TROP GRAND NOMBRE DE COLLÈGES
Dès le xvii< siècle cette question avait attiré l'attentioa de Richelieu. Ce grand homme, préoccupé de favoriser l'industrie, le commerce, et aussi « le labourage et le pâturage > que Sully avait déjà tant encouragés , écrivait dans son Testament politique ' : ( Comme la connaissance des lettres est tout à fait nécessaire à une république, il est certain qu'elles ne doivent pas être enseignées à tout le monde. Ainsi qu'un corps qui aurait des yeux à toutes ses parties serait monstrueux, de même un état le serait-il si tous ses sujets étaient savants. Le commerce des lettres humaines bannirait absolument celui de la marchandise qui comble les états de richesses , et ruinerait l'agriculture , vraie nourricière des peuples. C'est par cette considération que les politiques veulent en un état bien réglé plus de maîti-es es arts mécaniques que des maîtres es arts libéraux. * Comme sanction à ces idées, Richelieu, suivant le sentiment du cardinal Superron, « qui souhaitait ardemment la suppression d'une partie des collèges, > voulait les conserver uniquement dans
> Ch. Il, seut. 10. Les États -généraux de 1S14 se plaEgnaient déjà en ces termes du trop grand nombre d'ètudiiuits : ■ Ce rïche ornement, s'il passe indifféremment par tontes moins, non seulement K'abastardit, maie encore en pen de temps remplit l'État de trop de gens de lettres, aSaiblit la milice, détruit le commerce et les urts, dâpeuple l'agriculturB... diminue la taille, oppresse l'Ëglise de simonies, l'Etat d'ofdces supemuméraires, les Suances de tiages, pensions et dons, bref pervertit tout le bon ordre. ■ (Vo;. Mercure français, t. III.J Telle était anasi, aui États de 1G14, la plainte de l'Université délibérée le 44 décembre 1614.
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les douze plus grandes villes du royaume, plaçant dans chacune deux écoles, < l'une de séculiers et l'autre de Pères Jésuites, • pour que ( l'émulatioa aiguisât leur vertu. > L'abbé Fleury écrivait à son tour cinquante ans plus tard : « Les praticiens, les financiers, les marchands et tout ce qui est au-dessous peuvent se passerde latin ; l'expérience le fait voir '. » Ne nous étonnons pas de voir déjà, dès le x.vu* siècle, s'élever des réclamations contre le trop grand nombre d'étudiants. L'histoire des collèges nous les montre très florissants à cette époque. On trouve, même en province, certains établissements,' comme celui de Billom en Auvergne qui avait compté jusqu'à deux mille élèves *, celui des Oratoriens de Nantes, qui en eut jusqu'à douze cents, celui de la Flèche qui en renfermait treize cents en 1625. Dans ces temps de foi, l'Église, d'ailleurs puissante et riche, offrait une «arrière, une situation à ceux qui avaient la vocation religieuse et même à ceux qui ne l'avaient pas '. L'espoir d'obtenir uu bénéfice, une étude de procureur, de greffier, poussait la jeunesse aux études. On voyait
1 Fleury, Traité du choix dt) étwlei, ch. xitii.
* JalODstre, p. 3S3, 387. Ua mémoire de 1761 nous moDtra tes écoliers de Billom louuat des chambres trèsboo compte, recevaDt de lenrs parent», au marché du lundi, • des légumes et quelques Aliments àe cette espèce, Dourriture ordinaire de ces jeunes gens irËtuB d'une étoffe grossière, mais qui étudientordinairement beaucoup, qui rournisssnt d'excellents sujets à l'Église et à l'État. »,— Nous retrouvons, après la Révolution et au commencetneot do notre siècle, dans beaucoup d'endroits, comme à la Fage, diocèse d'AIbi, cette éducation pauvre et sévère, les élèves étant obligés de manger et de coucher dans les petites lermes du voisinage.
9 Imiitui clericoUm habiiwn induit, invitia feret, disent les iDottres de certains élèves. Voy. Les élève» de l'ancien collège de Troyes, par Guet Carré, dans les Mémoires de la Société àcadimique de F Aube, 13S1, t. XLV.