‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 55 sur 81 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La clergé sécnliflr

I. Mesures prises après l'eipulBioii àet JâsuiteB. — II. Inter- Tention des évSques. — III. Huîtres séculiers émiuents. — IV. Comment le clergé séculier entendait l'enseignement des lettres et des sciences. — V. Projet d'une réforme générale des collèges diseaté par Dné assemblée dn clergé.

La suppression des Jésuites, en 1762, laissait vides les cent collèges * qu'ils tenaient en France. L'Université qui avait désiré leur renvoi, les Parlements qui l'aTfùent prononcé firent tous leurs efforts pour les

1 1 Les Jésuites ét&ient convaincus qne le plan d'études {Ralio sludiorum) dressé bous AquaTiva, dans le XVi* siècle, et le faible opQscuIe de Jonveocy étaient des chefs-d'œuvre de littérature. Attachés k de vieux préjaftés, ils étaient les derniers k les quitter et ils s'opposaient à tonte réform^tion. Us n'adirettaieni de livres qne les leurs. Ils n'ont commencé à adopter Is cartésianisme que quand tes antres ont commencé à l'abandonner. " La Chalotais, op. cit., p. 23.

* Le clergé de France dans l'assemblée de 17GI, disait an roi : ce Les Jésuites, sire, tiennent actaelle ment cent collèges, a Villemain, dans l'exposé des motifs de la loi de 184t, porte ee nombre à 12i, — M. Silvy (te» colUgei en France avant la Réoolulton, p. 3), porte & 113 les collèges tenus par les Jésuites.

DM„..jL,GoogIc

remplacer. Le Parlement confia le soin de préparer

les résolutions urgentes à quatre de ses membres : Laverdy, Roussel de la Tour, l'abbé Terray et le président Rolland, qui remplaça Laverdy, nommé contrôleur général des finances. Ces délégués durent s'entendre avec cinq commissaires désignés par le roi, savoir : De la Roche- Aymon, archevêque de Reims, de Jarente, évêque d'Orléans, d'Aguesseau et Gilbert, conseillers d'État, et Taboureau, maître des requêtes, rapporteur. On écrivit en même temps aux universités du royaume pour leur demander leur avis sur les études et les plans d'éducation qu'il convenait d'adopter.

L'Édit de février 1763 vint régler la situation des collèges indépendants des universités et de toute congrégation religieuse. • Deux sortes d'écoles existent aujourd'hui dans notre pays, disaitle roi, les unes gouvernées par les universités, sous leur inspection et leur discipline, soumises à leurs lois et à leurs statuts ; les autres subsistant chacune par son propre établissement et dispersées dans tout le royaume. Nous devons également à toutes, notre protection royale et notre attention paternelle. > L'Ordonnance, laissant aux « congrégations régulières ou séculières • une pleine indépendance pour la direction des maisons qui leur étaient confiées, attribuait le gouvernement des autres collèges à un bureau composé de huit membres : l'évêque président, deux officiers de justice, deux officiers municipaux, deux notables de la ville et le principal.

Après avoir pourvu à l'administration des collèges, il fallait trouver des professeurs. Les Parlements écrivirent aux officiers municipaux des différentes villes,

oCi le départ des Jésuites laissait des établissements vacantSj pour les inviter à chercher de nouveaux régents, k passer des contrats, à prendre enfin toutes les mesures nécessaires. On comptait trouver dans le royaume des maîtres es arts sans fonctions, qui entreraient volontiers dans l'enseignement. Guyton de Morveau avait fondé des espérances sur les heaux esprits de la capitale : ( Paris, disait-il, recèle un nombre prodigieux de gens de lettres isolés et sans état, qui seraient flattés de se faire d'une occupation conforme à leurs goûts une ressource honnête de fortune'. > On s'arrêta à une mesui'e plus pratique. L'Université de Paris établit son chef-lieu dans les bâtiments de Louis-le-Grand, laissés vacants par le départ des Jésuites. Elle supprima vingt-huit de ses collèges dont les bourses, au nombre de 384, et les revenus, qui s'élevaient à 340,000 livres, furent réunis à un nouveau centre. Cet établissement, avec ses ressources considérables et ses nombreux boursiers, devait être comme une école normale destinée à former des professeurs. Les lettres patentes, données le 21 novembre 1763, déclaraient expressément qu'on voulait en faire • une pépinière abondante de maîtres. > L'Université en entrant enfin dans ce fameux collège qui, sous le nom de collège de Clermont, plus tard de collège Louis-le-Grand, avait eu de si retentissants succès, ne put contenir son émotion. Dans la cérémonie religieuse, inaugurant la prise de possession, ou chanta une messe solennelle dont Vlntroït commençait par ces mots : Eœurgat Deus et dissipentur inimicî ^us. A ces paroles,

• Gu;ton de Morvenu, op. cit., p. fûï.

880 LE CLBBOÉ SÉCULIER

toute l'assemblée tressaillit, voulant voir dans l'expulsion des Jésuites le châtiment demandé par le prophète. Pour compléter les mesures dont nous venons de parler relativement à la formation du corps enseignant, le Parlement et l'Université de Paris firent établir dans la Faculté des arts, par lettres patentes du 3 mal 1766, soixante places de docteurs agrégés, nommés au concours et destinés à fournir au recrutement des professeurs.

Tant d'efforts n'auraient abouti qu'à de faibles résultats si le clergé ne se fût empressé d'apporter son concours. L'Église de France a toujours revendiqué le droit de prendre part à l'instruction publique. Les évêques qui, asecle chapitre de leur cathédi'ale, avaient fondé la plupart des collèges ' et présidé à l'éducation pendant des siècles, devaient intervenir dans une circonstance aussi grave. On peut dire qu'ils furent surpris par les événements et se trouvèrent tout d'abord un peu au dépourvu. Jusqu'à cette époque, en dehors de Paris, où la Faculté des arts tenait avec éclat les nombreux établissements afflliés à l'Université, les communautés religieuses avaient fourni la plus grande partie du personnel enseignant. Les évéques, en confiant ces établissements à des corps se recrutant eux-mêmes, où les

' Le roi lui-même disait dans l'édit de 17Ë3 : u Le clergé a

couconru à la dotation des collËgee par l'application des prébendes préceptorialea destinées h l'éducation de la jeunesse, et par l'union des bénéfices ecclésiastiques. »

D,„„,...L,Coogk

LE CLÊRGË atcutasR 391

vœux assuraient la bonue entente parmi les maîtres, où la science de chacun pouvait s'éclairer encore à la lumière de traditions quelquefois séculaires, étaient par là même débarrassés du souci de trouver et de former des professeurs, de veiller aux études, de pourvoir au gouvernement spirituel et temporel des établissements scolaires. C'est ainsi qu'au xvi' et au xvn" siècle on vit les Jésuites et plus tard ■ les Oratoriens, les Bénédictins, les Doctrinaires, appelés par les habitants, par les municipalités, d'accord avec les évèques, occuper successivement les collèges les plus importants du royaume. II ne faut pas s'étonner des lors que t'épiscopat, témoin du succès des études et des services rendus par ces communautés, n'ait pas songé à préparer dans le clergé séculier le personnel enseignant nécessaire pour parer à une révolution que rien alors ne pouvait faire pressentir.

La guerre une fois déclarée, les évéques ârent tous leurs efforts pour conjurer les mauvaises conséquences de la crise que traversait l'instruction publique en France. On les vit dans les assemblées de 1761, de 1768, prendre la défense des Jésuites, et aucune assemblée ne se réunit plus tard sans qu'en chacune d'elles, particulièrement en 1766, 1773, 1775, 1780 ', les évéques ne discutassent avec ardeur les

< Voir ces docaments dans la Collection des procès-vtrbaux des BaembUeidudeTgidi:Fron<x,i.'V\\l,ia-io\\o,f!l^\ta.}VLa»Àt.,p.SS3, 375, t79, 6S7, 771. — Procâe-verbal de l'assemblée de 1780, p. 79!. — Forcés de nous borner ici au mouvement des éladei, nous reoToyons le lecteur qui voudrait avoir de plus amples renseignements sDr les coQséquences de la suppression des Jésuites, et snr la (avenr que l'opinioa tëmoigoait alors aux réguliers, i. nos articles pabliéa dans le Correspondant des 10 et 2S juin iS79. Les

„..^L,Cooyk'

intérêts de l'eDseigiiement. La grande question était de trouver des professeur. Le Parlement et l'Université de Paris, dont nous avons vu plus haut les efforts, voulaient éviter à tout prix que la succession des Jésuites passât aux Réguliers. Dans un discours tenu aux Mathurins, en 1763, le recteur Fourneau l'avait demandé avec insistance *. Ces vœux parurent d'alKird exaucés. De 1163 à 1773, parmi le grand nombre d'établissements d'instruction confirmés par lettres patentes, cinq seulement furent confiés à des congrégations*. Les évèquea ne nourrissaient pas les mêmes préventions contre les régulière. Us les voyaient à l'œuvre dans les anciens diocèses, ils savaient que les sympathies des populations pour leur enseignement s'étaient affirmées dans les Mémoires mêmes adressés au Parlement^. Aussi le clei^é

amU ou les membres de rUniversité, en particulier Coyer, op. cit., p. S6t-266, t'abbË Projart, op. cit., Gosse, op. cit., p. 1S4-{4S, cODtmDËrent à le montrer peu ravorables aux relîgjcai ju!iqu'ï la Révolution fraaçaiie.

' Placel mmmaptre caveri ne insiiltilio e Jemitit irmueat ad aliaa quaidam congregetiona gux nulla nobiicum aocietate academica eonjmctM amt,

■ Les collèges de Carca»8onDe et de Ntmes, aux doctrinaires; celni de la Trinité de LyoD, aux oratoriens ; celui de Roanne aux prêtres de Saint-Josepb ; enSn celui de UAcod, aux domiaicaîDa. Voy. Rolland. Recueil etc., p. 466-163.

* Voir dam les comptea-reDdus adressés par Rolland, Laverdy, Ronssel de La Toor et Terray, au parlement de Paris, les éloges décernés par la municipalité de Mauriac aux Jésuites, par la ylUe de Niort, par les officiers du bailliage de Montbrison à l'Oratoire, par le lieutenant général de Tours aus béDédictini de SalDt-Maur, par les habitants da Loches anx bamabites, par les ofQciera municipaux de Gien aux minimes, etc. La commimauté albigeoise, par uue délibération du 6 novembre ITSI, exprime aussi ses regrets aux Jésuites. Voy. Hiitoirt lUtéraire de la ville d'AAi, par Jules Rolland, p. 3S8-3S9. En 1789, les cahiers des trois ordres ae montrent également favorables aux communautés ensei-

„..^L,Cooglc

demaDdà-t-U au roi, avec une ïDsistancè pailiculière, dans l'assemblée de 1773, d'utiliser le zèle et le dévoQement des commuaautés enseignantes. À partir de cette époque, il s'opéra dans les résolutions du conseil un revirement que le président KoUand * attribue à l'intervention du clergé. Les religieux, qu'on avait écartés jusqu'alors des anciens collèges des Jésuites, y furent appelés de divers côtés. D'après les chiffres de M. Villemain, 46 des collèges tenus autrefois par la Compagnie seraient passés à des communautés, et, sur 5fê£ établissements ouverts aux études classiques à la veille de la Révolution, 178 étaient dirigés par différentes congrégations*.

Les évéques, tout en demandant au pouvoir d'utiliser la bonne volonté des ordres aptes à l'enseignement, comprirent l'importance du rôle que le clergé séculier était appelé plus que jamais à remplir dans l'éducation publique. L'Édit de 1763 les plaçait à la tète du bureau. Leur dignité, les devoirs de leur

piaules. Voy. notre irticle du Correspondant du 21 juin IS79. 11 ï avait quelques voii discordantes dajis ce coocert de louanges. En 17S2, la ville d'Auieire fit une critique amËre de l'enseignameut des jéeniteg. Vo;. Max-Quantin, Annuaire du d^rlanent de l'Yonne, 1877, p. ISi. - Eu 1762, à Orléans, à Moulins, à MoIl^ brison, A Poitiers, à Bourges, les officiers touDicipani ou ro^noz présentèrent également quelqnet plaintes sur l'étude du trancha, de l'histoire, de la géographie et de la (ihiloaopbie. Va;. Rolland, BfcutU, etc.

' Rolland, op. cit., p. ifl. Les doctrinnires entrèrent à La Flèche en 1770, les bénédictins furent appelés, en 177^8, par les états de Béarn à la direction da collège royal de Pau, Un an plus tard, sur la demande des états d'Artois, le roi rétablit les collèges supprimés d'Ail et de fiéthune pour les confier l'un aux doctrinaires, l'antre aux oratoriens. Tours, Houlius reçurent, en 1779 et i7S0, des congrégations enseignantes. Enfin, comme nous le verrons plus loin, tontes les écoles militaires furent confiées ï des communautés.

* Villemain : Exposé da motif* de la ht de 1844,

...^L.Coogk

394 LE CLEEtGÉ SÉCULIER

charge leur donnaient, dans les questions d'enseignement, une compétence çt une autorité particulière. Ils pouvaient, par leur situation sociale, par leurs relations avec la cour, par leur qualité même de princes de l'Église, aplanir bien des obstacles, obtenir des lettres patentes, provoquer l'union des bénéfices, arriver enfin non seulement à sauver l'existence des établissements, mais encore à assurer leur avenir, âr poser les bases d'une véritable prospérité. Us se souvenaient de l'éclat qu'avaient jeté les écoles épiscopales au Moyen Age, des succès obtenus par certains collèges de province avant l'arrivée des congrégations enseignantes. Quelle n'avait pas été, par exemple, la réputation du collège de Guyenne au XVI» siècle! Pourquoi ne pas ressusciter ces vieilles gloires; pourquoi ne pas appeler dans les collèges le clergé séculier, qui comptait tant d'esprits éclairés capables de combler les vides faits par la révolution pédagogique de 1762 ? Les évoques ne faillirent pas à leur tâche et dans un grand nombre de villes, comme à Albi, à Sens, au Puy, etc., on les vit rouvrir les maisons d'instruction, y attirer professeurs et élèves, pourvoir aux dépenses, en un mot, prendre en main les intérêts de l'éducation avec un zèle et un succès qui leur valurent la reconnaissance publique des populations'.

* Aprèi l'expulsion des Jésaltea, l'évfque de Clermont, Hi' de La 6&rlAy«, Muva lei collèges de Billom et de HaurUc, qne la DinDicipatilé de Clermout voulait faire supprimer, L'évAqoe âcrivait de Saiot-Salpice, k Paris, le 11 juillet (765 : » Le 9 de ce mois, les lettres patentes du roy portaul conHrmation totale àef collâg«B da Billom et de Mauriac ont esté enregistrées an Pariement. les chambres assemblées. Je ne regrette pas mes peines et l'argent qoe J'a; dëpanaâ pour j parvenir, lit iUritnt détruits

„..^L,Coog[c

La plupart des maîtres attirés dans les anciens établissements des Jésuites surent s'élever & la hauteur de leur mission. Malgré la difficulté de remplacer brusquement la célèbre Compagnie, dans les cent collèges qu'elle avait occupés sur la surface du territoire, on réussit à recruter dans le clergé de France

smu moy, et fi je n'étain ps» vena à Paris cette année. Les principaux du Pnrlement ëtnat B'semblÉs me l'assurèrent hier. > JoloQStre.op. cit., p. 391-392. — « C'est i Votre Émioence, disueat les cunsuls d'Atbl au cardinal de Bernis, que cette ville, cette coDtréc doivent l'instruction publique que l'antorité du plus chéri àe» rois vient d'y fixer. Heureusa cette ville dans l'impuissance de peindre à Votre Émiaence la vivi: reconnaissance qu'un bienroit si distingué lui inspire ; heureuse cette ville de pouvoir lui présenter la reco a naissance des générations futures, qui béniront d'&ge en Age le nom illustre, te nom cher A tous les cœurs albigeois, qui perpétuera dans son sein la lumière, le goût des sciences et des- moeurs. > Jules Rolland, op. cit , p. 3Q0^63. — L'orcbevéque de Sens, Me de Luynea, avait doté, reconstitué le collège de cette ville et, à sa mort, le chapitre de la cathédrale pouvait rendre hommage k sa muniflceoce et k son zèle qui avaient ain^i préparé dans " le centre de son diocèse anz générations à venir et à tous les ordres de la société des hommes éclairés et des citovens vertueui. •• Mai-Ouaolin, op. cit , p. 2f2'2U. — L'abbé Proyart (De l'éducation publique, préface, p. 13-1*), parlant du collège du Pnj, écrivait : « Secondé par MM, tes administrateurs, Me l'èvéïiue du Puj créa dans notre collège le nouvel ordre de choses qui y règne. 11 j établit un pensionnat qui, dés sa naissance, obtint une confiance marquée du public, confiance qui alla toujours croissant, lorsque les pères de famille eurent appris qu'un prélat aussi distingué se faisait une affaire personnelle de l'éducation de leurs enfants, que voulant tout voir et suivant tout par lui-même et dans le physique et dans le moral, il entrait, sous ce double rapport, dans des détails qui échappent souvent aui pères mêmes et dont la tendresse maternelle seule sent tout le prix. «

des hommes distingaés qui dirigèrent avec succès, bouveot avec éclat, ]es maisons qui leur furent confiées <-

Ce grand corps comptait dans ses rangs une foule de membres que des études littéraires soignées, que de larges connaissances théologiques et philosophiques puisées soit à PariSj soit dans les Universités de province, avaient préparés à occuper les plus grandes situations. Aussi la nation trouva-t-elle dans le clergé séculier comme une précieuse réserve de maîtres, qui surent se montrer à la hauteur de leur tâche dans les postes les plus élevés et les plus difficiles.

A. La Flèche, au moment de l'expulsion des Jésuites en 1762, nous voyons l'abbé Donjon prendre la direction du collège et la garder encore, lorsque deux ans plus tard il fut érigé en école miliaire. Sous l'impulsion de ce maître habile, docteur en théologie, profondément versé dans les mathématiques, la physique, l'histoire, la philosophie, l'économie politique, qui prononçait dans les séances solennelles, selon le témoignage d'un de ses auditeurs, des harangues latines « dignes du P. Porée », l^i sutenfln s'entourer de professeurs éminents et presque illustres, les Pechmeja , les Gosson , les Jacquemart , etc. , La

> Il ; eut quelques ezceptiODB. C'eat ainsi que l'expulsion dei Jésuites fat pour le collège d'Angoaléme une véritable catastrophe. Les Pérea noe fois partis, nons to;oqs la municipalité s'adresser aux barnabites, aax doctrinaires, aux orstoriecs, — et, sur leur retns, cooToqaer tons les roaltren és-arts de la ville qui U plupart se recnsèrent ; plus tard, ouvrir pour occuper les chaires «n coDConra auquel !e Parlemeut s'oppose ; bref, après une série d'expérieuces niBibeurtuses aboutir à In ruine complète de cet ètabliwement, qui naguère attirait des élèves des provinces voisines. Voy. A. de Hassougnes, lei Jésuita à Angoulime, 1SI6-

Flèche atteignit la plus haute prospérité. 'L'intérim. de quatorze ans, entre le départ des Jésuites et l'arrivée des Doctrinaires, fut rempli avec un tel bonheur qu'un contemporaio a pu appeler cette période de l'école militaire ■ l'époque la plus mémorable pour La Flèche >, soit au point de vue de l'éclat de l'enseiguement, soit au point de vue du succès des élèves ' .

En parcourant les établissements des diverses provinces, à l'aide des documents qui nous en ont conservé l'histoire, nous rencontrons de tous côtés, comme k La Flèche, de brillants éducateurs. Rouen, compta dans ses collèges des professeurs éminents : Cotton, des Houssayes, Baston, Tuvache pour la théologie, — Athanase Auger, Formage, Hamel pour les lettres, — Bulague et Ligot pour les sciences. Cette maison n'avait pas moins de huit cents élèves en 1789 '. Bordeaux, Albi , Auxerre, Sens, etc. 3, un grand nombre de villes trouvèrent également des maîtres distingués dans le clergé séculier. Delille, qui devait professer au collège de La Marche à Paris, ensuite au collège de France, avait débuté comme maître de la classe élémentaire à Beauvais, et puis comme régent de seconde à Amiens. Ce der-

1 V. Joies Clere : HUloire de lÉcote de La Flèche, p. lTi.32l. Parmi les Élèves Tormès & La Flècbe durant cette période, cet enteur cite La Tour d'Auvergae, Dapetit-Thouara, etc.

* Robillaid de Besurepalre : Recherches sur t'instraciion pnbliqve data le diocise, de Rouen, 3 val. in-g°, 1372, t. III. p 73.

> V. ponr Bardeaux : Histoire du collège de Guyenne, par GaulUer, 1874, — pour Albi : Histoire littéraire de la ville d'Albi, par Jules Rolland, p. 362, — pour Auiene et Sena : Histoire de • reTueignenienl secondaire dans le déprirtement de P Yonne, par Hax-Quantin '(Annuaire de l'Yonne, 18T7).

„..^L,Cooyk'

398' LE CLEBGÊ 3ËCUIJER

nier collège compta d'autres hommes remarquables tels que Selis et Machart '. Bérardier, appelé plus tard à diriger le collège Louis-le-Grand, fut principaJ du collège de Quimper jusqu'en 1778 *.

Le collège de l'Université de Reims, appelé collège des Bons-Enfants, compta au xvm" siècle des maîtres éminents. On y vit passer des hommes tels que Charles Batteux, professeur de rhétorique, à Reims, plus tard au collège de Liaieux, au collège de Navarre, au collège de France k Paris ^ membre enfin de l'Académie des inscriptions et de l'Académie française, — Pluche, connu par des ouvrages qui eurent du retentissement au xym* siècle, principal du collège de Laon, après avoir professé la rhétorique à Reims. — D'autres maîtres, les Gaudru, les Ninnin, les Couet, les Cauvet, les Vatry, les Fery, les Cliquot, les de Saulx, les Migeot, les Fromentin, les Pierrard, sans s'élever à la même notoriété, maintinrent k un niveau supérieur les études de l'établissement et le peuplèrent d'élèves jusqu'à la Révolution '. Le célèbre Bergier, curé de Flangebouche, fut nommé, en 1767, principal du collège de Besançon. Appelé peu après, par le clergé de France., à occuper un canonicat à Notre-Dame de Paris, il eut pour successeur l'abbé Trouîllet, curé d'Ornans, connu par des travaux historiques. En même temps, les études étaient dirigées avec une grande habileté par l'abbé Demandre, curé de Sain^Pie^■e, qui devait se fourvoyer plus tard

' Daraj ; Let ieolea et let cvUèges du diocèie d'Amiens, 1881, p. 9S-S9.

> Fierrille : Histoire du colligt de Quimper, IBM, p. 93.

3 Voj. Cauly : Histoire du collège des Bons-Snfants de tUmttrsite dt Reims, in-g", p. iSD, S4i-StS, 61*615.

LE CLEBGÉ SÉCUUEB 399

parmi les évêques constitutionnels '.A Limoges, le collège fut gouverné, après l'expulsion des Jésuites, jusqu'en 1783, par J. Pouyat. ancien curé de Nieul, littérateur, écrivain, membre de plusieurs sociétés savantes et dont un contemporain a pu dire : « M. Pouyat était un homme d'esprit et de bon sens et qui entendait supérieurement sa partie. De pareils hommes sont rares et se remplacent difficilement *. » Le collège d'Ancenis, dans le comté nantais, compta de brillants directeurs. De 1771 à 1783, l'abbé Lexcusiat, homme de haute valeur, donna une grande vogue à cet établissement. Son œuvre fut brillammeut continuée par l'abbé Ch. Gaignard, passionné pour la. linguistique, versé dans cinq ou six langues, maniant à la fois le vers français et le vers latin, enfin assez expert en architecture pour tracer à M. de la Ferronays le plan de son château de Saint-Mars-la-Jaille. En 1789, le coUège d'Ancenis, très fiorissant, attirait des élèves de toutes parts, au point que beaucoup de familles lui donnaient la préférence, pour la force des études, sur l'établissement tenu par les Oratoriens à Nantes ^. A Dijon, le collège garda sa réputation après l'expulsion des Jésuites. L'abbé Courtépée, connu par son Histoire du duché de Bourgogne, J.-B. Mailly, par son Histoire de la Fronde, J.-M.-B. Cléinent, par quinze volumes de polémique contre

' Droi ; Recherches historiques tur la ville de Beiatiçon. Collage, I. II, p. iW2.

■ Leroux : Inveulairt tommaire des archives dipartemenlaks, Limogeo, t. 1, préf., p. 29.

' Léon Maître : L'instruction publique dans le comté Nantais «vont 1789, p. 130, 131. L'auteur donne la liste des onviagei de Gùgaard,

„..^L,Coog[c

^» LE CLEHOÉ SÉCULIER

Voltaire, le soutinrent avec éclat ', De la Borere, licencié en théologie, nommé principal du collège d'AJras, en 1764, était un savant doublé d'un écrivain élégant -. L'abbé Proyart était principal du collège du Puy, quand U publia son livre De l'édiication publique (^ne nous avons eu occasion de citer.

Tel prêtre inconnu sut élever un humble établissement, comme le collège de Joignydans le département de l'Yonne, aune prospérité extraordinaire. Fendant la Révolution, la municipalité de cette ville plaidant la cause de cet habile directeur, J.-B, Saulnier, parlera de ( l'état de splendeur • où il avait porté une maison « jusqu'alors ignorée '. Voici le maire et les ofâciers municipaux de Baugé venant attester que leur maison d'éducation est « parfaitement tenue et bien disciplinée >, que le principal Jouanneau, par t ses talents, sa piété, son savoir et sa vertu >, attire à lui • des villes voisines des pensionnaires au delà de ce qu'il en pouvait en recevoir, le collège étant trop angustié pour le grand nombre qui se présentait *. »

On est frappé, en compulsant l'histoire de nos provinces avant la Révolution, du nombre de prêtres instruits, écrivains, littérateurs, curieux des choses de l'esprit qu'on rencontre sur toute la surface du terri-

• Ch. Muteaii ; Les écoles et les collèges de province, 18S3, p. 586, 587.

* Hautelocqne, op. cit., p. 121.

9 Max.QuentîD, op. cit., p. 233-334. — M. T&rtière : De f instruction publique dans les Landes, p. 45, constate alors dans les Landes des âtâblissement^ coaveaableiuetit orgaaisés, pourvus de maîtres capables et fréquentés par un nombre considëroble d'élèves.

^ Arthur du Chèoe-: Un petit collège avant et pendant la Révolution. Baugè, 16S2-1792, p. 25.

„..^L,Coog[c

LE CLEBQÉ SÉCULIER 401

toire. Les droits attachés aux grades académiques, tes loisirs assurés aux titulaires de bénéfices simples stimulaient et entretenaient l'activité intellectuelle. Quand l'expulsion des Jésuites vint surprendi'e par sa soudaineté le clergé de France, il y eut un temps de confusion et de découragement dans la nécessité où OQ se trouva tout d'un coup de pourvoir à plus de cent établissements ; mais peu à peu on se ravisa, des maîtres semblèrent sortir de terre et accoururent de tous côtés. L'historien des écoles d'Auvergne, M. Jaloustre, nous montre ses- compatriotes fiers de pouvoir recruter leurs professeurs sans sortir de la province. En 1763, les consuls de Limoges donnent au Parlement de Bordeaux l'assurance qu'il y a, parmi les prêtres séculiers de leur diocèse, • un grand nombre de docteurs, bacheliers et gradués plus que suffisant, qui

seraient en état d'instruire mieux que quelque

congrégation ou ordre religieux'. » Dans le diocèse de Gambiuiiles aspirants professeurs étaient si nombreux qu'oD crut pouvoir mettre les places au concoui's. Daus la liste des maîtres et des directeurs de cette maison, on rencontre des hommes de grand mérite comme l'abbé Royer et l'abbé Auvray, qui furent principaux de la maison *.

■ Leroux, op. cit. , isv. — D'apri» U réponse raite, le 9 germinal aaX, par le conaeti d'arrondi a se méat du Doubs à la demande du miaistre Cbaptat, Besançon comptait 200 élâves k son UniTeroké. iOO élèves à son séminaire. Le coltËge avait IS professeurs et enviroa *0D élèves. Voy. la Reiiae tte l'eiatignement secondaire, I& mars 1BB6. — Le collège d'Arras, réorgantaè soas dea prètrcs sècnlien, compla Tl pensionnaires et 100 eilernes (Hauteclociine, p. fi3). — Le collège de Cambrai eut ea moyenne 300 élèves (Dnrieut, p. 102).

s Dartenx, op. cil., 93, 97, 98, — Voy. p. 3ÎJ-2i9, la liste des principaax et professeun,

I D,.„,..^L,Coog[c

403 LE CLEBOâ afiCULIEE

Les Universités de province fournirent des professeurs ' ; mais la plupart sortaient de l'Université de Paris et devaient à ce titre un véritable prestige. C'est comme maîtres es arts, quelquefois comme docteurs en Sorbonne qu'en arrivant en province, ils recevaient un accueil empressé et parfois enthousiaste. Il ne fut pas rare de voir les municipalités en détresse adresser un suprême appel à « la mère des letties et des sciences > et alors, comme à Moulins, les écoliers, les régents se rendaient plusieurs lieUes en avant de la ville, pour souhaiter la bienvenue à ces maîtres qui arrivaient de Paris entourés de l'auréole de VAlma mater *. Il ne faut pas s'étonner que le plus souvent ces directeurs, formés par l'Université, aient adopté son programme ' et que même l'Université ait quelquefois cherché et réussi à s'agréger certains collèges, comme elle le fit pour La Flèche en 1767:

Ces hommes distingués ouvraient la porte à tous les progrès. Nous les voyons établir à Rouen, à Eu, à Bordeaux une chaire de mathématiques et d'hydrographie*, organiser à Sens « un acte général

1 Ainsi i. Limogée presque tous les professeiin sortaient des

UniTersitéa de Paris, d'Angers et de Toulouse. (Leroux, p. 34.) > Eecueil de plnsieura ourrages du président RoUand, p. 564-566. ' Beaucoup de congrégatious en faisaient autant. Ainsi les prâtres du Saint- Sacrement ou Sacramentainig, promirent en se chargeant, en 1760, du collège de Brioude de se conformer anx uEoges et k la manière d'enseigner observés dans l'UniTersité de Paris. Jalon stre. 310.

* Beaurepaire, op. cit., t. 111, p. 70. Ch. Brèard, HUtoire du collège d'Eu, p. 64.

LE CLEBOÉ sâcnuER 408

de physique, de logique, de philosophie, de mathémaUques'i, appeler & Bordeaux, à Glermont, à Besançon, à Reims, à Arras, des professeurs spéciaux pour < les mathématiques, le dessin, la physique expérimentale », employer enfin les jours de congé à des leçons de danse, de musique et de blason *. A Limoges, on dicte des cahiers d'histoire, de géographie ; on apprend le français avec la grammaire de Wailly, les synonymes de Girard, la prosodie de d'Olivet, la lecture des auteurs et la comparaison incessante des poètes modernes avec les poètes anciens. Dans les discours prononcés à l'époque des solennités litté «ires, nous voyons le professeur traiter, en 1780, de VecBceilence de la langue française, en 1784, des avantages de l'histoire, en 1789, de l'excellence de la poésie ^. Les plus humbles malsons entrent dans le mouvement et obéissent à ce courant universel qui poussait les éducateurs à élargir les programmes. Le directeur du collège d'Ancenis défend sans doute le latin. < On demande froidement, dit-il, à quoi sert le latin. J'aimerais autant dire : à quoi sert l'éducation? » Mais, avec le latin, il promet d'enseigner à ses élèves • le français, l'histoire, la géographie, les mathématiques, le dessin, l'arpentage, la levée des plans, la musique, la danse, l'escrime, et même la langue grecque, s'il se trouve assez d'élèves pour faire un cours spécial. > Il ne refuse pas de condescendre aux désirs des familles qui < veulent faire des enfants des militaires, des ingénieurs, des hommes

' Max-QaantiD, op. cit., p. S14.

' GaoUienr, op. cit., p. 503, SOS, 506. — Jaloustre, op. cit., p 37S. Droi, 1. 11, p. 19, IIS. Canly, 5SS. ' Leroux, op. cit., mil, isiiv.

404 LE CLERGÉ aÉCCLIER

du monde ou des littérateurs '. » A. Villeneuve-le-Roi, dans le département de l'YoBnej un jeune principal, élève de l'Université de Paris, annonce en 1785, dans un discours public, qu'il sera fait une large place à la géographie, à l'histoire générale, au calcul, que • la langue nationale marchera toujours à côté de la langue latine, comme une sage tille n'abandonne jamais sa mère >, ce qui ne l'empêcha pas de composer trois ans plus tard une ode élégante en vers latins sur la mort de Mp' de Luynes '.

L'exemple vient d'en haut, et de tous côtés ou s'empresse de combler les lacunes que pouvaient présenter les anciens programmes d'enseignement. En 1786. un édit royal crée, dans les deux collèges de la Faculté des arts à Caen, des chaires d'histoire, de géographie et de chronologie. Quatre lecteurs ou professeurs royaux occuperont les chaires de physique expérimentale, de mathématiques, de littérature française, de langue grecqiie. Le cours de physique expérimentale est confié au • sieur abbé Vittrel '. »

En même temps qu'on élargissait les programmes, on perfectionnait les méthodes *. Les principes et les

< Léon Maitre, op. cit., p. 131, 132.

* Max-QuBQtin. p. 3(9-250.

* Eugène Chatel : Stalititque de temeignemtnt iupirieur à Caen de 1786 à i791, p. 20. — Les sciences naturelles étaient <le plus en plus A la mode k l'approche de la Révolution. En iliî. daDg nne assemblée du bureau du collège de Clermont, ■ M. de Vernines, maire, expose qu'il lui parait important... pour se conformer au goài actuel pour la physique el Chisloire naturelle. d'établir dans ce collège un cours de physique expérimentale, ([ui poun'ait remplacer avantageusemeiit pour le moment une chaire de moihématiques, établie en ms. « — V. Jaloustre, op. cil., p * 10-411.

* Oa cherchait aussi à élever le niveau des études. Dans

„..^L,Coog[c

LE CLERGÉ 8ÉCDLIER 405

exemptés de Rollin, qui avaient mis du temps k vaincre la routine des collèges plus reculés, semblent enfin être devenus le code de l'instruction classique. C'est de Rollin qu'on s'inspire, qu'on se réclame dans l'enseignement des langues mortes. « L'étude des langues latine et française, écrivait en 1783 le principal du collège de Clermont, fait à proprement parler la principale occupation des classes depuis la sixième jusqu'à la rhétorique. Dès le commencement, les maîtres ont tâché de se rapprocher, autant que possible, du plan qui se pratique dans l'Univerâité de Paris. Pour faciliter aux enfants l'intelligence de la langue latine, ils ont toujours uni ensemble, l'explication des auteurs, la traduction, la composition des thèmes. Par rapport à la langue française, outre la traduction qui peut servir pour les deux langues, et la connaissance des règles qui est indispensable, ils emploient deux autres moyens : la composition et la lecture des livres français. Ils s'attachent aussi à cultiver la mémoire de leurs élèves, en leur faisant apprendre les plus beaux morceaux des auteurs qu'ils expliquent tous les jours. Lorsque les jeunes gens ont été ainsi exercés dans les basses classes, le professeur de rhétorique travaille à leur perfectionner le goût, par le développement des excellents préceptes de Cicéron et de Quintilien, auxquels il joint des exemples choisis soit dans les anciens.

plasieurs notlèges tenus par le clergé sécnlier, comme à BesHoçoii {Dro2, op. cit., t. Il, p. lS-19), oa avait établi les eiameas de passage en usage à l'Oratoire. Quand on avait à r^ire à des enfants sans capacité «a sans bonne volonté, « les pareats préalablement avertis seront invités k les retirer ", disait le règlement.

....^L.Cooglc

406 LE OLERGÉ SÉOULIEB

soit dans les modernes. Tel est le tableau abrégé de l'enseignement dans le collège de Clermont '. >

Ce programme nous montre les régents séculiers soucieux d'enseigner le français par principes et, dans l'étude du latin, faisant une large partàlatraducUon. à l'explication des auteurs. Mais, Us maintenaient la composition latine. Ici comme chez les Jésuites, comme k l'Oratoire, bien que dans une moindre proportion, on rencontre des maîtres rompus à la lajigue de Cicéron et passionnés pour la versification latine. Il n'y a pas de collège de province où les professeurs d'humanités, souvent le principal, n'invoquent à leurs heures Virgile et Horace. S'agit-il de haranguer un illustre visiteur, de féliciter l'évêque ou le gouverneur, de chanter la naissance d'un prince, ou le mariage du Dauphin, de célébrer la paix ou la guerre, de se réjouir ou de pleurer dans une ode ou une élégie, ces sentiments veulent être exprimés en vers, et il semble qu'il n'y ait point de véritable fête là ou la muse latine n'a pas fait entendre sa voix. On voit de grands personnages, docteurs en Sorboane, et chanoines par surcroît, rimailler sous les cheveux blancs avec toute l'ardeur de la jeunesse, manier le spondée avec la même prestesse que le syllogisme.

* Voy. Jaloustre, op. cit., tl2-413. Oa peut voir là la liste de» auteurs expliqué; au collège de Clermont. — Durieux, op, cit . p. 200, donne, d'après le règlement de 1765, les auteurs expliqués au coIlËge de Cambrai. « En cinquième. Le Seleclx. Les tliëmea seront pris dans Vhistoire de France. — Ed quatrième, LeiÉpitres familih-es de Cicéron, Eutrope, Phèdre, Les Égloguea, de Virgile.

— En troisième, Quiate-Curce, Cicéron, Les Géorgiques, Saltust«.

— En deuiième, fÉnéide, Ovide, Horace, Tite-Live, Cicéron. — Les thèmes seront pris dans M. de Bossuct on M. de Fénelon. " En rhétorique, Cicéron, Tite-Live, Virgile, Horace, Plutarque, Pline.

„..^L,Coog[c

LE CLERGÉ aâcnuEB 407

Qu'on lise par exemple, l'histoire du collège des Bons-Enfants de Reims, c'est toute une dynastie de poètes latins, les Deloche, les Maizière, les IfAgeot, les Lea, les Hénon qui défilent devant nous au xvm^ siècle, se passant de main en main le laurier d'Apollon. Au-dessus d'eux, brille l'abbé de Saulx, vrai poète de la cité, inspirateur de toutes les fêtes, chantre pendant cinquante ans de tous les événements heureux ou tristes, poussant le dévouement iusqu'à traduire en vers, français les productions latines des poètes du crû '.

Cet enthousiasme des maîtres se communique aux élèves. Eux aussi, invoquent la muse et parfois avec un étonnant succès *. Mais, 6 horreur ! où ne conduit pas l'amour des vers t Voici la poésie française qui menace de se fauâler dans les classes, de disputer à Virgile et à Horace le cœur de la jeunesse '.

Ces talents trouvaient l'occasion de se produire

» Voy. Cauly, op. cit., p. 387-637.

< En 1773, le diocèse d'Amiens (voy. Daray, op. cit., p. Ifl3-I9i), «Tùt craint de perdre Ugr de la Hotte, qui avait parlé de donner 9a démission ; mais il prit pour coadjutenr l'abbé de Haehault. Un élève du collège St à cette occasion une ode UUne qni fut irèi applaudie. Il ta terminait par ces vers t l'adreiae des

Ita> coiuaela properale intio.

Piuparu. N>rli d>U prKdi. lobii FanU nau bil ganiiu boDoram

C«a duo mbient Suiii tecandot Praiini lluetiu. locioqDB cnna loSuiuil CBiipli popDlotqiia fado .

Fcedûg ditanl.

* Voy. une pitee de vers français par on élève de riiètonqae du collège de Clermont, laquelle eut les honneurs de l'impreaston. JalooBtre, op. cit., p. 4IS.

....^L.Coogk'

dans les représentations publiques auxquelles étaient eonviés les parents des élèves et les habitants de la cité. Le théâtre de collège, qui avait précédé l'entrée des Jésuites eo France, leur survécut. Les priacipaux, sans pouvoir atteindre le degré de splendeur que la célèbre compagnie avait donné à ces fêtes, voulurent maintenir ces spectacles qui attiraient une si uom-

Néanmoins, depuis 1763, les Encerctees littéraires prirent une grande importance, disputant la place au diame, parfois même arrivant à le supplanter. Ces exercices, qui renfermaient le programme et le résumé détaillé des matières sur lesquelles on devait interroger ou faire disserter publiquement les élèves, étaient généi-alement imprimés, non seulement à l'Oratoire, chez les Bénédictins de Saint-Maur, mais encore dans les principaux collèges de province. Ils renfermaient dix, vingt, claquante et même cent pages, comme à Sorèze. Les parents, les spectateurs, cet imprimé en main, suivaient les séances qui quelquefois duraient plusieurs jours. Les élèves des différentes classes étaient appelés à y prendre part, et à répondre sur les matières qui avaient été l'objet de l'enseignement. En 1712 et 1713, les rhétoriciens du collège de l'Université de Keims, Pluche étant professeur de rhétorique, soutinrent un exercice public sur l'histoire de la ville, sur ses institutions , ses archevêques ; un élève déclama une ode française sur l'histoire sacrée et profane. Dans l'exercice fait sur la géographie au collège d'Arras, le 8 août 1769, l'un des élèves s'appelait Maximilien Robespierre. Dans l'exercice de 1773, qui occupa plusieurs jours, le principal de l'établissement, M. de la Borère, développa en prose et en vers

„..^L,Cooyk'

LE CLERQÉ SÉCCUER 409

HD plan de conduite pour toutes les conditions et tous les âges '.

La classe de philosophie soutenait des thèses sur la logique, la physique, offrant l'intérêt de la contradiction entre plusieurs orateurs. En 1790, à une époque où l'on pourrait croire l'attention puhlique étrangère à ces pacifiques luttes, f exercice du collège des Bons-Enfants se donnait dans la chapelle de Saint-Patrice à Reims. Au moment où les élèves dé philosophie étaient aux prises sur une thèse de physique, on vit tout & coup apparaître dans la salle deux dragons, le casque à la main et le sabre au côté. Après un moment de surprise, on leur présenta les thèses imprimées. L'un d'eux prend le papier, le lit et se lève pour entrer en lutte. Après s'être excusé de se montrer en costume militaire et d'aborder ce débat sans pi-éparation, il traite la question et ébranle la thèse par des arguments (tressants. Néanmoins, satisfait des réponses de son contradicteur, il cesse bientôt l'attaque comme fatigué du combat, et adresse aux. élèves en latin un adroit compliment qu'il termine par le vers du poète :

Cédant arma togx, concédai laurua olivx.

L'assemblée applaudit. Le professeur de philosophie se lève; il remercie à son tour en latin, dans un heureux langage, l'argumentateur habile et inattendu que l'on venait d'entendre. Dans un vers improvisé, il salue l'union de l'épée et de la toge, du laurier de la guerre à l'olivier de la paix :

Sinl soda arma togx ; neclatur laums olivx !

' Voy. Darieux, 9i-93; Lcroni, xxxv; Fierville, 88-SB ; Hanteclocqne, IS2 ; Cwaïy, (81.

„..^L,Coog[c

410 LE 0LBB6É SÉCULIEB

Les deux dragons se retirèreot au milieu des applaudissements. Celui qui avait argumenté était Piche-

Le clergé séculier fournissait donc avant la Bévolutioh des professeurs distingués à ses propres collèges et & ceux dont il avait liérité des Jésuites. Le mouvement de réforme, qui poussait de tous côtés à perfectionner les méthodes et à élargir les programmes, trouva ici des esprits préparés, disposés à encourager tous les progrès véritables.

Malheureusement, la discipline intérieure, l'entente entre les maîtres furent souvent compromises par l'ingérence des bureaux, que l'édit de 1763 avait préposés au gouvernement des collèges. C'est au point que l'Assemblée générale dti clergé de France, émue des plaintes universelles, préoccupée d'ailleurs des innovations que les publicistes, entraînant l'opinion publique, parlaient chaque jour d'introduire dans le système d'études, ordonna, en 1780, & ses agents d'écrire à tous les évoques de France pour leur demander avis sur les mesures à prendre. Alors, disait-elle, le clergé se verra « à portée de consommer enfin une opération devenue nécessaire pour sauver en France la religion et les mœurs, et nous aurons dans la présente assemblée la consolation douce et flatteuse d'avoir préparé les voies à cette précieuse réformation des études nationales. *

Ce langage impliquait l'aveu de réformes à faire et

' Csuly, op. cit., p. 626-671.

DM„z.aL,Googk

LE CLEROÉ SÉOOLIER 411

l'intention de les réaliser. Les agents généraux s'empressèrent d'exécuter l'ordre qu'ils avaient reçu. Bans une lettre circulaire adressée à tous les évêques de France, ils s'enquièrent du nombre de coUëges que possède chaque diocèse, de leur forme d'adminisbtitiou, de la nomination des professeurs, du plan d'études, des inconvénients del'édit de 1763. Ils demandent ( s'U ne serait pas avantageux d'appeler au gouvernement des écoles publiques des communautés régulières ; quels seraient les moyens de former un établissement qui pût fournir des principaux, des régents et des sous-maltres dans toutes les parties du royaume ; • quelles sont, en enseignement, les ( pratiques vicieuses et inutiles, quel serait le plan d'éducation le plus propre k faire aimer et respecter la religion, à conserver la pureté des mœurs, à entretenir l'émulation, à donner le goût des sciences, et à rendre les élèves capables de remplir dans la société les fonctions auxquelles ils peuvent ôtre destinés '. i Cette lettre était signée de l'abbé de Péhgord, agent général du clergé. Il est intéressant de voir le futur évéque d'Âutun, le futur rédacteur du ^meux rapport de 1791 sur la refonte complète du système d'éducation en France, provoquer, dès 1780, les vues de t'épiscopat français sur cette grande question.

La plupart des évéques fournirent les renseignements et les conseils qu'on leur demandait. La publication de ces réponses serait, pour l'bistoire de l'enseignement secondaire avant la Révolution, un document de la plus haute importance. Les Mémoires que

„..^L,Coog[c

412 LB CLERGÉ SÉCDLIEEt

nous avons pu consulter, joints au livre que l'abbé Proyart ', alors principal du collège du Puy, écrivit avec une connaissance approfondie du sujeteten suivant point par point les questions posées par les agents, nous font connaître l'opinion du clei^é, en matière d'éducation, cinq ans avant la Révolution.

Pour les études, le clergé se montre sagement progressif, ouvrant largement la porte à toutes les réformes raisonnables, mais fermement attaché aux traditions classiques qui avaient valu à la France deux siècles de gloire littéraire. L'abbé Proyard défend avec énergie le plan et les pratiques de l'Université de Paris.

C'est contre le gouvernement des collèges que les Mémoii'es font entendre des réclamations énergiques et motivées. « Le vice principal de l'administration actuelle des collèges, disait l'évêque de Langres, Mgr de la Luzerne, dans sa réponse aux agents ', est le défaut d'ensemble. D'une part, un bureau composé de citoyens de diverses classes, de l'autre, un principal et des professeurs qui n'ont presque pas de relations entre eux : tantôt c'était le bureau dont les membres étaient divisés entre eux, tantôt c'étaient les professeurs, le plus souvent les professeurs avec le principal. » Rien de plus fondé que ces plaintes. On avait commis une grande erreur en soumettant des établissements, qui demandent une direction prompte et unique, à un bureau, c'est-à-dire à un corps composé de plusieurs membres. • En combien d'endroits,

■ De tiduailitm publique, I7SS.

' Voir cette Réponse de l'évéqut de Langres, aux agents généraux du clergé, eo CarDandet : Le trésor des piàces ruri la Champagne .et de la Brie, t. t, p. 17-34.

„..^L,Coog[c

LE CLESaÉ SECOUER 413

disait l'abbé Proyart, qui voyait de près ces inconvenients, le choix d'un principal, la nomination ou la destitution d'un régent, l'interprétation d'un article du règlement et quelquefois des affaires de très peu d'importance, n'ont-elles pas été conduites par cabales et terminées par les débats entre les administrateurs I Est-il rien de plus ordinaire que de voir les bureaux partagés en deux partis, dont l'un port« à l'assemblée la volonté déterminée de rejeter ou de combattre tout ce que l'autre proposera ' ? • On devine l'embaiTas d'un principal obligé de naviguer au milieu de toutes ces compétitions. Les administrateurs allaient jusqu'à afficher des ambitions pédagogiques. » Les bourgeois qui n'ont aucune administration, observait finement révoque de Langres, sont infiniment jaloux d'exercer celle des collèges. • De plus, • l'éducation est une matière qui prête à Ilmagination et où chacun peut se faire des systèmes. Aussi ta plupart des membres apportent au bureau leurs différentes idées et veulent y subordonner le principal et les professeurs. On voit de tous côtés les membres de ces bureaux gêner la maison dans la forme de l'enseignement, quoique eux-mêmes n'y entendent rien, exiger des préférences contraires essentiellement à l'éducation publique. > Ces bons bourgeois avaient lu Rousseau et chacun se croyait capable d'élever des Emile.

Cette dépendance du principal à l'égard du bureau paralysait son action et son autorité à l'intérieur du collège. * Lorsqu'il y a des places à donner, disait Mgr de la Luzerne, chacun se laisse aller à ses préfé-.

' Projart, p. s. UaoUclocque, op. cit., montre rintrosion des

414 LE CLERQÉ SÉCULIEK

rences et presque toujours les plus protégés sont préférés aux plus capables. » Les maîtres nommés souvent malgré le principal, étaient souvent maintenus malgré lui. Dans ces conditions, quelle pouvait être SMk autorité, pourtant si nécessaire pour maintenir la dîsc^rfiBe et l'harmonie dans une maison d'éducation? iJele demande;^ s^écriait ici l'abbé Proyart, peut-on connaître un peu les hcMBmes et s'étonner que huit ou dix jeunes gens, de différents pays et de mœurs différentes, les uns laïcs, les autres st^ tant des écoles, abusent de leur liberté, partoutoù ils se trouvent rassemblés sous un chef immédiat ' ? >

Ce vice du gouvernement des collèges qui, en amoindrissant la liberté d'action et l'autorité des principaux, troublait les études des élèves et encourageait l'insubordination des maîtres, les traitements insuf- Usants faits aux professeurs qui souvent ne faisaient que passer dans les maisons d'éducation, enfin une certaine fermentation d'idées qui alla toujours croissant jusqu'à la Révolution *, voilà les raisons pour lesquelles le clergé, bien que comptant dans ses rangs, nous l'avons vu, de ti-ès habiles instituteurs, n'obtint pas partout les succès qu'il était en droit d'espérer. L'évéque de Langres s'en plaint. Le duc de la VriUière écrit à ce sujet, en 1774, une lettre amère et injuste à l'intendant de Saint-Priest, à Montpellier '. Dans ces conditions, ne nous étonnons pas que

' Proyart, op. dt., p. 13, Dtoï, op. cit., monlre l'inBubordination des profesteura da collËge de Besançon.

> Cette lettre est citée par M. Germain, La Faculté da art» dt Monlpellier, p. SS-S9. — Voir en abbé Deramecoort : Le elergi du diotèwe d'Arras, p. £79-281, nn mimoire qui se proDonce pour ie clei^ Bécolier.

LE CLBROâ SâCULIBR 415

nombre de villes aient tourné leurs regards, pour la direction de leurs collèges, vers des congrégations religieuses. La tradition qui se conserve d'âge eo Age dans les corps enseignante, le» pemtf âe profit», k chaque g^éatûaa, de Texpérience du passé pour le pnfeetlonnementdesniéthodes. Louis XVI, dans les lettres patentes appelant, en 1785, les Oratoriens au collège de Troyes, faisait l'éloge d'un corps i qui, toujours animé du même esprit, s'occupe toujours du même objet par les mêmes moyens. » Là les vœux, la vie commune assurent la cohésion des maîtres sous la conduite des supérieura-Enfin, chose importante, par le seul fait qu'une congrégation se chargeait de la direction du collège. le fameux bureau était supprimé. Il est vrai que les sujets manquaient, L'Oratoire se vit obligé, pour remplir les cadres, de prendre de nombreux laïcs, et cette société souffrait déjà plus que le clergé séculier peut-être de la fermentation d'idées dont nous parlions tout à l'heure '.

L'intervention du clergé dans le domaine de l'instruction publique, intervention officielle, éclatante, excita les appréhensions du Parlement. Il ne vit pas sans frayeur l'Eglise de France discuter ainsi hautement le choix des maîtres, le recrutement des professeurs, les plans d'études et diriger une charge à fond contre les bureaux. Le président Rolland pousse un cri d'alarme : • Le clergé, dit-il, s'occupe de consommer ou du moins de préparer une révolution dans

' Uanteclocqoe, p. 107, nous moalre profeSBenra, en Artois, les FoDChë, les Porion, les Primat, les Spilalier. — En 1789, Fouché, préfet des Études ï Nantes, accepta le poète de principal, qnaDd le SQpërienr Ut;! fut dépnté h la Constituante (Léon Maître,

416 liE CLERGÉ SÉCULIER

rédacation. Cette révolution est bien avancée et on pourrait dire consommée, si le gouTernement continue à adopter le système du clergé sur les réguliers. »

Noua avons vainement cherché dans l'Assemblée de 1786 les résolutions que le clergé semblait devoir prendre, après la grande consultation ordonnée par l'Assemblée de 1780. Peut-être une œuvre aussi complexe qu'une réforme générale de l'enseignement n'était pas encore suffisamment mûrie ou devait se heurter à trop d'obstacles. D'ailleurs, b&tons-iious de le dii'e, les temps devenaientpeu favorables à une entreprise qui réclame tant de calme, de persévérance et de sagesse. Les esprits qui, après le départ des Jésuites, avaient discuté avec tant d'ardeur les divers systèmes d'éducation, se portaient désormais de préférence, avec une ardeur fébrile, vers les questions politiques et sociales. On songeait à réformer l'Etat plutôt que l'enseignement. Au milieu de cette agitation des esprits, les évêques continuèrent à assurer le fonctionnement des études. Presque tous les professeurs, de l'aveu même du président Rolland ', appartenaient à l'Eglise ; sur les cinq cent soixantfdeux établissements d'instruction secondaire ouverts en 1789, trois cent quatre-vingt-quatre, d'après les calculs de M. Villemain, étaient tenus par le clergé séculier.

1 « Daoa le fait, il n'y avait pas, dans toua les maîtres qui ont remplacé les Jésuites, un dixième qui ae fût ecclésiastique. « Bolland, Recueil, p. 557.

LORATOIRE CHAPITRE IV

L'Oratoire

I. Les études classiques danii tes collèges de l'Oratoire. — Vu homme d'avant -garde, le P. Lam;. — II. Lntteda français et du latin dans les cotlËges de l'Oratoire .

Parmi les congrégations qui, depuis l'expulsion des Jésuites, tenaient le plus grand nombre d'établissements et avaient eii le plus d'éclat depuis prèsdedeux siècles, il faut placer l'Oratoire, qui dirigeait àlui seul trente collèges en France '. Cette communauté, malgré la crise du Jansénisme, a.vait été toujours chère au clergé de France, dont elle ne se distinguait que par la vie commune établie entre ses membres *. On con-

' V. Hamel, Histoire àa collège de Juilly, p. 379.

* On connaît les paroles de Bossuet faisant, dans l'Oraison funèbre du P, Bourgoing, VÉtoge de cette compagaÎB à laquelle'le cardinal de Bérulle « n'atait poini voulu donner d'aulre esprit que t'espritde t'Ëglise, d'autres règles que les canons, d'autres supérieure que les évèques, d'autres liens que la charité, d'autres vœux solennels que ceux du baptSme et du sacerdoce ; compagnie où une sainte liberté fait le samt eagagement, où l'on obéit sans dépendre, oii l'on gouverne sans commander, où toute l'autorité est dans la douceur et où le respect s'entretient sans le secours de la crainte. " Talleyrand, dans le premier mandement adressé ù ses diocésains d'Aulun, le 26 janvier 17S9, faisait allusion à ces ^laroles de Bossuet : « Nous n'avons pas éprouvé une moins vive salisfaction, disait-il, à penser que l'honorable fonction d'élever la jeuneBse des diverses classes de la société venait d'être confiée à la célèbre coagrégation de l'Oratoire qui par la haute sagesse de son régime, a mérité que le génie de Bossuet lui rendit un immortel hommage, u

....^L.Coogk'

418 l'oratoire

natt les vues larges, l'esprit sagement progressif qu'elle appoi-ta durant près de deux siècles dans l'éducation de la jeunesse. C'est à l'Oratoire qu'on avait songé plus tôt qu'ailleursà faire une place à l'enseignement du français, à simplifier, à abréger l'étude du latin en donnant selon le mot de Ramus : peu de préceptes et beaucoup d'usage^ en attribuant à la version plus d'Importance qu'au thème, en composant enfin, avant Lancelot, la première grammaire latine rédigée en français '. C'est à l'Oratoire que la philosophie de Descartes avait trouvé les plus chauds partisans et les plus fidèles défenseurs. Le P. Lamy fut persécuté pour son attachement à la philosophie cartésienne. L'ouvrage du P. Fournenc, où est vivante l'inspiration de Platon, fut longtemps classique à Juilly. C'est à l'Oratoire qu'on paraît avoir organisé, plus tôt que partou tailleurs, l'enseignement de la géographie et de l'histoire, qu'on en faisait dans chaque collège l'objet d'un cours spécial, appliquant même pendant trois ans les élèves des hautes classes à. l'étude de l'histoire de France. Les abrégés du P. Berthaultj les cahiers dictés à Vendôme par le P. Lecointe servaient de livres élémentaires. A l'Ora-

1 Adry, Notice sur Juilly, et Hamel, op. cil., p. 191-239, Le P. de Coadren, devançant les exigences de l'opinion, avait foitëlahlir à JiitUy une quatrième classe de grammaire, la sixième, destinée k l'enaeignemenl élémentaire du rrauçais et devant servir comme d'introduction à l'étude du latin. Quant k l'étude du latin, n dès cette époque, dit Adry, la méthode des versions et des explications, précédées de quelques notions de grammaire, y était (à Juilly) beaucoup plas en usage que celle des thèmes qu'on ne négligeait cependant point, car il serait aussi déraisonnable de les eldnre tout à fait que d'en prescrire l'usage dès les commencements, o Enfin, le P. de Condren avait publié un on d£nx ans avant Lancelot, sa Nouvelle Méthode, en langue frangaist.

....^L.Coogk'

l'obatoire 419

toire ' enfin, on fit de bonne beuie une large place aux sciences exactes et aux sciences naturelles. Au collège de Juilly, les Poisson, les de la Mare, les Duhamel s'illustrèrent dans l'enseignement de la physique; les Prestet, les Lelong, les Mazière, les Âme dans l'enseignement des mathématiques. Les programmes de mathématiques et de physique, conservés au collège de Juilly depuis 1759, montrent que les cours comprenaient : les sections coniques, l'optique, la lumière et ses modifications, sa réfraction ou la dioptrique, les fortifications, la trigonométrie rectiligne et sphérique, l'algèbre, le calcul différentiel et intégral et leurs applications à la géométrie^. Enfin, les arts d'agré-

' La première uwmblée de U congrégatioD de J'OretoJre avait preftcritrenBeigDementde l'histoire dans sescollèges.

* Les exercices litléraires de an d'année, qui sTaient on grand éclat à l'Oratoire, ajnai qne les dlacoura publics des profeBaeurs, noaH permettent de jager de l'importance attribuée par les maJtres aux diSïrentes conusissaDcea. C'est qar ïkùloire que routent les exercices de 1783 et ilSi, au collège d'Arraa [Haute ctocque, p. t2S-lS7). A Autun, en 178T, le discours public traite des » avantages de l'histoire », en 1789 d de l'utilité et dn plaisir qu'on retire de la connaJagance de l'histoire, u (Roux, Dp. cit., p. 26, i3.) — En 1779, les èlèvee de 6* du collège de itiom furent interrogea snr Vhûloire géographique de t'Auveiyne, On lit dans l'avant-propos de l'exercice littéraire : ' La satisfaction dont nous remplit l'hietoire de notre mère patrie est celle d'un enfant isBU de parents illustres qui parcourt la généalogie de ses ancêtres. Lorsqu'il rencontre parmi eux des hommes célèbres par lenrs vertus, leurs talents et les services signalés rendus à l'Étal, il s'arrête frappé d'admiration; l'instruction sa joint bientôt au plaisir, et leurs exemples allument dans son ftme la noble émulation de marcher sur leurs traces et de mériter d'être un jour à leur cAté. Ce sont ces généreux sentiments que nous avons souhaité de graver dans le cœnr de nos jeunes élèves. Puissent uos vœni., qui sont ceux de la religion et de la patrie, être comblés. ■ Sait un long programme sur l'histoire et l'administration de l'Auvergne. (Voy. Jaloustre, op. cit., p. 160-462.) Le même exercice contient l'éloge suivant de la géographie : « Nous

„..^L,,Coog[c

Page 1