‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 62 sur 81 · TROP GUAND NOMBRE DE COLLÈGES · texte numérisé non relu

TROP GUAND NOMBRE DE COLLÈGES

encore très souvent dans ce aiëcle les hommes de lettres dans la domesticité des grands.

Il y avait dans cette situation une anomalie et aussi un véritable danger pour l'avenir ; ce n'est pas sans raison que Diderot, montrant le flot d'étudiants, se plaignait de ces • émigratÎQns insensées d'un état dans un autre. > Tous ces jeunes liommes, auxquels une éducation soignée avait donné des aptitudes et des ambitions, entendaient bien se faire leur place au soleil, jouer un rôle sur le théâtre du monde. Comme ils rencontraient sur leur chemin des préjugés, des obstacles, ils s'élancèrent avec une ardeur irrésistible pour renverser les barrières factices élevées sous leurs pas ; ils furent les plus ardents apôires de la Révolution française. Danton disait en 1793, à un de ses anciens confrères, avocat au conseil : < L'ancien régime a fait une grande faute. J'ai été élevé par lui dans une des bourses du collège du Plessis. J'y ai été élevé avec de grands seigneurs qui étaient mes camarades et qui vivaient avec moi dans la familiarité. Mes études finies, je n'avais rien, j'étais dans la misère, je cherchai un établissement. Le barreau de Paris était inabordable, et U fallut des efforts pour y être reçu. Je ne pouvais entrer dans le militaire, sans naissance, ni protection. L'église, ne m'offrait aucune ressource. Je ne pouvais acheter une charge, n'ayant pas le soa. Mes anciens camarades me tournaient le dos. Je restai sans état, et ce ne fut qu'après de longues années que je parvins à acheter une charge d'avocat au conseil du roi. La Révolution est arrivée ; moi et tous ceux qui me ressemblaient, nous nous y sommes jetés. L'ancien régime nous y a

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forcés en nous faisant bien élever, sans ouvrir aucun débouché à nos talents '. >

Quoique Danton n'ait guère qualité pour plaider les torts de l'ancien régime à son égard, il faut convenir que la situation de la jeunesse lettrée était très anormale. En présence de l'engouement qui, chaque année, pou^it dans les collèges, dans les écoles publiques, des milliers d'étudiants, il fallait ou faire tomber les barrrières qui irritaient leur impatience, en leur fermant certaines fonctions publiques, ou s'efforcer de modérer le courant qui portait tant d'écoliers vers l'éducation classique. On sait que, sur le premier point, le progrès des idées et des mœurs préparait dans les institutions, dans les lois, une révolution pacifique qui, ouvrant à bref délai tous les emplois à tous les mérites, aurait dû épargner au pays les malheurs de la Révolution sanglante. Quant à la seconde partie du problème, certains esprits s'étaient préoccupés depuis longtemps de restreindre les facilités accordées jusqu'alors aux études classiques. Tandis que l'Église répandait l'instruction secondaire à pleines mains, sans s'inquiéter si elle ne donnait pas des armes k des ingrats prêts à les tourner contre le sein qui les avait nourris, plusieurs écrivains demandaient expressément qu'on opposât une digue à ce » torrent d'éducation. •

1 Voy. Mallet-Dopan, Mémoires, t. II, p. 491. L'histoire de Brissot, de Camille Desmoulms, de Couthoa, etc., prouve que ces hommes furent pouEEës à la. Révolulion par les mêmes motifs, un plutAt tes mémeg préleitea.

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