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méat comme le dessin, la musique, l'équitation, l'escrime et même la danse étaient autorisés à Juilly ; les représentations publiques, sans y être inconnues, se trouvaient le plus souvent remplacées par des exercices académiques qui avaient un grand éclat '. On voit que les maîtres de l'Oratoire étaient non seulement au niveau de tous les progrès accomplis dans l'enseignement, mais encore en avance sur la plupart des instituteurs de la jeunesse. Cette Société avait môme produit un de ces hommes d'avant-garde, comme toutes les congrégations en ont compté dans
nous somiueB appliqués avec ardeur, disent les OretorieDS de Htom, à l'étude de la géographie. Elle aplanit le chemin de l'histoire et porte devant celle'Ci te flnubeaa iiaî l'ëctaire. Elle tire l'homme de la sphère étroite qui l'environne pour , le placer sur la scène du monde entier dont elle le constitue citoyèu. « — Quant aux sciences, nous voyons k Arras, en IT'i, l'exercice public traiter ic des sections coniques, de la physique mathématique et expérimentale. « L'élève Beauquart, de Calais, était chargé d'expliquer ce^ matiërei ; 'l'élève Bertrand devait taire Ica manipulations ; l'élève Précourt <- opéra la dissection de l'œil. » An même collège, en 1789, les élèves de physique démontrèrent les lois du woQveiaent, du feu, de la chaleur, de la lumière, la théorie de la formation de la terre, de l'eau, de l'air, des fluides élastiques, de l'électricité et terminèrent par des ; considérations sur l'astronomie, en présence du cardinal de Rohan, . abhé commendataire de Saint-Waast. (Hauteclocque, p. 126-127.) J A Autun, en 1787, exercice public sur n les mathématiques et la physique eupérimentale. » [V. Roux, p. 23.) Dans les maisons de l'Oratoire, comme à Effiat, où un certain nombre d'élèves se ' destinaient à la carrière militaire, les sciences étaient encore beaucoup plus développées (Jaloustre, p. 464). En 1783, la Feuille hebdomadaire de la province d'Auvergne s'écriait au sujet de la vogue de l'étude de la physique à Riom : « Let connaissHnces s'étendent partout, chaque jour proave nn trait de lumière ; l'ignorance disparaît. » llbid.) — A Arras, en 1789, ■■ les rhétoriciens firent une étude historique et littéraire anr le siècle des -Médicis et sur celui de LoSis XV, suivi d'un dialogue sur les principes du goôt. (V. Hauteclocque ) ■*' Voy. Hamel et Adry, loc. '<at.
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leurs rangs, qui, dès la flo du xvn» siècle, devançant l'âge suivant, avait, dans un livre qui fut fortement discuté, émis des théories pédagogiques que les réformateurs du xviii* siècle invoquèrent plus d'une fois en faveur de leur tiièse ; nous voulons parler du P. Lamy et de ses Entretiens sur les sciences*. Ce hardi Oratorien conseille de donner aux commençants des traductions interlinéaires, des versions pareilles à celles du Janua Ungtiarum de Coménius. Il fmppe d'une même condamnation les dictées, les vers latins, la scolastique, et affirme qu'on pourrait < absolument se passer de grammaire », tout en conseillant cependant de la conserver. L'enthousiasme * du P. Lamy pour les sciences naturelles, pour les sciences mathématiques, pour la géométrie en particulier, qu'il trouve admirablement propre à former " le jugement ». le rend injuste pour les lettres, et il laisse échapper quelque part cette phrase malsonnaute, qui fut plus d'une fois rappelée par les nova'teurs du xviu» siècle : ■ Ceux qui font leur principale étude des langues prennent insensiblement l'habitude de ne s'attacher qu'à des mots. •
L'Oratoire, hâtons-nous de le dire, se garda bien de consacrer sur ce point les théories du. P. Lamy. Il maintint fermement les langues anciennes à la base
' Le p. Lamy, né en {640, mort en 1715. Les entreliens sur Us fàences sont de 16B4.
■ Il dit : a Je ne conçois rien d'un plus grand usage que l'algèbre et rarithmétiqne. » En philosophie, il veut apprendre ii l'analomie et ce qu'on peut savoir du ciel et en e^nérat de la nature... lire publiquement nne histoire des plus considérables expériences qui se sent faites dans ce siècle par les cliiinisles. par les anatomUtes, par les physiciens. " On a do P.Lamy: Teaité de mécanique. Wii^, Éléments de géométrie, 1685; Trailé de perspective, 1701, etc.
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de l'éducation classique. Il montra toujours dans ses réformes un esprit sagement progressif, modifiant ses méthodes et ses programmes parfois assez lentement et rien que sous la pression de l'opinioii publique.
La question du français^ à l'Oratoire, va nous en fournir une preuve intéressante. Nous avons dit que cette congrégation avait publié, même avant Port- Royal, la première grammaii'e française rédigée en notre langue, que le P. de Condren avait établi à Juilly une quatrième classe de grammaire, la sixième, destinée à l'enseignement élémentaire du français et servant d'introduction à l'étude du latin. Les maîtres qui s'étaient ainsi montrés dès l'origine si favorables & l'idiome national, les membres d'une congrégation 4ul avait donné à notre littérature Malebranche et Massillon, ne pouvaient manquer de lui faire place dans leurs classes. Et cependant ce n'est pas sans combat que notre langue arriva à conquérir une situation que lui disputalongterapsle latin, fort d'une tradition plusieurs fois séculaire.
Nous avons fait connaître la royauté exercée par le latin dans les collèges de l'Omtoire comme dans tous les autres. Ce possesseur tenace n'abdiqua pas facilement son empire. A quoi bon, disaient les vieui professeurs, déshonorer les études classiques par l'enseignement d'une langue vulgaire? Le français ne s'apprend-il pas suffisamment par l'usage ? La congrégation n'osa pas prescrire ouvertement dans ses assemblées générales l'étude du français. Mais les
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jeunes maîtres, portés par l'opinion, se chargeaient d'ouvrir année par année la brèche par où devait pénétrer la langue nationale. L'histoire des collèges tenus parla congrégation, nous fait assister en quelque sortejour par jour à ce combat du français et du latin, combat qui s'engagea à peu près sous les mêmes formes dans tous les établissements du royaume.
Eln 1704, les Jésuites firent jouer en français, à Louis-Ie-Grand, la tragédie de Joseph vendu par ses frères. Le prologue expose un différend entre le génie de la langue latine et le génie de la langue française, diiférend qu'Apollon est chargé de trancher. Le génie de la langue française dit :
On m'honore partout d'un accueil gracieux,
J'ai partout le bonheur de plaire.
On me trouve poli, noble, judicieux ;
Je suis chéri des hommes et des dieux.
Faut-il qu'à mes désirs la fortune contraire,
Rende ici mon nom odieux !
Le génie de la langue latine reprend :
Grand Apollon, c'est un ambitieux.
Si parmi nous lu le souffr«s paraître, Il y sera bientôt le maître.
Je le connais, je sais où le français aspire, Tout doit céder à son empire.
11 fait tomber les plus fermes remparts. Il a su captiver à son grÉ le dieu Mars. Rien ne peut résister à sa valeur extrâme. On se soumet, on tremble sous ses lois. 11 fait, il gouverne les rois.
Il en ferait ici de même.
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Apollon intervient pour prêcher l'union et le bon voisinage :
Vivez unis, ïivez ensemble :
Fut-il rien de ^'lus beau, La même intérêt vous rassemble.
"fravaillez à donner un spectacle nouveau '.
Nous n'avons pas l'intention de faire admii-er au lecteur ces mauvais vers d'un poète de collège. Cette citation nous fait du moins assistera la lutte engagée à Louis-le-Grand, dès le début du xviii" siècle, entre le latin et le français. Elle va se poursuivre dans toutes les maisons d'éducation, et ce n'est pas sans' raison que le latin voit déjà grandir dans le français un ennemi redoutable qui se prépare à le détrôner. Nous pouvons suivre les phases du combat dans les collèges de l'Oratoire.
La lutte s'ouvrit tout d'abord au sujet des pièces jouées devant le public. Inaugurée en 1634 par la proscription des sujets français, elle se termine cent vingt ans plus tard par la défaite des sujets latins. Il est intéressant d'observer pendant près d'un siècle ei demi les péripéties d'une campagne où les tenants du passé et les hommes d'avenir cherchent à faire triompher leurs idées, les uns appelant sur des innovations qu'ils jugent téméraires, les foudres du chapitre général, les autres profitant de chaque circonstance, d'un événement à célébrer, d'un haut personnage à haranguer, forts enfin du courant irrésistible qui pousse en quelque sorte le français dans les collèges par les portes et les fenêtres, pour faire de notre langue
< Voy. le P. Le Jay : Bibliolheca r/ttlorum, t II, p. 191 et sflq.
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l'organe triomphant des représentations publiques. Ces derniers devaient fatalement triompher. Dans la seconde moitié du xvm" siècle, le latin est en pleine déroute sur la scène. Les acteurs de collège qui s'avisaient de donner en cette langue des représentations théâtrales, faisaient bâiller mères, pères, jusqu'aux, magistrats eux-mêmes. On avait beau donner aux spectateurs des programmes où le texte français était placé en regard du texte latin, le français n'admettait plus de partage. En 1758, c'est un drame français , intitulé Benjamin, qu'on joua au collège du Mans. En 1761 , nous voyons représenter au collège de Troyes, un drame national : Le dévouement des bourgeois de Calais. A partir de 1767. le Catalogua ne fait plus mention des poèmes latins yui avaient coutume de régaler les élèves au carnaval '.
' L'étude de M. Guïlave Carré : La lutte du latin et du français au collège de l'Oratoire de Troyes, 188$; les documents pabliés sur l'ancieu collège du Mans, dans la Revue de renseiKnemeut secondaire (1" et 15 juillet, ter août 1883], nous permeltent de suivre pas à pas les vicissitades de cette lutte. En 1634, tout ae fait en latin. ijuinze ans plus tard, ou veut des pièces ii plutôt latines que françaises, » Plaintes des auciens de l'Oratoire contre cette demiconcession auxquelles le chapitre gËuéral donne suite. Retour offensif des hommes de prof^ès qui, à l'exemple de Saiat-Cjr, où OD a.joué, enl689eH6flO, Esther et Atholie de Racine, font représeiiter des pièces en A^ngais. Protestatïou des anciens. Le chapitre général essaie de tout concilier en permettant seulement d'écrire eu vers français te prologue et les argumenta des différents actes. Les applandissemenis unanimes {multis applaudenlibus et acclamantibas)qm accueillent les pièces françaises décident les novateurs à franchir celte ligne de démarcatiou. Le Légataire universel (1718), le Bourgeois gentilhomme. (1720), le Joueur (1T21), le Glorieux de Destouches (1761), et d'autres œuvres du répertoire claesiquo paraissent sur la scène. Les retardataires obliennent de la trentième assemblée de l'Oratoire un arrêté portant défense de représenter » sur le théfttre de nos collèges des tragédies toutes
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Ce qui avait aidé au triomphe du français, c'était l'usage des Exercices littéraires. < Que l'on rende plus fréquents les Eœercîces académiques, sur les auteurs classiques et sur tout ce qui regarde les belleslettres », avait dit en propres termes la trentième assemblée de l'Oratoire. Ce vœu fut entendu et on eut fréquemment le spectacle de jeunes écoliers discourant, devant un public d'élite, sur les auteurs expliqués en classe, sur l'histoire ancienne, les antiquités grecques et romaines, la rhétorique, la géographie, la fable.
Il fallait faire plus. Il convenait d'enseigner le français par principes dans les maisons de l'Oratoire. En 1708, nous trouvons un prix de composition française au collège de Troyes. U est vrai que l'annaliste de l'établissement a soin de faire observer que ce prix a été fourni par un étranger et est donné par exception. En 1728, le Catatogits porte un prix de français pour la quatrième, sans faire de réserve. Vers le milieu du xviii« siècle, nous entendons un professeur du même collège se plaindre que l'enseignement du français soit trop négligé, étant avéré, dit- il, qu'on ne peut pas avoir • cet air soutenu et suivi que demande un discours de longue baleine », ni « employer les richesses et les agréments de notre langue sans les avoir étudiés. >
françaises, à moias que le R. P. général et son conseil ne jugeai t propos de dispenser de cette !oi... " En i7t3, le professeur de rhétorique de Troyes, qui voulait faire jouer une pièce en fruDçaià, ae TOit refuser, pdr le préfet du collège, lea internes dont il avait besoin pour son drame C'est ainsi que la lutte se pourgnivit durant un long siècle entre cenx qui voulaient absolument faire parler latiu le théfllre et ceux qui voulaient s'adresser eu français h des Français.
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Les maîtres étaient gênés par la tradition. Eo plein xvxa* siècle, ub professeur éminent, le P. Monnet, an risque d'exciter la verve d'un certain personnage de comédie contre ces < propos latins entrelardés de ti^nçals >, compose une rhétorique où les définitions, les préceptes, les explications sont en latin, tandis que la plupart des exemples sont empruntés & des écrivains français : Corneille, Racine, Bossuet, Fénelon, Rousseau. Ainsi le voukit l'usage ; on ne pouvait admirer encore les auteurs français qu'en latin et, dans le recueil des devoirs des élèves se rapportant au milieu du xviii^ siècle, la presque totalité sont des pièces rédigées en latin.
Mais, à. partir de cette époque et dans la seconde moitié du siècle, le latin précipite sa décadence. Les Catalogi n'enregistrent plus avec la même complaisance les triomphes des nourrissons des Muses. Par un renversement de l'ancien état de ciioses, sur quarante-cinq devoirs lus par les rhétoriciens de Troyes, de 1765 à 1766, on ne compte qu'une pièce de vers latins et trois amplifications latines. Les thèses de logique et de physique, rédigées jusqu'alors en latin, sont toutes écrites en français, à partir de 1757. Le règlement du collège est en français. On continue à. expliquer les auteurs latins, mais des comparaisons fréquentes, des parallèles entre les anciens et les modernes, mettent à tout le moins ces derniers sur le pied de l'égalité. Chaque année on décerne des prix de fable, de narration,' d'amplification française. On voit des professeurs de rhétorique dédaigner de se servir du latin dans les harangues de fin d'année. Manifestement le latin bat en retraite. Au collège d'Autun, en 1788, le professeur de seconde fait le dis-
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cours public sur < le peu d'ardeur des jeunes gens pour l'étude de la langue latina'. » Pour' réagir contre ce courant, les maîtres sont obligés de démontrer dans leurs harangues l'utilité du latin ', On les voit traiter, en 1783, la question suivante : • En notre tamps, lequel agit le plus dans l'intérêt de sa gloire, de celui qui écrit en latin ou de celui qui écrit en français ^ > , L'année suivante, le professeur démontre publiquement • combien ceux qui poussaient à l'excès l'amour du latin avaient tort de dédaigner la poésie française*? • Il y avait dans cette proposition de quoi réveiller les mânes des vieux maîtres qui avaient passé leur vie à manier le vers latin. Enfin, en 1789, le discours public roule sur < ] 'excellence delà langue française >, comme pour couronner son triomphe à la fin de l'ancien régime *.
On le voit, l'étude du français par principes avait fini par triompher à l'Oratoire, dans la seconde partie du xviii" siècle. Cette congrégation, qui dès le xvn« siècle, avait laissé une assez large liberté d'idées à ses professeurs, qui avait rédigé la première dans notre langue les gi'ammaires latines, donné le pas à la version sur le thème, ouvert enfin largement ses programmes à l'enseignement de la géographie, de
« De utilitate lingtia laivna », — ta 1779 « De lingim Iniinx prxitantia et iptius detraclorum confutaiione. »
* Vter noitratvm lutiux fama consulat an qui aci-ibil latine, an qui gallice.
* Quam immerito quidam laliiue poeseos nimium atudUm a gallîca abilineani.
B Voy. GusUvn Carré, loc. cit., — l'histoire de JuiDy, — et les docaiaentB sur le collège du Hans.
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l'histoire nationale, des principales sciences, pouvait se vanter avec raison d'avoir réalisé dans ses collèges tous les vrais progrès, toutes les réformes pratiques que le xvin* siècle discuta avec tant d'ardeur '.
' Va palmarès de la distribntioa de Juilt; (cité par M. Hamel, op. cit., p. 226), faite ea 1786, permet de juger de Torganisatian des cours dans les collèges de l'Oratoire, A la veille de la Hévalulion. Noua trouTona en rhétorique des prii d'ampllHcation latine et fraoçaise, de versioa latîae, de tbËaie latin, de vers latins, de mé • moire, d'examen, de géographie, d'histoire de France, de mathématiques. On donnait des prix de mathématiques dans les quatre demièresclasses, de la troisième àla philosophie. Toutesles classes, àpartir de la sixième inclusivement, avaient des prix de géographie; toutes, k partir de la eeptième, avaient des prix d'hîsluire. On donnait des prix de version latine ï partir de la septième, tandis que les'prii de thème n'apparaissent qu'en cinquième, La seconde avait tes mêmes prix que la riiétorique, moins celui d'ampliScation latine, alors qu'on en donnait un d'amplification française. Les prix de vers latins étaient donnés en troisième, en seconde et en rhétorique. — Indépendamment des prix de version, on donnait en sixième, en cioquièmc et en quatrième des pris d'explication publique des auteurs. — Dans toutes les classes, de la sixième à la rhétorique inclusivement, on donnait à la fois des prix de mémoire et des prix d'examen. La classe de philosophie n'avait que trois sortes de prix : prix d'instruction philosopbiqne, prix de dissertation philosophique, prix de mathématiques. — Pour le grec, il n'y avait alors que deux classes, et on ne faisait pas de thèmes grecs, ce qui avait toujours nui a la connaissance de cette langue.