‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 65 sur 81 · TROP GRAND NOMBRE DE GOIXËQES 5S · texte numérisé non relu

TROP GRAND NOMBRE DE GOIXËQES 5S

était la suppression d'une partie des collèges. Cependant certains esprits étaienten quête d'autres moyens de salut. Montesquieu avait fait remarquer dans VEsprtt des lois ' que, dans certains pays, il est prescrit à chacun de • rester dans sa profession et de la faire passer à ses enfants. Ces lois, ajoutait-il, peuvent être utiles dans les pays despotiques. » Tandis que certains écrivains rejettent toute voie de compression, comme indigne de la monarchie française, comme < directement opposée & sa constitution *, > d'autres ne craignent pas de demander foimellement à l'État de s'opposer par la force à la trop grande extension de l'iastruction classique *. * Le gouvernement, disait Sabbathier, ne devrait pas permettre que les enfants du bas peuple passassent un si grand nombre d'années dans les collèges, quand ils ne donnent point de marques de leur aptitude pour les études. • Il faisait suivre ces paroles d'un règlement destiné à fixer les enfants dans la condition de leurs parents *. On se demanda s'il ne convenait pas de supprimer les bourses quele clergé avait fondées pour fournir à. tous les talents et à toutes les classes l'occasion d'émerger. « Les collèges ne coûtent rien,

< Lit. XX, eh. xx.

' Gnytou de Horreau. op. cit., p. 15.

' Coyer, 1770 [Plan d'édiKdlion publique), p. 2St-SS8, sur les SI6D élitrei qui reçoivent, dit-it, l'instraction claesiqae dao» les collèges de Paria, compte 2469 enfanU dn peuple qn'Jl propose simplemeot de renvoyer k leurs parents. Les autres deTaient servir de pépinières A la robe, à l'ëpée, k l'encaiioir et ani grands auxquels ou apprendra à être « vraiment grands. ■ Dannou, en 1789 [loc. cit.), propose de réduire le nombre des ètudiauls à 2D,000, et celui des collèges à 120 ou 130.

* Sabbalhier, Diclionnaire pour l'intelligtnot au autatr» elatliqtiet t. XVI, mot : Étudei.

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dit-on », s'écriait Verlac', et on 8*y précipite. Gruyton de Morveau, qui discute longuement cette question, veut le maintien des bourses, parce que la suppression des < cours gratuits d'études • rendrait, dit-il, impossible le recrutement des ministres sulbaternes pour la justice, des précepteurs pour les enfants, des pasteurs pour les campagnes. Il croit qu'en élevant de préférence les maisons d'instruction à la campagne, pour ne pas offrir de tentation ausartisans des villes, en n'établissant qu'un seul grand collège dans chaque province, « auquel tous les collèges des petites villes pussent ressortir • et envoyer leurs écoliers, pour y terminer leurs études, on obtiendrait le résultat poursuivi avec tant d'ardeur.

Caunou se demande si on n'a pas fait fausse route en établissant la gratuité. « On a décerné, dît-il, de magnifiques éloges à ceux qui ont contribué à rendre gratuite l'éducation des collèges. Cette gratuité n'est sûrement pas sans danger, et je n'en aperçois pas moins dans le nombre si jnultiplié des coîljèges gui existent en France *. »

Verlac prétend obliger tout père de famille qui veut faire un prêtre, un médecin ou ud avocat, à

' Verlac, op. cit., p. 5.

< l)aMixo\i,Journalencyclopidique,im,\,.Yll, p. 2Sl.DaaDonTeiit poar Cous tes élément» de l'inetraction primaire ; msU il Bonmet à des épreuves les élévei pauvretgoi venlent pousser plas loin leur instructioa : s Je suis étonné, dit- il, que l'on ail mis en question s'il e»t utile que tous les citoyens açachent lire et écrire. Des connaissances ai simples.et si bornées ne me semblent point au nombre de celles qu'il est imprudent ds rendre cooimanes à toas les individus. 11 est vrai qae ces connaissances bornées inspireront quelquefois le désir d'en acquérir d'autres ; mais il e*l de* bomet à opposer à ce diaîr et des épreuves auxquellta h talent pntt éti-e tournis. » Daunou, iHd., l. Vil, p. 103.

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• donner caution pour son entretien jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, et en outre de lui faire une pension de 1300 livres au moins. > Ce règlement, dont il veut confier la surveillance aus Assemblées provinciales, lui paraît d'autant plus important que les Ëtats- Oéoéraux, étant sur le point de se réunir, tous les «mplois vont être ouverts « au mérite, à. la vertu >, et il n'y aura « aucun particulier qui ne s'efforce de faire étudier son fils daus l'espoir de le faire évëque, général ou président. > Si ces moyens ne devaient pas réussir, notre pédagogue réformateur, se souvenant qu'il a été poète, compte sur son éloquence pour faire évacuer les collèges. Entendez-le s'écrier avec enthousiasme : < Revenez à la raison, latinistes trop longtemps égarés. Une grande partie de vos terres est eu friche, que vos bras les rendent fertiles. Reportez vos sentiments sur la nature. I-es doux noms de père, d'époux, de citoyen, d'ami, de cultivateur, d'homme libre et de français, n'ont-ils point pour vous assez d'attraits ? Et vous, citoyens des villes, le commerce vous offre des trésors ; couvrez la mer de voiles, apprenez à dompter l'inconstance des vents et la fureur des flots, lisez dans les astres, parcourez l'ancien et le nouveau monde. Commerçants, vous êtes les nourriciers de la terre. > Les exclamations, les apostrophes se succèdent sous la plume de noti'e écrivain. * Jeunesse précieuse, s'écrie-t-il, ne désertez plus nos champs, la charrue va devenir un honneur. — Que ne puis-je, d'un souffie, vous transporter au delà des mers, au milieu de ces terres incultes qui ne demandent que des bras... i Allez à l'étranger, restez en France ; « exploitez nos bois et nos mines, amollissez, préparez et façonnez le fer, l'acier; fabri-

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quez des ancres, des canons ; aplanissez nos rontes, embellissez nos villes, desséchez nos marais, creusez des canaux, construises des vaisseaux, couTrez-«n la surface des mers ; pèehez, distillez, sf^ez, fabriquez, échangez et, plutôt que d'âtre pauvres, soyez, s'il le faut, les caboteurs de l'univers'. > D esta croire que nos sensibles ancêtres de 1789, ne purent s'empêcher de verser de douces larmes en lisant cette harangue.

Que les plaintes contre le trop grand nombre de collèges se produisissent dans le style ampoulé de l'époque ou qu'elles revêtissent une forme plus sérieuse, elles avaient pour origine commune une défiance évidente contre l'éducation classique. Les novateurs plaisantent avec Diderot sur < l'aigle de l'Université de Paris >, comme on l'a fait si souvent de notre temps sur le fort en thème. Ce siècle enivré, de ses découvertes scientifiques, altéré de changement, de progrès, de nouveauté, avait pris en dégoût l'ancien système d'études. Dans sa pensée, les sciences devaient remplacer les lettres comme base de l'éducation. Le vent était à l'instruction utilitaire. On voit les principaux de collège pratiquer les leçons de choses*. On avait hâte d'abréger l'enseignement clas-

* Verlac, op. cit., p. 3, 12, SO, 23. ' * Jaloastre, p. 313, <ûte t'eib^it saïTant d'un préûà iTirhKatian par le P. Robert, pire du Saint-Sacre ment, principal do collège de Ctubeail, 17113 : Le préfet dee études » conversera avec eoi (lee élèTee) et les ïostraira des parties, propriétés et espèces d'Ob' jets qui le priteDteront k leurs seos. »

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sique, commun à tous, pour appliquer chaque élève aux connaissances spéciales, à la profession ' qu'il comptait embrasser un jour. La plupart des écoliers ne terminaient point leurs études ; il ne restait le plus souvent dans les hautes classes que les candidats an sacerdoce ou au barreau * ; et encore l'opinion se plai-

> On trouve dans quelque cahiers des fœai pourl'eiiaeigiiement profeBSionael dans les ècaleii. Le tiars-état de Lyon veut s que dans les ville», les enfants du peuple soient inatruits gratuitement dans leB arts les plus utiles. • A Plofirmel, il demande ponr les villes et le» bourgs des école» « où chacun puisse apprendre les connaJBaances propres à la profession pour laquelle il eat destiné. » — La noblesse de Kïom demande aux éducateurs de ■ former des cilojens utiles » et d'élablir u dans chaque paroisse des métiers pour l'ua et l'autre sexe. » La noblesse de Mantes désira voir élever >> daosle» campagnes un hospice .de charité » où se rassembleraient » les jeanes enfants, après l'école, aBn d'y travailler en commun soit à &Ier, à tricoter la laine et le coton, soit à faire de la deatelle. •

I Le lecteur a peut-être quelque peine à concilier la préférence éridente que les réformateurs attribuaient à l'instruction utilitaire sur l'instruction classique avec l'ardeur que mettaient les familles à pousser leurs enfanta au collég* ; mais il ne faut pas oublier que sur la foule des collège» ouvert», en 17S9, sur le sol de la France, beaucoup n'étaient pas de plein exercice et qu'aussi parmi les élèves qui les frëquenlaient un très griind nombre n'y terminaient pas leurs études. — » C'est un usage de presque tous les artisans de» villes, disait Guyton de Morveau (op. cit., p. 49), d'envoyer leurs enfants au collège seulement pour passer quelques années et dans le dessein de les retirer après un certain temps,... La plapart de ceux qui y entrent en sortent avant te terme pour reprendre l'état de leurs pères.» Le président Rolland, [Recueil de plusieia-s ouvrage), p. 28), disait des collèges : « Les classes élémentaires y sont communément remplies -, mais la seconde, la rhétorique et surtout la philosophie sont encore plus communément désertes, » — Les choses n'avaient pas cliangé en 1789. L'aateur d'un Plan d'éducation nationale (1789, p. lOi}, écrit à cette Époque : « L'expérience d'un grand nombre d'années prouve que la plupart des collèges de province seraient forcés de fermer les classes de seconde, de rhétorique et de philosophie, si elles n'étaient pas fréquentées par les étudiants qui se de»-

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