pour les différents cours de la classe de philosophie. Un professeur du collège Cardinal-Lemoine, M. Lange composa alors ses ÉlimenUde physique. le premier ouvrage en ce genre écrit en français que rUniversité de Paris ait adopté pour l'usage des classes. La Commission nommée par la Faculté des arts dit de cet ouvrage, en son rap port du 6 octohre 1790 : « L'auteur nous a paru avoir parfaiti^ ment rempli le but que s'est proposé l'Université en ordonnant que l'enseignement de la physique se ferait désormais en français dans ses écoles. » Jourdain, op. cit., p. 485.
» Moi Cotlègt.
l'univebsitë de pabis 359
d'hui, disait-il, à un si haut degré de perfection,
qu'il n'y a peut-être point de carrière où l'esprit puisse briller avec plus d'éclat '. *
Tout eu faisant la part de l'affection filiale dans cette af&rmation de l'abbé Gosse, il n'est pas possible de méconnaître que l'étude des sciences ne fût en grand progrès dans l'Université. Il lui eût été également facile de montrer qu'on enseignait bien le français* dans ses collèges. Il nous a toi^ours paru dangereux de prétendre qu'on apprenait mal notre langue au xvn' et au xvui* siècle ; nous nous contenterions volontiers pour le nôtre qu'on l'apprit aussi mal et qu'on l'écrivit aussi bien. La vérité c'est qu'on l'enseignait bien, qu'on l'enseignait par principes selon les conseils de RoUin. Nous trouvons même que le programme d'études publié, en 1762, par l'Université donnait une assez large place aux auteurs français. On faisait voir aus élèves les fables de La Fontaine à partir de la sixième ; en seconde, < les satires de Boiïeau, les plus belles odes de Rousseau, le Discours sur l'histoire universelle, la Grandeur des Komaios par Montesquieu > ; en rhétorique, Bossuet,
t Gosee, op. cit., p. 10, I6i. L'abbé Proyart, op. ciU, p. 116, sjontait qu'en philosophie rUniversité avait n substitué à ce« qaetlioDS futiles qu'on y traitait autretojs des questions d'une utilité générale m eut avouée. *
* A ceux qui se plaignaient du temps consacré au latin aux dépens du français, disait-on, l'Université répondajt que L'exercice de la version, de l'explication des auteurs ■ eatla vole la plus sûre pour apprendre le français. > Gosse, op. cit.
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360 L'CNIVERSnÉ DE PABI3
Fléchier, Mascaron, Fénelon, d'Aguesseau, Bourdaloue, MassUlon, Boileau, • les tragédies saintes de Racine, le poème de la Religion de Racine fils, les odes de Rousseau, les psaumes. > Depuis longtemps aussion s'attachait àsimpUflerrétudedelagrammaire, Le programme de 1763 conseille la grammaire de Restant. Lhomond devait publier, en 1780, ses Éléments de grammaire française.
Enfin l'histoire avait fait des progrès dans les collèges de l'Université. Le programme portait, pour la seconde, un < abrégé de l'histoire de France • et, comme les livres élémentaires manquaient assez généralement ', on faisait voir aux élèves les Révolutions de Portugal par Vertot, la Conjuration de Venise par Saint-Réal, VHistoire de l'Académie française par Pellisson, et les Éloges académiques par Fontenelle ', en gnise d'histoire moderne. Il y avait là une véritable lacune à combler. Ce n'est du reste qu'en 1819, Royer-Collard étant président de la commission d'instruction publique, que l'enseignement de l'histoire a été véritablement organisé en France dans les collèges de l'État et a compté des professeurs spéciaux.
Quant à la gymnastique, il ne parait pas qu'elle eût encore forcé en 1789 les portes de l'Université. Les
' Nons en avoQ» Dè&nmoius signalé nn certain nombre, au chapitre de l'Histoire.
* Voir le programme de l'OnÏTeraité dans le RecueiV dt plusieurs ouvrages du président Rolland, p. 103 ut Eeq. C'e^t sans donte pour fuciliter aux élèves l'étude de l'histoire que l'abbé Bérardier, ancien professeur d'éloqneDce au collège du Plessia, publia k cette époque un précis d'histoire uDÎTerselle allant de la création da monde jnsqD'en 117i. Louis XVI avait, en 1717. créé une chaire d'histoire à Saint-Omer, en même temps qu'une chaire de mathématiqties. Des efforts dans le mâme genre avaient été tentés k Toulouse. (V. Bolland, op. cil.)
l'université de paris 361
exagérations mêmes des promoteurs de l'éducation physique, la prétention de faire des jeunes Français autant de Romains ou de Spartiates avaient uni k une cause digne d'être gagnée. L'Université trouvant les écoliers pourvus < d'une santé florissante i, surtout en province, répondait à ses détracteurs que les promenades, les jeux suffisaient à l'entretenir, qu'on ne pouvait pas élever la jeunesse d'après les principes de Rousseau, que l'engouement du public pour la gymnastique, pour les arts d'agrément n'était pas aussi grand que le prétendaient les novateurs, puisque dans certains collèges où les principaux avaient permis aux élèves de s'appliquer à. l'escrime, à la danse, à la musique, à la natation et à tous les exercices de la gymnastique, il y avait à peine deux t élèves sur dix > qui eussent demandé à prendre ces leçons. Au fond, l'Aima mater n'en était pas fâchée. Certains parents s'avisaient de donner à leurs enfants, dans l'enceinte du collège, trois ou quatre maîtres < pour la musique, le dessin, la danse, les armes, le violon >, en disant : < Je ne veux pas que mon fils soit un docteur. » L'Université, sachant que les familles n'en sollicitaient pas moins ensuite, pour ces élèves dont elles n'avaient pas voulu faire des docteurs, les situations les plus brillantes, comme • les ambassades, les prélatures, les intendances, les gouvernements, les postes les plus élevés .dans la magistrature ou dans la finance », préférait consacrer à une instruction sérieuse le temps qui, dans sa pensée, aui'ait été mal employé aux exercices de gymnastique et aux arts d'agrément '.
> V. Go»e, op. cit , p. S7-BS, 16S-169.
363 l'université de paius
Sur ce point, l'UnïTersité de Paris n'en avait pas moins à lutter contre un véritable courant d'opioîon, qui lui demandait de tempérer • l'austère uniformité de son plan d'études, en faveur des arts agréables. » Certains parents aimaient mieux.voir en leurs enfants
< des tons et des manières > leur donnant • un air de famille >, qu'une éducation sérieuse. « En vérité, monsieur, disait une mère de famille à. un membre de l'Université, je ne sais ce qu'on apprend dans votre «ollège ; je trouve mon Sis plus sot aujourd'hui que le jour qu'il y entra; il me fait confusion quand il vient au logis. > Il s'agissait pourtant d'un excellent élève; mais, comme il n'avait pas appris au collège, à compasser ses révérences, à discourir sur des fadaises, sa mère le trouvait fort mal appris. L'Université, persuadée que, s'il manquait quelque chose, en fait de
< politesse extérieure > , à celui qui avait reçu une bonne éducation, • trois mois d'usage » suffisaient pour ajouter t ce petit lustre au fond précieux qu'il possède >, continua à exiger que les leçons d'arts d'agrément n'eussent qu'une importance accessoire et qu'elles fussent données t pendant les heures destinées aux récréations '. 1
Telle était la situation générale de l'enseignement dans l'Université de Paris, à la veille de la Kévolution.
' Proyart, op. cit., p. 131-129, L'Uaiverailé restait fldt-le, tout en les adODcissant, aux etatutt qai lui avaient été donnés par Henri IV, en tSSS, et qui portaient : Art. IB : «Il n'y aura pas de récréation avant le dîner ; il n'y en aura pas non plaa après le dîner. » Art. 19 : « Les écoliers ne pourront apprendre t'escrime, et, a&n de retrancher toute occasion propre à les détoamer de leurs études et à les jeter dans te dérèglement, les maîtres d'armes, les joueurs de Sûtes, les danseurs, les histrions, videront les lieax dépendant de l'Académie et seront reléguée au delk des
l'université de PARIS 363
Nous avons vu que, fidèle aux traditions de Rollin, elle avait porté à sa perfection l'éducation classique. L'étude des sciences y avait fajt de grands progrès. On y professait depuis longtemps les mathématiques, la physique. Si l'histoire naturelle et la chimie y étaient peu apprises c'est que ces connaissances ne pouvaient vraiment pas être l'objet d'un cours pour la jeunesse avant d'être déânitivoment établies comme sciences, avant d'avoir leurs classiâcationa et leurs nomenclatures définitives, en un mot avant les travaux des Linné, des. Buffon, des Jussieu, des LavoJsier au xviiie siècle, des Cuvîer, des Lamark, des De Candolle, des Geofi'roy Saint-Hilaire, au xix*. Il est évident que sous l'action de l'opinion, très favorahle à l'éducation scientifique, provoquant de tous côtés des livres élémentaires écrits en français, les sciences, que tant de progrès recommandaient à l'attention publique, devaient prendre une large place dans les collèges. Il faut bien que sous ce rapport l'ancien régime ait fourni des moyens d'étude à ses élèves, puisque les écoles centrales organisées par le Directoire, avec des programmes purement scientifiques, trouvèrent des professeurs avec autant de facilité qu'elles eurent de la peine à recruter des élèves. Nous avons vu que les programmes ne faisaient pas une assez grande part à, la géogi*aphie et à l'histoire ; sur ce point encore le temps eût amené une réforme. Enfin, si l'Aima mater n'ouvrit pas ses deux bras à la gymnastique, qui lui arrivait directement de la Grèce et de Rome, on ne peut pas cependant l'accuser d'avoir traité en marâtre, d'avoir étiolé, épuisé les générations qui devaient faire les guerres de la Révolution et de l'Empire.
L'ONIVERSITé DE PARIS
Il était donc facile à l'Université de défendre son enseignement. Non seulement elle le défendit ; mais, après avoir repoussé les accusations dont il était l'objet, nous la voyons prendre l'offensive, et s'efforcer à son tour de jeter le ridicule sur les méthodes nouvelles que leurs auteurs prônaient de tous côtés comme des inventions merveilleuses. Dès l'année 1731, nous avons vu un de ses professeurs, Ganllyer faire la caricature des réformateurs empiriques qui, l'un avec « sa règle monosyllabique ad >, l'autre avec € son imprimerie en colombier, avec ses layettes ou boulins » , celui-ci avec • ses crochets pour lier ensemble les cas d'un nom ou les différentes personnes d'un verbe, ses gloses interlinéaires », celui-là avec < ses affiches par la ville où il dit beaucoup de bien de lui-même, beaucoup de mal des autres «, promettaient de faire des miracles, d'apprendre en un clin d'oeil toutes les sciences à un élève, « même à danser sur la corde et à glisser sur la glace *. • A la veille de la Révolution, les défenseurs de l'Université nous montrent également les novateurs cherchant à fasciner le public par leurs pompeuses promesses, vantant leurs plans d'études, leurs méthodes sûres et faciles pour arriver à toutes les sciences, affichant à l'entrée des villes sur de vastes enseignes : cours de tnathémaUques, pension militaire, école académique, parcourant en£n en brillant équipage les campagnes
I Gaullyer, op. cit , p. 83-Si.
L'UNITBBSrfÉ DE PARIS 865
et les bourgades, pour offrir aux pères de famille : < d'une main, le prospectus de leur savoir-faire, de l'autre une liste eoûée de tous les élèves de distinction > qui leur ont été promis '. Nous retrouvons, trois ans plus tard, ces « empiriques > que l'abbé Proyart vient de nous montrer toujours prêts à flatter les goûts d'une nation pour profiter de ses erreurs. En 1788, un professeur du collège de la Marche déclare la guerre à ces • charlatans qui distribuent des drogues >, à ces hommes sans mission, sans mœurs qui enseignent la géographie, l'histoire, la danse^ les armes^ le dessin , la musique , les mathématiques , toutes les sciences, sans les connaître, ces pillards qui ont volé à. l'Université le peu qu'ils ont de bon dans leurs méthodes, ces fanfarons qui ont la prétention de faire de leurs élèves autant d'encyclopédistes. Les défenseur des traditions universitaires ne pouvaient contenir leur irritation contre ces pédagogues « à la moderne *, lorsqu'ils les voyaient réussir à capter quelquefois la confiance des grands. Le pompeux étalage de leur scieuce , l'extrême propreté qu'ils faisaient régner dans leurs maisons, le brillant appareil des exercices de fin d'année où on voyait les enfants chanter, danser, débiter des vers, faire des armes avec grâce : tout cela allait droit au cœur de certains parents plus soucieux des talents extérieurs que d'une éducation sérieuse *.
L'amei-tume avec laquelle les anciens mattros parlaient de ces t pensions à la moderne ', > où l'on ne fabriquait que des hommes < superficiels >, est une
' Projart, op, cit., p. IH5, •Gosse, op. cit., p, 100-102, 3 Proyart, p. 119.
366 l'cniversité de paris
preuve qu'une partie de l'opinion accueillait avec &Tear, eu fait d'enseignement, la nouveauté et le changement. Cependant l'Université de Paris n'avait pas perdu la confiance publique. Ses établissements regorgeaient d'élèves. On a pu porter au chiffre de cinq mille le nombre des étudiants fréquentant ses maisons d'éducation , en 1789 '. Aux plaintes de l'Université de Toulouse sur la décadence des études dans la capitale du Midi, elle répondait en se félicitant de sa propre prospérité. Elle avait hérité de la confiance que les grandes familles accordaient autrefois aux Jésuites, < Les collège* du Plessis, d'Harcourtj de Navarre, des Graasins, écrivait un contemporain, ne comptent au nombre de leurs pensionnaires que les enfants des citoyens les plus opulents du royaume *. > Aussi, fier de ces résultats, l'abbé Proyart pouvait-il s'écrier avec orgueil : • Où sont, je le demande, les sujets de marque sortis des écoles de nos mentors modernes ? J'ai beau chercher de toutes parts l'Emile de Jean-Jacques Rousseau, je ne le
' Sot ces ciaq mille élères on comptait 1.0(6 boursiers et 1.070 externes admis gratuitement à suivre les classes. Le collège Hazarln qui n'avait plus qne 30 à 4C boarsiers, recevait 1,100 externes environ. An collège du Plessis on comptait SOO élèves, au collège d'Harconrt 500, àNavarreiOO, àLisieax4(J0, à Moataigu 300, aux Grasslni, au Cardinal Lemoine et à La Marche 3ï0, enfin à Louis-le-Grand 700. V. Jourdain, op. cit., p. 473,
' Plan d'éducation nationale, 1789, p. 322. L'abbé Gosse, p. 120-ISl, dit également que les collèges étaient peuplés d'élèves appartenant à la noblesse et aux familles les plus distiuguées B dans la robe et )a finance. » Les écoliers les plus pauvres étaient reçns au collège Montaigu. Tandis que dans les autres collèges la pension était de S5D livres depuis 1780, elle n'était que de 350 livres A Montaigu où s'était toujours maintenu, malgré les réclamations de la Faculté des Arts, le régime frugal et aévère qui avait excité la verve railleuse de Babelals.
L'UNIVEESITÉ DE PAW3 367
trouve que dans bod livre, au lieu que les ËmlIe formés par l'Université de Paris, je puis les montrer à la tête du clergé et de la magistrature^ je puis les montrer se distinguant de la foule dans tous les états, et toutes les conditions de la société '. >
n convenait cependant à l'Université de ne pas triompliertrop bruyamment. Le mouvemoAderéférme que nous avons fiait connaître, mouvement conduit, nous l'avons vu, par les maîtres de l'opinion eo France, avait ébranlé dans un grand nombre d'esprits la foi en l'ancienne éducation, au point que l'abbé Proyart lui-même parle quelque part « du discrédit où sont tombés la plupart des collèges *. • Les familles continuent à envoyer leurs enfants à l'Uni versité tout en entendant dire, tout en croyant peutêtre qu'il y avait beaucoup de routine dans son enseignement, L'Université se défendait, non sans succès, comme nous l'avons montré ; elle faisait mieux, elle perfectionnait chaque jour ses métliodes et élai^ssait ses programmes. Mais on pouvait prévoir que, sur ce point comme sur tant d'autres, le mouvement des réformes opérées graduellement par des maîtres sages, croyant devoir perfectionner sans détruire, n'irait pas assez vite au gré des impatients et des meneurs. UAltna mater réciiauffait plus d'un serpent sur son sein. Quand on voit sortir de ses collèges, de Louis-le-Grand des hommes qui s'appelleront dans l'histoire Camille Deamoulins et Robespierre, de du Plessis les futurs Danton et Vergniaud, on devine que l'Université, en se félicitant de ses
' Proyart, op. cit., p. lil).
' Proyart, op. cit., p. 1*.
S68 LE3 JÉsmiEB
•succès, n'apercevait pas sufâsamment la révolutioD produite dans l'opinion par les diacuasions pédagogiques que nous avous vu agiter dans ce siècle ; on sent que la joie de se voir surchargée d'élèves l'empêchait d'entendre l'orage qui conamençait à gronder sur sa tète, et qui allait l'emporter dans son cours avec toutes les institutions du passé.