‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 7 sur 81 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réaction contre le latin an XVn!» siècle

]. Causes de la réaction contre le latin au xviii* siècle. — 11. SaccesBioB ininterrompue d'attaques contre le latio jusqu'à la Révolution française .

On est frappé, en lisant les écrivains du xvni» siècle occupés d'éducation, de rencontrer presque partout nne véritable hostilité contre le latin. Rollin avait clitdu latin : < C'est l'étude de cette langue qui fait proprement l'occupation des classes, et qui est comme le fond des exercices du collège où l'on apprend non seulement i^. entendre le latin, mais encore à l'écrire et à le parler '. » Or, c'est précisément cette prépondérance, cette espèce de royauté accordée au latin, que les réformateurs vont combattre avec le

' Traité da itudtt, liv. Il, chap. m.

44 RÉACTION CONTIU: LE LATIN AU XVia" SIÈCLE

plus d'énergie. Il est facile d'indiquer tes causes de cette réaction.

La première était l'importance même, l'autorité toujours croissante du français depuis plus de cent ans. L'éclat jeté par notre littérature au xvii" siècle, en marquant définitivement la prise de possession de a langue nationale, avait par là-même réduit et presque supprimé l'usage des langues anciennes. L'admiration se partageant désormais entre les nouveaux et les antiques chefs-d'œuvre, certains esprits ne craignant pas de comparer les grands écrivains, les grands poètes français aux écrivains, aux orateurs, aux poètes de la Grèce et' de Rome, on assistait à la querelle des anciens et des modernes. La langue française, définitivement formée et consacrée par d'immortels écrits, achevait de supplanter la langue des Romains, et La Bruyère ' pouvait écrire vers 1680 : * Nous avons enfin secoué le joug du latinisme. »

Au moment même où le latin est en décadence, où il passe définitivement au rang des langues mortes, les progrès de la civilisation développent une foule de connaissances nouvelles auxquelles on ne saurait fermer plus longtemps les portes des collèges. La langue nationale , depuis l'éclat jeté par la littérature française, s'impose aux nations de l'Europe, demande à être étudiée par elle-même et par principes. Les relations de la France avec les contrées voisines posent la question des langues vivantes. La réforme philosophique opérée par Descartes , a eu pour conséquence de battre en brèche la scolastique. Enfin l'histoire, la géographie, les sciences mathéma-

' De» mtBrage» de Feiprit.

RÉACnOK CONTRE LE LATIN AU XYlIl» SIÈCLE 45

tiques, les sciences naturelles, par les progrès accomplis, forment un trésor qu'il est impossible de fermer aux générations qui se lèvent.

Tandis que tant de connaissances nouvelles, augmentées chaque jour par le progrès de la civilisation «t des lumières, frappent à la porte des collèges, demandant à prendre dans l'instruction secondaire l'importance qu'elles ont déjà dans le monde, la place est occupée par le latin. Ce joug du latinisme dont parle La Bruyère, déjà secoué par les écrivains ', pèse encore sur les professeurs. Le latin a été si longtemps l'organe de l'enseignement et de la science, il a constitué pendant tant de siècles comme une langue universelle, permettant aux savants de correspondre dans tous les pays de l'Europe, aux maîtres, aux étudiants de professer, d'argumenter dans toutes les universités de France, d'Italie, d'Espagne et d'Allemi^e, qu'on avait de la peine à abandonner un idiome parlé de Paris à Rome, de Goïrabre à Vilna ; il suffisait de le connaître pour n'être étranger nulle part. Au xv!» siècle, de Thou avait cru devoir rédiger en latin l'histoire de sou temps. Bacon, Descartes, Hobbes, Spinoza, Leibnitz écrivent encore en latin. Bossuet*, Féneion publient d'importants ouvrages en cette langue. Le Discours de la méthode, les Pro-

' Ce joug ne fut pas secoué sans peiae. Bossuet dont les premières œuTres. en particulier les sermons, sont remplis de toiir- DDres latines, nous en offre un illustre exemple.

' Cependant Bosauet n'acceptait pas la servitude du latin. "Qaoidonc, disait-il en 16T1,pouc méditer des ouvrages immortels fiUait'il tanjours emprunter le laugage de Rome et d'Athènes? « Discours de réception à l'Académie trangaise.

46 BÉA.CIION CONTRE LE LATIN AU XVin* KIËOLB

vinctales n'avaient point eu la moitié de leur notoriété avant d'être traduits en latin.

Le latin qui tient encore tant de place dans la littérature savante ', règne dans l'enseignement secondaire. Il garda, du moins dans les collèges, le caractère d'une langue vivante durant la pi-emièm moitié du xvii' siècle. Les statuts de 1598 n'avaient pas diminué l'importance de cette langue, tout en faisant une part au grec. C'est avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et romaine qu'on élevait les générations nouvelles, c'est en étudiant le latin qu'on se formait à écrire en français. Bossuet lui-même pouvait dire au cardinal de Bouillon : « J'ai peu lu de livres français et ce que J'ai appris de style en ce sens, je le tiens des livres latins et un peu des grecs *. » Cette tradition classique avait survécu aux. vicissitudes des événements. Les différents maîtres purent enseigner le latin par des méthodes diverses, appropriées à leur génie ou aux progrès des temps; mais chez tous les instituteurs de la jeunesse, à l'Oratoire, à Port-Royal, dans l'Université comme chez les Jésuites, chez Bossuet, chez Fénelon comme chez Bollin, nous retrouvons la conviction que les langues anciennes devaient servir d'instrument, de base à l'éducation littéraire.

Ëntrait-on dans un établissement d'instruction

' En 16S0, le Ijonoais Jacob Spon, dans nne lettre à l'abbé Nicaise, se voit obligé de défendre contra les sernnulea de son correspondant eon droit d'écrire en franfais sur des matières d'antiquité.

* Lettre au cardinal de Bouillon sur le ttyle et la ieclure <tii imvaint et des Pérès de l'Église pour former toi orateur. {Œuvru, édit. Laubat, t. XXVL, p. 108).

Page 1