‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 66 sur 81 · TROP GRAND NOMBRE DE COLT.ÈGES · texte numérisé non relu

TROP GRAND NOMBRE DE COLT.ÈGES

gDait-elle qu'il y eût trop de latinistes, réclamaot, nous l'aTODs vu, avec insistance la suppression d'une partie des établissements.

Enfin, les Écoles spéciales fondées de toutes parts montrent la faveur du public pour les études d'une portée plus immédiatement pratique. M. ViUemajn, dans son rapport de 1843, compte pour 1789 au moins 73 écoles spéciales ' ou cours professionnels de dessin, de mathématiques, d'hydrographie, d'accouchement, d'art militaire et de marine, d'art vétérinaire, etc... 40 académies de province, 18 jardins des plantes, 40 bibliothèques et un observatoire.

tioent k l'église et au barreau. Presque tous les antres enraots ODt & peine porcoani la moitié de leurs études qu'ils les abandonnent pour toujourB. »

< Ces écoles, d'après te tableau de M. Villeuiain, reproduit par M. A. Durn; (ClTistrudion publique et la Révolution p. (8-49), ee subdivisaient ainsi : Ëcoles d'ao couche m ent , 13; d'orUIlerie. 7 ; de jeunes aveugloa 1 ; de chant, 2 ; de dessin, mathématiques et hydrographie, 12; de génie militaire. ^ ; de jeunes de tangue, ! ; écoles de marine, 3 ; militaires, H ; des Diinea, I ; des mineurs de Verdun, I ; des ponts-et-chaassèea, I : des sourds-muets, 1 ; Tétérinairea, 2 ; diveraes, 12. — Il n'y a pas moins de 22 cahiers du clergé demandant, en 1789, la multiplication des conrs gratuits d'accouchement. — Les cahiers dn tiers-état s'élèvent contre le règlement de <7S1 sur les gradt-s militaires qui excluait les roturiers de tout avancement sérieux, — Les cours de dessin sont tréa à la mode. Nous trouvons des demandes k ce sujet k Caen, Douai, DÛle, en Corse, etc. — La noblesse de Lyon voudrait des < cours de chimie > ponr * perfectionner l'art de la teinture. » La ville de DAle voudrait un enseignement encyclopédique, des proresseurs pour la théologie, le philosophie, les mathématiques, les humanités, une académie de peinture, dessin, sculpture et architecture, an cours d'anatomie, chimie et botanique. » Voy. Allain, p. 132.

I. Que penser des attaques. — II. Admirables réeultats obtenus dans renseigne ment secondaire sans bucud budget d'État. — III. Quel était l'idéal des maîtres avant la dévolution. — IV. Beau Jugement porté sur leur enseignement.

Les auteurs qui ont écrit l'histoire de l'ancien régime n'ont pas manqué de signaler dans le mouvement de la pensée publique, dans l'espèce de fièvre intellectuelle qui agita tout le xvm« siècle, une évolution extraordinaire et progressive grâce à laquelle la Révolution était, en 1789, accomplie dans les idées avant de passer dans les faits. Le lecteur, après notre long exposé, n'a pas eu de peine à se convaincre que cette Révolution était faite dans les esprits pour la question d'instruction comme pour toutes les autres. Nous avons vu, pendant cinquante ans, se livrer un formidable assaut contre ce qu'on appelait la routine des collèges avec une ardeur, une audace, une persévérance qui ont profondément ébranlé sur ses bases l'antique édifice de l'éducation classique.

Les maîtres, nous l'avons constaté, n'ont pas fermé l'oreille à ces bruits du dehors. Devant ce concert d'anathèmes contre le latin, devant cette nuée de réformateurs réclamant une large place pour le fran-

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çais, pour les langues vivantes, pour la géographie et l'histoire^ pour les sciences, ils se sont efforcés d'améliorer leur enseignement, de simplifier l'étude des langues mortes, d'ouvrir leurs programmes aux connaissances nouvelles qui frappaient à la porte des collèges.

Ces améliorations ont-elles calmé, satisfaitl'opiDion publique ? Non. Le mouvement de réaction lancé à toute vapeur ne devait pas s'arrêter. Aux cris de destruction et de réforme que nous ont fait entendre les novateurs de l'ancien régime, il estiacile de deviner le sort que la Révolution réserve au vieux système d'études. On va traiter l'instruction comme toutes les autres branches de la chose publique. Ainsi que l'a fait observer Tocqueville, c'est quand les abus sont devenus le plus légers qu'ils paraissent le plus insupportables. Les maîtres d'avant 1789, perfectionnant leurs méthodes, élargissant leurs programmes, opéraient dans le système d'études la réforme que Turgot et Malesherbes apportaient dans le gouvernement de l'État. Mais en fait d'éducation, comme eu fait de gouvernement, cette transformation paraîtra trop lente. Ce n'est pas une évolution qu'on réclame, c'est une révolution.

Nous qui ne sommes pas en proie à cette fièvre, qui, placés à un siècle de distance, sommes dans des conditions favorables pour bien voir, quel jugement allons-nous porter sur l'enseignement de nos pères ?

17Sd trouva debout sur tous les points du territoire des maisons d'instruction classique. On reproche quelquefois à l'Ëglise d'avoir négligé l'instruction primaire du peuple avant la Révolution, bien que, sur ce point, les documents puisés aux archives départementales, que cliaque jour voit éclore, montrent combiwi cette accusation est mal fondée ; mais personne n'a jamais songé à affirmer qu'elle n'ait pas aufâsamment encouragé l'enseignement secondaire. Durant les longs siècles ou eUe remplit le glorieux rôle d'institutrice de la nation, elle mît les études classiques à la portée de tous, fournissant à tous les talents l'occasion de se produire, donnant au plus humble enfant des campagnes les moyens de recevoir une éducation littéraire, établissant des collèges sur tous les points du territoire, y plaçant ces maîtres habiles, membres des Univei-sités, du clergé séculier ou des congrégations, qui surent élever et polir la jeune^e, former le goût public, augmenter enân de génération en génération notre patrimoine intellectuel.

Ce sera l'éternel honneur de l'Église de France d'avoir ainsi allumé, d'avoir entretenu durant des siècles le feu sacré du savoir, l'art du bien écrire et du bien dire, d'avoir assuré par ses seules forces la Oulture littéraire de tout un grand peuple, et, sans budget d'État, sans ministère d'instruction publique',

1 OuaBd on parcourt en détail le releré dea reTenna descoUftges aruit la RéTolutJoo, on s'aperçoit que le plus clair des rondatiôns venait de gem d'église, d'union da bénéSces, etc. Le Concile de

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d'avoir jeté sur toule Ih, surface du pays des maisODS d'études avec un enthousiasme, avec une profusion que nous ne pouvons pas nous vanter aujourd'hui même ni de surpasser, ni d'atteindre. M. ViUemain, comparant sous ce rapport 1843 à 1789, montrait qu'en 1789 un enfant sur trente fréquentait les collèges, tandis qu'en 1843 la proportion n'était que de un à trente-cinq. Selon lui, le nombre des écoliers qui avant la Révolution recevaient l'instruction soit entièrement, soit partiellement gratuite, dépassait quarante mille. Il axait enfin les maisons d'éducation à 663 collèges fréquentés par 73,747 élèves. D'après de nouvelles et patientes recherches, il faudrait même porter à 900 le chiffre des écoles secondaires sous l'ancien régime '.

Trenti', coaBrmé en France par l'ordonDsiice d'Orléans, affectslt k reuwigadment, dans cbaqae rhapilre, une prébende appeléeprébende préceploriale. La contribulion lies municip&litée qui

i^mmencent à intervenir & partir tlu ivi° siècle ne représente d'ordinaire qu'une part accessoire des revenus des collèges. — La budget ou tableau présenté par Necker, aux Ëtats généram, le S mai 1789, portait 930,000 livres pour Uoiversité. Académie, oollèges. sciences et arts. — La libéraiité faite par le Réi^nt «■ l'Université de Paris, sur le produit des Messageries royales, permit k cette dernière de donner l'instruction gratuite dans tous ses établissements de plein exercice, ce que les Jésuites avaient toujours fait dans leur collège Louis -le-Grand. — La royauté poussait ftUBsi à la gratuité en province. Les lettres patentes données aux collèges, par eiemple pour le coQège de Montpellier, en OBS (Voy. Germain, p. 36], portaient: «L'enseignement sera gratuit- ■• La gratuité était dan» les idées et les mœurs avant la Révolution. Les fondateurs assuraient aux maisons d'éducation des revenus soit importants, soit modestes, un établissement n'étant pas sensé fondé tant qu'il n'était pas doté.

1 M. Siivy, qui a fait une enquête approfondie sur li^ collèges d'avant la Révolution, a écrit : « On ne peut pas évaluer & moins de 900 environ le nombre des écoles secondaires sous l'ancieD régime. Et je dois ajouter encore que mon enquête n'est point

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Malgré cotte étonnante multiplicité des collèges, le clergé ne les trouve pas trop nombreux en 1789. On n'a pas compté moins de trente-deux cahiers réclamant la création de nouveaux établissements '. Il s'agit à la fois de continuer à fonder et d'ouvrir à qui veut entrer les portes toutes grandes. En dépit de toutes les déclamations que le siècle nous a fait entendre contre l'engouement pour les collèges , l'Église de France ne paraissait nullement disposée, au moment de la Révolution, à en fel'mer l'accès aux

terminée et que je troQTe chaque jour de nouveaux établistemeaU. n (La colUgei en France avant la Révolution. Brochnre (te 23 pages, p. S.) Les récents travaux des archivistes prouvent en eflt^t qu'il Taut élever te chiffre donné par M. Viliemain. Pour la Seine-lnfêrieure et pour l'Eure, là où le tableau de M. Villemain porte 7 et S collèges, M. de Beaurepaire en porte 13 Gt 11. Dans la Sarthe, M. Bellèe signale SO collèges, an lieu de 14. Dan» ITonne, H. Quantin donne 16 collèges au lieu de 8, Dans la Loire- Inférieure, M. Léon Maitre parle de 12 collèges au lien de i. Pour cinq départements c'est donc 3i collèges omis pur M. Vilteiuain. * \of, Allain. p. 89. ■ Le roi sera très tiumblentent supplié, dit le clergé de Mantes, de von loir bien ordonner qu'il sera établi, dans H cticf-lieu de chaque bailliage principal, un collège où l'on enseignera les liumanitès, pour la dotation duquel seront réunis des bénéfices simples qui se trouveraient dana le ressort. ■• Le clergé des diocèses de Grasse et deVence « supplie très humblement Su Majesté de donner une loi qui facilite l'établiasemeDt des collèges et maintienne ceux déjh établis. i> Celui du bûlliage de Montreu il -sur-Mer veut « qu'on pourvoie de collèges nombre de villes où les sciences sont négligées, faute d'enseignement. - — L'opinion était favorable aux maltrcs-éerivains qui enseignaient d'ordinaire les rudiments dn latin. A Autun (Roux, loc. cit.], on veut établir des grammairiens dana ce but. — Daunou (loc. cit.) «e plaint, en 17B9, que pour entrer en sixième, il faille déjï connaître les éléments du latin, ce qui prouverait que les élèves entrant dans la première classe de latin, la sixième], devaient déjà avoir une petite teinture de cette langue. — Quant aux collages, de 176! à 17S9, nous voyons les villes toujours empressées k provoquer leur établissement ou leur maintien, (Voir eu particulier pour le diocèse d'Arras, Deramecourt, p. 37S-S93).

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enfants du peuple. Noue teouvons en effet dads les cahiers du clergé, en 17S9, la demande formelle < que l'éducation publique fût absolument gratuite, tant daiia les Universités que dans les collèges de province. 1 Ces paroles du clergé de Blois se retrouvent dans les cabiçrs du clergé de Paris et de Chartres '. Pour atteindre ce but, le clergé de Paris proposait une mesure qui attend encore sa réalisation complète : il

* Voir lea cahiers danl.Ies Archiee» parlementaires (Madival et LaureDt), I" série, 6 toIé Poor lee testes ci-dessus, Toy. t 11, p. 317 el 634. Le coaraat était auMi k la gratuité pour renseigaement supérieur. (Tiers de Benoes, Orléans, el£.) La commnnauié de Montferrat {Draguit^nan) réclame la tondation de <t bourses daus let Universités au profit des eatants pauvres qui ont des talents. " Le clergé de France qui favorisait paiaeamment la gratuité pour rinstmctioit secondaire la voulait k plus forte raison poar l'instructioa primaire, n Qu'il soit établi et fondé dans toutes les paroisses des écoles gratuites, mais distinctes et séparées pour l'un et l'autre sexe, > dit le clergé de Paris dans ses cahiers. La gratuité est également demandée par le clergé d'Ail, Colmar, Beauvai?, Biais, Douai, Ëlampea, Gien, LabOurt, Le Uans, Mantes, Les Marclies, Longw;, da Perche, du Querc;, Sésaaue. Troues, Villers- Cotte rets, etc. Ou compte plus de 51 cahiers réclamant la grstuitè. Du reste on n'avait pas tardé jusqu'il 1789 pour l'établir. En 1792, Romme portait k iï millions les revenus des écoles primaires en [oudaUons, subventions ou rétributions. — Le principe de l'obligation ne parait pas effrayer le clergé. Nous entendons le clergé de Belfort demander formellement « que l'instruction soit gratuite et que les enfants, hors le temps daa récoltes, ne puissent iSlre dispensés sous aucun prétexte d'assister aux écoles. <i {Ârch. 'part,, t. III, p. 344.) ~ Le clergé voulait enfin établir dans r, chaque paroisse un maître et une maîtresse. <• Ce sont les paroles du clergé de Maulei, c'est la demanda formulée par le clergé de Paris, Rouen, Colmar et Schelestadt, Auxerre, Dourdan, Clermont-Ferrand, Vermandois, etc. En 1789, tout le clergé de France peut afârmer hardiment avec celui de Gien que » c'est k ses sollicitations que l'on accorde de petites écoles. <• — Ce n'eit donc pas à la Convention qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir eu la première l'idée d'établir daus toutes les cnm.muoes des écoles élémentaires pour, les deux sçxua. .

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voulait t que, pour faire participer tous les citoyens aux bienfaits de l'éducation publique et gratuite dans la capitale, quelques collèges de plein exercice fussent transférés dans les quartiers les plus éloignés du centre de l'Université. >

En 1789, les collèges étaient donc répandus partout. J'ajoute que l'instruction donnée dans les principaux établissements était excellente. Il ne faut pas juger de l'ancien système d'études par les déclamations et les attaqués que nous avons vu se succéder dans ce livre, ni même par les préjugés qui de toutes parts battent aujourd'hui en brèche la vieille éducation classique. Essayons de faire abstraction de nos goûts et de nos préférences pour bien comprendre quel était l'idéal des maîtres avant la Révolution.

. Disons-le, bien que la foi aux vieilles métiiodes fût profondément ébranlée dans les esprits, bien que, souslapression de l'opinion publique, les programmes se fussent élargis de toutes parts donnant une place de plus en plus importante aux connaissances nouvelles , l'éducation classique , l'étude des langues mortes faisait encore le fond de l'enseignement dans la plupart des collèges '. Rollin avait écrit dans le discours préliminaire de son livre ; » L'étude des auteurs anciens met en état de juger sainement des ouvrages.qui paraissent, de lier société avec les gens

, > Co tait a été coniUté par H. Beausaire : La liberté th tengeignement svpéi-iew «ou* la troitième RépttiHqat, p. 13S. ..:

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d'esprit, d'entrer dans les meilleures compagnies, de prendre part aux entretiens les plus savants, de fournir de son côté à la convereation, où sans cela on demeurerait muet, de se rendre plus utile et plus agréable en mêlant les faits aux réflexions et relevant les unes par les autres. » Pour mieux indiquer encore son but, Bollln avait d'abord donné pour titre au Traité des études : De la manière d'étudier et d'enseigner les belles-lettres par rapport à l'esprit et au cœur. Les maîtres étaient restés fidèles à cette tradition '. Pour eux, développer peu à peu le sentiment du

1 NooB BvoDB entendu, ea )783 ^Vo;. Jaloastre, p. 112 413), le principal da collège de Clermont aaai dire que le but de renseignement est de ■ perlectionner le goût > des élATes. — Le* aoTsIeure eni-mêoieB tenaient eMentiellement k rormer le goût. • Le goût, disait L& Chalotais, est un diecerDement prompt el délicat des lieautés qui doivent entrer dans un ouvrage... Cest un don de nature, mais il se perfectionne par l'étude et par l'exercice. » — Les mattres avaient bubbi 1b prétention, nous t'avons .vu, de former le jagement. Ce n'étaient pas ces « aenes cbargés de livres * dont parlait Montaigne, qui ■ laissent le jngement entièrement creux, » Rolland avait dit {Recueil etc., p. 128), avec tons les écrivaias de son siècle, qu'il faut avoir grand soin de ■ former le jugement » des enfants, ■ eu cultivant leur mémoire. ■ Les municipalités, comme celle de Montpellier (loc. cit.) répétaient : •> Dès que la raison commence à se former, il faut apprendre aux enfants è en faire bon uiage. » C'était le désir des éducateurs. Les jeunes gens, disait M. de la Borere, principal du collège d'Arras [vo]'- Hautecloque, p. 122), apprennent dans notre maison " h. combiner leurs idées, k raisonner leurs actions. » On doit se « proposer plus les choses que les mots ■, écrivait à son tour le P. Morin (Gazier, p. 23). — C'était comme une affectation de parler de la raison et du jugement. Volontiers quelques professeurs auraient souscrit aux paroles d'Arnaud dont le mémoire sur le règlement des études venait d'être publié quelques années avant la Kévolution : <c On doit employer peu de temps à la récitation des leçons que l'on donne à apprendre et qui doivent être extrêmement courtes, n Enfin, tous les profes^ seurs de philosophie se flattaient de suivre l'exemple de Boesnet

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go&t dans l'âme de leurs élèves, éveiller, façonner leurs facultés iatellectuelles par une culture progressive les tenant toujours en contact avec des modèles parfaits, former eo eux l'honnête homme au sens du xvn* siècle, c'est-à-dire les mettre en état de paraître en société, de tenir une conversation, d'apprécier avec compétence les choses de l'esprit, de porter enfin dans les compagnies cette supériorité, ce brillant que donne toujoui's une forte éducation littéraire , tel parut longtemps le résultat k atteindre.

U n'est pas un ancien maître qui n'eût fait sienne cette belle maxime de Plutarque : t L'àme n'est pas un vase qu'il faut remplir, c'est un foyer qu'il faut échauffer. • Aussi les professeurs prenaient-ils leur temps pour accomplir leur oeuvre, f Peu de choses, mais de bonnes choses, disait Geruttî ; lentement, mais constamment : voilà toute l'éducation publique, Toîlà, pour la multitude, les seules règles profitables. Tout le l'esté, excellent en théoiie, est misérable dans la pratique. > L'apologiste des Jésuites exposait ici la pensée et la pratique de la plupart des maîtres. L'enfant, retenu durant leslongues années de collège dans l'étude de ces langues mortes qui ne lui servaient pas pour le commerce, pour les voyages, pour les mille usages de la vie, comme auraient pu le faire les langues vivantes, qui ne préparaient pas non plus di reetement l'ingénieur, l'architecte, l'industiiel, le géomètre, comme auraient pu le faire les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique, — l'enfent

qui aviit compoEê m Logiqus «non poarUtaire servira de ti disputes de moU, mais pour former le jugement par un ra Dément solide. •

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retirait avant tout de son éducation littéraire le grand avantage de i rendre l'esprit plus beau, le goût plus pur, le sens plus droit, la langue plus ornée, l'âme plus délicate et la mémoire plus heureuse ', » Le résultat était considérable, mais il n'était pas matériel, il n'était pas palpable, il n'était pas immédiat. Au lieu de former l'homme de tel état, l'homme de telle profession, on se contentait de former l'homme en général. En appelant successivement toutes les générations sur les banes da collège, en les y retenant six ans, huit ans, occupés à cultivât le jugement, le goût, à fortifier la raison, à. essayer le premier vol ds l'imagination, à s'élever jusqu'à l'idée du beau, jusqu'au sentiment de l'art par une intimité prolongée avec des modèles parfaits, cette éducation façonnait véritablement l'esprit français et élevait l'idéal des masses, car les familles qui envoyaient leurs enfants au collège appartenaient, depuis que le tiers-état était devenu tout en France, aux couches profondes de la nation.

Notre époque, avec ses aspirations utilitaires, sa fièvre de satisfactions matérielles, ses préoccupations intéressées, son impatience d'arriver et de jouir, a de la peine à comprendre cette longue station que les maîtres de l'ancien régime faisaient faire à leurs élèves dans les régions sereines de la littérature et de l'art. Ce n'est pas dans un temps où retentissent tant d'anatltèmes contre le. latin, où l'enseignement spécial semble appelé à.détrôner l'enseignement classique, qu'on peut apprécier favorablement un système d'éducation basé sur l'étude même du latin.

t Paroles de Joubert,

Indépendammeat de ces instincts utilitaires, nous cédons h un autre courant d'idées qui peut être une grave cause, d'erreur quand il s'agit de porter un jugement sur les collèges d'avant la Révolution, je veux parler de notre engouement pour les études philologiques. Notre siècle est avant tout un siècle scienti^que ; c'est le nom qu'il gardera dans l'histoire, et il l'a mérité par les découvertes qu'il a faites dans, toutes les branches des coimaisBances humaines. Dans notre temps, les préoccupations scientifiques ont pris un caractère particulier. Les esprits, pour se diriger dans les voies diverses qui sollicitent leur activité, ne veulent accepter d'autre guide que l'observation et l'expérience ; ils n'admettent d'autres vérités que les faits, d'autres faits que ceux qu'on peut constater en quelque sorte au scalpel et au microscope. Cette méthode d'expérimentation, d'analyse, de décomposition à outrance, qui a fait faire tant de progrès aux sciences physiques et naturelles,- est appliquée aujourd'hui à des sciencesqui sembleraient, sinon lui être étrangères, du moins s'inspirer d'autres principes. Les triomphes d'un Claude Bernard, d'un Pasteur, ont excité l'émulation des historiens et des grammairiens. Evidemment il sera toujours difficile de soumettre l'histoire, la littérature à je ne sais quelle analyse chimique ; mais, si l'on renonce à en décomposer les éléments comme on peut le faire pour des corps, on a du moins l'ambition de donner à ces sciences des instruments de précision. On ne conçoit pas de nos jours un enseignement historique qui ne serait pas précédé d'un cours de paléographie, de diplomatique et de chronologie. On ne conçoit pas davantage un enseignement littéraire que n'auraient

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pas préparé l'histoire des textes et l'histoire de la langue. Loin de nous la pensée de hlâmer des recherches <iui sont la condition de toute science sérieuse, qui déjà ont permis de reprendre sur de nouvelles bases l'étude de notre histoire nationale, de notre littérature, de notre langue, de donner enfin des éditions d'auteurs plus exactes, plus soignées, plus parfaites que toutes celles parues jusqu'ici. Loin de nous la pensée de nier les services rendus par l'École pratique des hautes études, non seulement dans le domaine des sciences naturelles, mais encore en linguistique, en épigraphie, en histoire. Toutefois, il conviendrait de ne rien exagérer et, sous prétexte de lutter avec l'Allemagne, de reprendre les traditions de la philologie française au xvi» siècle, de ne pas s'exposer à tuer la littérature par la grammaire, en faisant des études philologiques l'occupation de tous, quand elles devraient rester la vocation de quelquesuns. Or, n'est-on pas en train de donner dans cet excès?

On reproche à l'éducation classique avant la Révolution et même dans notre siècle^ d'avoir été superficielle, cherchant moins à donner des connaissances précises qu'à former l'esprit d'une manière générale, plus soucieuse de l'art que de la science, sacrifiant le brillant au solide, la notion des faits et le souci des détails aux vues et aux considérations d'ensemble, de sorte que chaque élève, sortant de nos collèges, pouvait dire avec encore plus de vérité que Montaigne : • Je n'ai gousté de toutes les sciences que la crouste première, un peu de chaque chose, à la Française. » Désormais, à cet enseignement qui s'efforçait avant tout de développer les facultés de l'élève, de lui com-

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muniquer plus de goût que de savoir, de lui donner plutôt le sentiment du beau que de le charger du lourd bagage d'une érudition prématurée, qui, plaçant l'enfant en présence d'un modèle antique ou moderne, ne se contentait pas de lui expliquer le mécanisme d'une langue , de démonter en quelque sorte les pièces d'un chef-d'œuvre en prose ou en vers, mais lui demandait de chercher à l'imiter, d'essayer ses forces, d'éveiller son imagination, d'échauffer son àme au foyer d'un grand écrivain, à cette éducation qui a fait l'esprit français, on est en train de substituer un enseignement d'outre-Rhin qui négligera les beautés littéraires pour nous intéresser avant tout aux curiosités philologiques. Aujourd'hui, tout professeur qui a à parler d'un auteur quelconque doit s'appesantir longuement sur l'histoire des manuscrits, l'histoire des éditions , l'histoire des changements survenus dans le texte de ces éditions, et le temps qu'il lui resteiiût encore à dépenser pour la critique littéraire, il l'emploiera, s'il entend bien son métier, à des discussions gTAtamaiticales. La philologie coule à pleins bords.

L'intention qui préside à cette réforme, qui encourage ce mouvement est louable sans doute ; mais n'a-t-on pas dépassé la mesure , et n'est-îl pas à craindre que si la jeunesse gagne à la nouvelle méthode quelques vertus germaniques, elle n'y perde des qualités bien françaises? Le talent de présenter une vérité sous une forme ingénieuse, de répandre sur une matière aride les grâces de l'esprit et de l'imagination, de cultiver l'érudition sans s'y embarrasser, de manier les faits sans s'y empêtrer, d'apporter dans un sujet à traiter cet art de la composi-

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tion, cette heureuse distribution de liunière et de couleur qui est pour un écrit ce que le dessin et la perspective sont pour un tableau, en un mot, le don de faire un livre avait paru jusqu'ici un privilège de notre pays et personne ne conteste que ce don plus ou moins naturel, que cette qualité de terroir n'aient été aidés, fécondés par une éducation déjà plusieurs fois séculaire. Grâce à cette formation, grâce aus. habitudes d'ordre, de netteté que les maîtres ont toujours cultivées en eux plus encore que la nature, lorsque les Français s'avisaient de faire œuvre d'érudition, ils savaient porter la lumière dans des questions plus d'une fois obscurcies par les brouillards de la Germanie. Ils évitaient du moins de s'embarrasser dajis ces nulle détaUs où se complaît l'érudition allemande, et qui ne rachètent pas toujours la fatigue qu'ils causent au lecteur par la clarté qu'ils jettent sur un sujet.

Réussira-t-on par les nouvelles méthodes à communiquer à notre élève ce qu'on appelle le sérieux de la science germanique, sans lui faire perdre les qualités françaises? A voir avec quel sourire pédant, quel dédain satisfait, notre époque positiviste parle de tout ce qui est esprit, sentiment, grâce, imagination, art, inspiration eu littérature, en un mot de tout ce qui a fait jusqu'ici la fleur de l'esprit français, — sous prétexte qu'au fond de toutes ces bluettes, de tous ces faux brillants, de tous ces feux foIlets,il n'y a rien de scientifique, — on peut craindre après l'invasion des armées allemandes sur notrç territoirej une invasion non moins redoutable de l'esprit germanique dans le cerveau de notre jeunesse.

A tout prendre, la nouvelle méthode a d'autant

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plus de chance de faire des disciples qu'elle est plus facile, plus accessible que l'ancienne. Avec de la patience, de la persévérance, on peut recueillir beaucoup de notes, faire provision de beaucoup de faits et se constituer un véritable magasin scientifique. La difficulté, c'est d'animer ces faits, de vivifier ces détails, de communiquer la vie k ces ossements desséchés. L'érudition n'est pas le goût, l'esprit, la grâce, le talent, l'imagination, l'inspiration, et, sans vouloir en rien diminuer le prix du labeur scientifique, de la persévérance, de la patience, où quelqu'un a voulu voir le tout du génie, nous pouvons affirmer cependant que les qualités qu'on s'accordait à regarder jusqu'ici comme l'apanage de l'esprit français sont d'un ordre supérieur et touchent à de plus hauts sommets de l'âme. Avec de la constance on peut devenir un érudit ; avec de patientes recherches on peut écrire l'histoire d'un manuscrit, signaler les variantes d'un texte, marquer les particularités de la langue d'un écrivain. Ce qui est plus précieux, plus rare, c'est d'arriv«r à penser, à sentir comme cet écrivain luimême, c'est de faire entrer des élèves, des lecteurs dans le sanctuaire de son génie en leur communiquant l'étincelle électrique. Il sera toujours plus facile à nos jeunes philologues de rechercher par exemple combien de fois tel verbe latin revient dans Tite-Live, que de continuer les Causeries du lundi de Sainte-Beuve ; plus d'un aimera mieux certainement rapprocher en grammairien la langue d'Hésiode de celle d'Eschyle que de comparer les idées, les sentiments, les passions qui ont occupé, ému l'humanité à des époques diverses, comme l'a fait Saint-Marc Girardin dans son ■ Cours de littérature dramatique. Ah I c'est qu'il y a

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critique et critique; il y a la critique élevée, alerte, ingénieuse, vivante, éloquente, qu'on ne peut atteindre que par un certaiu vol de l'esprit, par certaines parties divines de l'àme ; U y a la critique des mots, des détails, de grammaire, de langue, critique qui a certes une grande importance, k laquelle il faut faire une juste part, mais qui ne saurait suf&re à une nation telle que la France et dont ne se seraient jamais contentés les Villemain, les Saiut-Marc Girardin, les Sainte-Beuve, les Prévost-Paradol, les Nisard.

En se plaçant, non plus au point de vue de l'esprit français, de la critique littéraire en général, mais des résultats, des fruits de l'éducation classique pour l'élève, nous trouvons un non moindre danger dans l'engouement pour les nouvelles méthodes. Il est utile sans doute d'emporter du collège un fond de connaissances précises, et nous n'avons aucune peine à reconnaître que les études de philologie, de grammaire comparée qu'on fait entrer jusque dans l'enseignement secondaire, peuvent donner une notion plus durable et plus complète des langues anciennes. Mais n'est-il pas k craindre que la littérature perde ici tout ce que gagnera la linguistique ? Un esprit dont toute l'attention est tournée vers les recherches philologiques ne demeurera-t il pas étranger ou moins sensible aux beautés littéraires'? Or, ce qui importe à un élève mis en présence des auteurs classiques, c'est moins d'augmenter sa science que de former son goût, éveiller son imagination, développer ses facultés intellectuelles. L'éducation donnée au xvn» et au xvm* siècJe préparait certainement des générations moins fortes dans la connaissance du grec et du latin que celle formée par la grande école philologique fran-

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çaise du xvi', par les Henri Eatienne, les Passerai, les Scaliger, les Turnèbe, les Casaubon; et cependant qui voudrait préférer les productions du génie français, au XVI' siècle, k celles des âges suivants ? On put avoir le tort, au xvn' et au xvin* siècle, de ne faire expliquer aux élèves que des extraits d'auteurs, au lieu de les leur montrer dass leur ensemble, de ne pas assez faire vivre ces auteurs mêmes dans le temps qui les vit naître, en entourant la traduction de toutes les lumières que peuvent donner l'épigraphie, la paléographie, la philologie, la grammaire et la mythologie comparée, de trop sacrilier en un mot l'érudition à la composition ; mais, en voyant les résultats obteous, qui pourrait être tenté de le i-egretter? Racine étudiant Homère ou Euripide, ne devait pas éprouver les mêmes impressions qu'un Scaliger, un Henri Estienne ou un Casaubon '. L'im lisait en poète ce que les autres étudiaient en grammairiens et en philologues. Qui songerait às'en plaindre?

Cet exemple de nos deux grands siècles littéraires n'arrêtera pas sans doute le mouvement de réaction qui nous pousse k changer radicalement les conditions de l'ancienne éducation classique. On est en train de substituer, de fait, les études grammaticales aux études littéraires, la simple connaissance du procédé k la pratique de l'art. La mesure prise au sujet des vers latins qu'on a remplacés par des notions de métrique, s'est en quelque sorte généralisée. Ce qui caractérise le mouvement actuel, c'est la réalisation d'une réforme réclamée, nous l'avons vu, il y a cent

' N'oublions pas cepeDdant que les philologues du 1 furent pour la plupart de grands buuasistee.

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aiiSj autant que de nos jours, je veux aire la diminution, çà et là la suppression des devoirs écrits ; mais le devoir écrit étant un acte de production pour l'esprit, un exercice pour le goût, un effort pour l'imaginatioD, le sacriâer à des préoccupations phUologiques, qui après tout n'exercent que la mémoire et une certaine curiosité iatellectuelle, c'est laisser sans culture le sens artistique, la faoulté d'imaginer, d'admirer, de créer, c'est laisser s'éteindre tous les germes des vocations supérieures, c'est arrêter l'épanouissement du sentiment littéraire. Avec cette éducation on formera peut-être des hommes capables d'éditer des livres, mais peu capables d'en faire et je crains bien qu'on ne puisse dire avec Joubert, des professeurs qui sortiront de ces écoles : • Ils ne sont pas et ne font pas des littérateurs, ils ne sont et ne font que des grammairiens. >

Pourquoi ce résultat, queue cherchent certainement pas les promoteurs des nouvelles méthodes? C'est, ajoutait Joubert, qu'il ne faut ( verser la littérature que dans des esprits et des fîmes littéraires > , et que mettre • cette liqueur exquise dans des vases indignes d'elle », c'est s'exposer à la < corrompre. » C'est dire tout ce qu'il faut porter d'art et de délicatesse dans la formation de ce sens littéraire qu'il s'agit de cultiver dans l'enfant. Ici l'anatomie grammaticale, les dissections philologiques sont plutôt un obstacle qu'un secours, parce qu'elles se contentent de faire savoir ce qu'il faudrait faire sentir, parce qu'elles s'occupent plus du mot que de la pensée. Les cordes de l'âme qui répondent à. l'idée du beau veulent être touchées d'une main plus légère. Il y a dans le sens du beau je ne sais quoi d'élevé, de fin, de délié, de nuancé, de

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JDQEMENT SUR LES ÉTCDES CLASSIQUES 551

délicat, d'exquis, qui, pour s'épasouir, demande plus d'art que de science, qui pour germer dans une àxae exige moins l'appareil de l'érudition et l'abondance des faits que le voisins^e, que le contact journalier de ces modèles parfaits, lesquels à force d'attirer le regard l'habituent & la proportion, à. la mesure, à l'harmonie, à foree de parler à toutes les facultés, fécondent l'esprit, développentla sensibilité littéraire, échauffent l'imagination, décident enfin, s'il y a lieu, de la vocation d'écrivain. Celui qui a usé durant quelques années d'un tel commerce gardera toujours la marque de son éducation première, de même que dans le monde, il est toujours facile de distinguer à un cachet de bonne compagnie ceux qui ont été élevés dans un milieu choisi.

Voilà ce qu'avaient admirablement compris et admirablement réalisé les distributeurs de l'éducation classique avant 1789. Quelles vocations littéraires, quels sentiments du goût, quel amour du beau ils savaient éveiller dans l'âme de leurs élèves 1 ■ Ce fut lui, dit Marmontel, parlant du P. Bourges, qui m'apprit que l'ancienne littérature était une source intarissable de richesses et de beautés, et qui m'en a donné cette soif que soixante ans d'études n'ont pas encore éteinte ! > Nous voudrions laisser à un délicat, ù un penseur auquel son exquise sensibilité littéraire a inspiré des pages d'un goût si sûr, d'une critique si déliée, d'une analyse si pénétrante, à Joubert, le soin de nous dire ce qu'était l'enseignement secondaire

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5SQ JUQEUENT SUR LES ÉTDDES CLASSIQUES

avant la RévolatiOD, ce qu'étaient ces professeois qu'il avait eus pour maîtres, et doot il fut plusieurs années le collègue, chez les Doctrinaires de Toulouse. Avec quelle compétence, quelle perspicacité sympathique, quel bonheur d'expression, Joubert, dans une lettre à Fontanes, du 8 juin 1809, fait revivi'e à dos yeux un système d'études qui avait préparé à la France deux siècles de grandeur littéraire I • Regrettons nos anciens collèges, dit-il ', c'étaient véritablement de petites universités élémentaires. On y recevait

< V07. Œuvra de Jouberi, i toI. fn-ia, t. II, p. 191 et eeq. Joubert ijoute : a Instniit avec quelque lenlear, avec pea d'appareil et d'une maniire inseuBible, on m crojait peu savant et on se conservait modeste... on quittait avide de s'instruire encore et plein d'amonr et de respect pour les hommes qn'on cramait instruite. Que ceuK qui ont vu les temps passés porteDt leur mémoire en arrière, et qu'ils se souviennent d'eni-mèmea, ils avoueront qne je dis vrai. La jeunesse de ce lemps-ift était un flge plein d'enthousiasme et par Ik même de bunhear ; mais ses enthousiasmes étaient doux et ses félicités paiEiblea. h Les élèves même moins bien dODès ■ cnllivaient en eux avec délices les semences de morale et de boa goût qu'ils avaient reçues. Us entretenaient leur mémoire de ce qu'ils avaient appris ou eutesdu dire de plus beau, et contenCii de pouvoir comprendre quelques bons livres, ils avaient quelque part aux félicités littérairM... On cultivait dans chaque esprit ce qu'on pouvait cultiver et on n'en laissait aucun d'illettré et incapable d'admirer. » — Il parait cependant avéré que le discrédit jeté sur le latin par les réforniBleurs, qne les goûte déjk nUlitaire* avaient affaibli la force des classes. Rolland écrivait dans son plan d'éducation dès ITRB {voj. Reeuâl etc., p. 136) : a le nombre de bons écoliers diminue dans les provinces, et parmi cens qni sortent des collèges un très peUt nombre est en état de bien sentir toates les beautés des auteurs qu'on leur a fait expliquer, b — Le calme même des professeurs en ces paisibles retraites des collèges si bien décrites par Joubert, commençait à ïtre troablé dans quelques établîBsemente aux approches de la Révolution. Voir, en particulier, pour la f^mentatiou d'idées dans certains collèges de l'Oratoire : l'abbé Derameconrt, h Clergé da dioeése d^Arrai, t. I, p. 2B2, aSS-S8S. Léon Maître, op. Cit. p. 182-187.

une première édacation très complète, puisqu'on en sortait capable de devenir, par ses propres efforts et par ses seules forces, tout ce que la nation voulait. La philosophie et les mathématiques dont on fait tant de bruit, y avaient des chaires ; l'histoire, la géographie, et les autres connaissances dont on parle tant, y tenaient leur place, non pas en relief et avec fracas comme aujourd'hui, mais pour ainsi dire en secret et en ei^foncement. Elles étaient fondues, insinuées et transmises avec les auti'es enseignements. On les goûtait et on emportait le désir de les apprendre : on les apprend aujourd'hui, et ou pail avec le désir de lés oublier. Pour me servir d'une métaphore musicale..., on faisait résonner la touche de toutes les dispositions, on déterminait tous les esprits à se connaître et tous les talents à éclore. C'est par l'effet d'une telle éducation, c'est par cette succession non interrompue de générations, non pas savantes, mais amies du savoir et habituées aux plaisirs de l'esprit, que s'étaient multipliés en France, pays du monde où cette éducation était le mieux donnée, et peut-être le mieux reçue à cause de la tournure d'esprit naturelle à ses habitants , ces caractères où rien n'excellait, mais où tout était exquis dans son obscurité ; cette réunion de qualités où tout charmait, sans que rien y fût distinct, ce tempérament moral singulier que le philosophe suisse de Murait croyait particulier à nos climats, et qui servait à former ce qu'on appelait proprement des hommes de mérite, • espèce d'hommes >, dit-il, « . connue en France et presque inoomiue partout ailleurs, espèce d'hommes si nécessaire à l'ornement du monde et à l'honneur du genre humain, que les

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siècles où aucune nation ne pourra se vanter d'en posséder un très grand nombre, seront tous des siècles grossiers, i

Joubert faisait honneur de ces succès moins à f la. méthode > et au < choix de l'enseignement i qu'aux ( hommœ qui enseignaient. > C'est aux • corps ecclésiastiques enseignants >. particulièrement aux Oratoriens, aux Doctrinaires, aux Jésuites < aujourd'hui copiés, disait-il, par les instituteui'S français », qu'il attribue la gloire de cette * éducation littéraire >, qui a pour but de donner f aux esprits et aux âmes humaines une teinture de ce que les poètes, les orateurs, les historiens et les momlistes de l'antiquité ont eu de plus exquis, teinture qui, certes, embellissait les mœurs, les manières et la vie entière. Dans nos collèges, ajoute Joubert, l'enfant était dressé à distinguer et à goûter tout ce qui peut charmer l'imagination et le cœur. Des hommes qui faisaient leurs délices de l'étude de ces beautés se consacraient à leur enseignement. Jeunes, eux-mêmes ils portaienl dans l'exercice de leurs fonctions, un zèle épuré p^ le désintéressement le plus parfait et égayé par de riantes perspectives ; ils voyaient dans l'avenir, dès que leur âge serait mûr, une retraite studieuse, les dignités du sacerdoce, les grâces et les honneurs de toute espèce qu'obtenaient alors les talents. Le temps de leur professorat était pour eux un enchantement continu, et de ces dispositions naissait en eux une aménité de goûts et de manières, qui se communiquait non seulement & leurs élèves, mais è. tous ceux qui enseignaient, car partout où il y a des modèles, il y a des imitateui-s. >

Quel panégyrique, quel tableau ! En faisant, si l'on

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veut, la part du cœur dans cet éloge de professeurs qui avaient cultivé en lui avec tant de bonheur tous les dons littéraires, quel est le témoia, quel est le contemporain qui pourrait nous dire avec plus de compétence que Joubert ce qu'étaient les maîtres et les méthodes avant 1789 !

Ce n'est pas sans une certaine mélancolie que nous voyons, au moment où s'arrête cette histoire, la hache de la Révolution prôte à enfoncer les portes de ces collègesquiavaientabrité,durantplus de deux siècles, les études et les efforts de tant de générations. Les professeurs, prêtres la plupart, chassés de ces paisibles retraites où Us croyaient passer leur vie à servir Dieu et les Muses, furent errants dans leur propre patrie, étrangers en quelque sorte au milieu des Francis qu'ils avaient élevés. Barbé-Marbois nous a dépeint leur désespoir et leur • profonde misère. » Plus des deux tiers moururent de vieillesse ou de privations. Heureusement qu'il en resta assez pour transmettre à- notre siècle la tradition du goût littéraire. Quand Napoléon établit l'Université de Fiance, cette institution ne compta pas dans ses rangs moins de six. cents prêtres ' , ayant la plupart appartenu aux congrégations enseignantes et aux Universités avant la Révolution. Si quelques-uns d'entre eux avaient malheureusement oublié leurs devoirs ecclésiastiques, au milieu de la tourmente révolutionnaire, tous étaient restés fidèles à l'amour et au culte des lettres. Us vinrent.

' M. Guizot, dana son Essai fur fintiruelion publique en France, publié en 1B16 (p. 1S3), dit en parlant de l'IIaiTeiRité : a Ella compte aujonrd'hai, dana ses ftablisBements, plos de sis cents ecclésiastiques pieux et éclairée. Tivant sons l'batiit et dans les mœurs de leur état. »

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après un interrègne de dix ans dans lears nobles foncUotiB, rallumer le fen sacré dans les établissements de l'État, renouant ainsi la chaîne de la tradition classique, passant le flambeau qu'ils avaient reçu des ancêtres aux mains des générations nouvelles : Vitaï lampada tradunt.

Aatenra expliqués dans les dasHs, chn les difiéranta corps enseignants, sTant la Révolntion

Nous allons donner ici le plan d'étades : 1* des Jésnites, a» de l'Oratoire, 3" de Port-Hoyal, 4° de l'Université de Paris. Le plan des Jésuites est extrait du Ratio studionim. Nous suivrons la traduction qu'en a faite H. Gréard dans sou mémoire. Le plan d'études de Port-Royal est emprunté à Arnanid dont le Bèglement, publié en 1780 dans ses œuvres complètes, a été reproduit par U. Gazier d'après le manuscrit du P. Adry, dans la Revue internationale 'de l'enseignement des IS juillet et 15 aoQt 1886. H. Gazier y a. ^outë, d'après Adry, le système pédagogique du P. Morin, de l'Oratoire, dont le Ratio sludiolum est introuvable. Le plan du P. Morin nous servira à caractériser l'enseignement de l'Oratoire, Enfin le plan d'études de l'Université de Paria est emprunté au Flan d'éducation du président Rolland qui n'a fait que transcrire (Voy. Recueil de plasieuTi ouvrages du président Rolland, 1782, 10-4°, p. 103-lOSJ les documents fournis par l'Université. Le clergé séculier, — noua le savons par l'histoire des collèges et par le préaident Rolland (voy. Recueil de plusieurs ouorages) — suivait généralement le plan de l'Université de Paris.

FLAN d'ËTUDBS des jésuites

Sixième. Le matin: Récitation de l'aateur latin et delà grammaire latine et grecque. Explication de la grammaire

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latine et grecque, 3/4 h. Correction du devoir, 1/2 h. Explication latine. Reprise de l'explication antérieure et suite, 3/4 h. Langue maternelle et eiercicei accessoires, 1/2 h. — Le soir: Récitation de l'auteur latin et de la grammaire. Explication de la grammaire, 1 h. Explication de l'auteur l^n. Lecture grecque, iji h. deux fois par semaine. Dictée du thAmc, I ti. Discussion. Langue maternelle et exercices accessoires, 1/2 h. — IndicatioQS : Extraits de Cicéroo, Fables de Phèdre, Vies de Cornélius Nepos. — Pour le grec, exercices de lecture et d'écriture.

Cinquième. Le matin : Rédlation de l'auteur latin et â« 1« grammaire latine et grecque. Explication de la grammaire. 3/4 h. Correction des devoirs, 1/2 h. Explication : reprise et snite, 3/4 h. Langue maternelle et eiercices accessoires, t/2 h. — Le soir : Récitation de l'auteur lalia et de la grammaire, Explication de la grammaire, 4 h. Explication de l'auteur grec et latin, alternativement jde deux en deux jours. Dictée du thème, I fa. Discussion. Langue maternelle et exercices accessoires, 1/2 h. — Indications: Lettres choisies de Cicéron, Commentaires de Cësar, Morceaux d'Ovide, Fables d'Ésope, Tableau de Cébës, Dialogues choisis de Lucien.

Quatrième. Le malin : Récitation de l'auteur latin et >le la grammaire latine et grecque. Explication de la grammaire, 3/4 h. Correction des devoirs, 1/2 h. Explication : reprise et suite, 3/4 h. Langue maternelle et exercices accessoires, 4/2 h. — Le soir : Récitation de la grammaire latine et de l'art métrique, alternativement de deux jours l'un, puis de l'auteur, 1 h. Explication d'un poète latin et d'un auteur grec, alternativement de deux jours l'uu. Dictée du thème, 1 h. Discussion. Langue maternelle et exercices accessoires, 1/2 fa. — Indications ; Lettres de Cicéron, Traités de l'Amitié et de la Vieillesse, Discours faciles de Cicéron, Salluste, Quinte-Curce, Extraits de Tite-Live, Extraite choisis d'Oride, de Catulle, de Tihuile, de Properce, des Églogues de Virgile, *• livre des Géorgiques, 6" et 7* de l'Enéide. Pour le grec, saint Chrysostdnte, Xénophon, el autres du même degré.

Troisième. Le matin : Récitation de la grammaire et de l'auteur latin. Explie^on de la. grammaire. Préceptes gêné-

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ranx d'élocutîoB et de style, 3/4 h. Correction des devoirs, 1/2 h. Explication: reprise et suite, 3/4 h. Exercices accessoires. Langue maternelle, t/2 h. — Le soir : Récitation : grammaire et auteur latin. Explication de la grammaire, 1 11. Explication de deux jours l'un d'an poète latin el d'an auteur ftvnçais et grec. Dictée du thème, 1 h. Discussion et exercices accessoires, 1/2 b. — Indications: Discours de Cicéroa, César, Salluste, Tite-Live, Quinte-Cnrce, Virgile, l'Enéide sauf le 4* livre, choix des Odes d'Horace. Pour le grec, Isocrate, saint Jean Chrysostdme, saint Basile, Platon, Plutarque, Phocylide, Tbéognis, saint Grégoire de Nazianze et Sf nésius.

Seconde. Point de programme spécial.

Rhétorique. Le matin : Exercices de mémoire. Explication : reprise et suite, 1 b. Lecture d'un orateur .- reprise et suite. Dictée d'un texte de discours. Discussion et exercices accessoires, 4 b. Le soir ; EipIicaUcn des textes de la rhétorique. Explication d'un auteur grec on français, 1 h. Lecture d'un poète. Correction du devoir du matin. Dictée d'un sujet de discours, 1 h. — Indications : Cicéron, Quintilien, pour les préceptes de rhétorique ; point d'indication spéciale pour les auteurs d'explication latine. En grec, Démosthène, Platon, Thucydide, Homère, Hésiode, Pindare, saint Grégoire de Naziauze, saint Basile, saint Chrysostome. — Les joors de congé, on expliquait un historien ou quelque texte se rapportant h des notions historiques.

PLAN d'études de l'oratoire

D'après le flotte studiorum colkgiorttm Oralorix, dressé par le P. Horin, en 1745.

Sixième. Les Rudiments de Despaatère et de Donat, les Épitres choisies de Cicéron, les Distiques de Caton, le poème de YerinuB : Vivere t^oerso mortales etc. ; à la fin de l'&nnée on conunencera l'étude du grec.

CtR?uième. Despantère, Lettres choisies de Cicéron, lea

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Disliques de Cston, Verinus, Phèdre, Onde, de Triatibui ou quelques-unes de ses Épltres.

Quatrième. Grammaire latine et grecque; le i" et le 4* livre des Épltres de Cicéron et d'autres Épltres choisies plus difllcilea ; Lettres de Cicéron à Quintus. Lea TrûUi d'Ovide ou de Ponlo, quelques ɧla§ues de Virgile ; Ovide in Ibin; une Élégie de Tibulln, les Fables d'Ésope, les Épltres d'Isucrate ou quelques chapitres des Actes des Apdlres. — Conseiller de lire les Éligaacet d'Aide Manuce, Erasme de Copia verborwn, le Janua linguarum de Coménius, faire traduire quelque colloque d'Érasme et de Hathurin Cordier, quelques morceaux de Pontanus et des Épltres choisies de Cicéron, Bembo, Sadolet et Huret.

Troisième. Despautère, Cicéron : de Offieiis, de Amicitia, de Senectute, ^omnium Scipùmis ; César, Justin, Florus, Ftorus galUctu du P. Berthault, les Églognea de Virgile, quelque comédie de Térence, Hartialis : Amphitheatrtm, Dialogues choisis de Lucien, Isocrate & Démonicus ou à Nicoclës, ou ses Lettres, quelques Homélies de saint ChrysostAme ; quelques livres de Diodore de Sicile. — On peut tirer des thèmes des Apophtegmes de Plularque ou d'Érasme, de Valére-Haume, des Monita politica de Lipse,

Seconde. Cicéron : des Lois, les Tiuculanes, De la nature des dieux ; Aphtoniua en latin ; Valëre-Haiime, Salluste, Cornélius Népos, Florus, plusieurs Oraisons de Cicéron, les livres S*, 6% 7' et 10* de V^iéide, un des poèmes de Stace, le Panégyrique d'Isocrate, Hérodien, la Cyropédte de XénO' phoQ, Hésiode, Théognis. — On pourra tirer des thèmea de Tite-Live, Salluste, et Quinte-Curce.

Rhétorique. Les Partitions de Cicéron, ou la rhétorique aoit de Cassandre, soit de quelque autre, de Arte bene dicendi du P. Parisot, Cicéron : de Oratore, oraison pour Hilon, pour Sexlitis, Pro domo suû, Pro lege agraria. Tacite, Suétone, Velleius Paterculus : Auguslm hislorise seriptores, Cicéron : in Pisonem, in Terrem, la ('• et la 2« Hitlippique, i'ahrégé chronologique de Cluvicius, quelque abrégé de chronologie, livres 3*, «• et 12' de l'Enéide, les Saliras d'Horace, de Juvéa^ et de Perse, quelque tragédie de Sénëque. — Dé-

moathioe. Peur la oourmne, ou qoelqu'ime dea OlyntMennes ou de PaUiX kgalione, Vlliade ou l'Odyssée d'Homère, Pindarc, Théocrite, Sophocle, Euripide, quelque phUippique de DémoBthëne, Escbine : Contre la emtnmm ou de Falsà kga- Uime.

D'aprëi le P. Adry, les auteurs porléa-dans le Ratio sltuHorum du P. Horin étaient trop nombreui pour pouToir être tous expliqués. Il faudrait donc 7 voir une indication poar les professeurs, plutôt que le relevé de ce qui se pratiquait dans tes collèges de l'Oratoire.

PLAN d'étddes de pori-rotal ^gtement des éludes dans les Lettres humaines, par Anunild.

Sixième. Le matin : Tursellin, 1 h. Grammaire latine et française, qu'on tira seulement et qu'on expliquera, 1/4 h. PetiteshistoireSiioterrogationssur les mots de l'auteur, l/2h. Lecture française de Joseph, 1/2 h. — Le soir : Phèdre, 1 h. Mimes de Lubérius, 1/4 h. Grammaires, 1/2 h. Petites histoires, interrogations et lecture française, 1/2 h. —On peut obhgerles écoliers, dans chaque classe, à lire en particulier les Figures lie la Bible, pour en rendre compte les jours marqués par le régent.

Cinquième. Le matin : Cornélius Népos et Quinte-Curce, alternativement, 1 h. Endroits choisis de Cicéron, 1/2 h. Examen des traductions écrites, 1/2 h. Petites histoires, principes de géographie, 1/4 h.— Le soir: Térence, 1 h. Épigrammes, 1/4 h. Répétition de la grammair<!, i/2 h. Petites histoires, principes de géographie, 1/4 h. — Auteurs particuliers : Florus, Eutrope, Justin, Eérodien traduit par Ange Politien.

Quatrième. Le matin : La deuxième décade de Tite-Live, 1 h. Lettres choisies de Cicéron, 1/4 h. Examen des traductions, 4/2 h. Petites histoires et géographie, 1/2 h. — Le soir : Salluste, 1 h. Le 2', le 4" et le 6° livre de l'Énélde, 1/2 h. Grammaire grecque, i/4 h. Histoire et géographie, qu'on doit faire marcher de compagnie dans !a suite des classes, J/2 h,

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Tr&isiimt. Le matin : Tacite, I h. Haran^es choisies, 1/2 h. BiameDdescompositioDi, i/2h. Histoire, etc. 1/4b. — Le soir: Satires et Épttres d'Horace, 1 h. Endroits choisis de Virgile, 1/3 h. L'Évangile de saint Luc en grec, alternativement arec les Dialogues de Lucien et Ésope, 1/2. Histoire et géographie, 1/4 h.— Auteurs particuliers : Suétone, Ovide, les T, 8", 10", 13* et 1S° satires de Juvénal.

Seconde. Le matin : Hérodien, 1 h. Panégyrique de Pline, 1/4 h. Examen des compositions, 1/2 h. Histoire, etc., 1/3 h.— Le soir : Vies de Plutarqae, 1 h. Endroits choisis de Lucien et autres poètes, 1/2 h. Homâre, 1/2 h. Histoire, etc., 1/2 h. — Cette classe doit être particulièrement appliquée à ta langue grecque, et l'on donnera à cette langue ce qu'on donnait à la latine. — Hérodote, Thucydide, Xënophon.

Mélorigue. Le matin : Suarez, et alternativement la Rhétorique d'Âristote, puis de Quintilien, en passant des uns et des autres plusieurs choses, 1 h. Examen des compositions, 3/4 h. Histoire, etc., 1/2 h. — Le soir ; Morales de Plutarque et Sénàque le philosophe, t h. Lieux choisis des poètes nouveaux, i/4 h. Euripide et Sophocle, alternativement, 1/2 h. Histoire, etc., 1/2 h. — Autres auteurs : Pline le Naturaliste, Élien, les Oraisons de Cicéron et de Démoslhène, Isocrate, etc.

Arnauld fait précéder cette indication d'auteurs de cette observation : <' Je suppose que le temps qu'on passe eu classe est de deux heures et demie, tant le matin que le soir, c'està-dire de cinq heures par jour, et que les écoliers en peuvent

trouver autant pour leurs études particuhères On doit

employer indispensablement, toutes les fois que l'on eatre en classe et le matin et l'après-midi, une heure entière à l'explication d'un auteur ; et cet exercice doit être toqjoars préféré à tout antre et n'dtre jamais omis. »

FLAN d'Eudes de l'dniveksit6

Sixième. Les Maximes de Tobie et les livres moraux de l'Ancien Testament; les Éyangiles des dimanches et fêtes de

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l'aonée, le Catéchisme du diocËse, l'Histoire de l'Aiicien Testament, Vàbtéffé de la Grammaire franfaise, Priacipes de la langue latine, Grammaire grecque de M. Furgault, Selectas e Teteri Tmtamento historix, CoUoquia sacra, les Épitres familières de CicéroD, les F^les d'Ësope, de Phèdre et de La Fontaine, Aurélia s Victor.

CmqitUme. Les Maximes de Tobie et des livres moraux de l'Ancien Testament, les firangiles des dimanches et fâtes de l'année, le Catéchisme du diocèse, l'abrégé de la Grammaire française, les Principes de la Langue latine, la Grammaire grecque de H. Furgault, Cornélius Népos, Justin, SeleetiB e profartis HtslorUe, Selecla e Cicérone prxcepta, etc., les Fables d'Ésope, de Phèdre et de La Fontaine, les petites Épttres tirées de difiéreals auteurs, la connaissance de la Mythologie par demandes et par réponses en français.

Quatrième, Maximes de l'Écritare sainte, Épitres et Évangiles, Catéchisme de Paris, Principes de la Langue latine, deuxième partie. Grammaire grecque de M. Furgault, Abrégé de la Grammaire française. Fables d'Ésope, Évangile selon saint Luc en grec, Dialogue de Cicéron sur la Vieillesse et l'Amitié, Ëpttre de Cicéron à Quintua, le^ Paradoxes du mSme, Préceptes de morale tirés de Cicéron, les Commentaires de César, Ovide, les Bncoliques, les Géorgiques de Virgile. Abrégé de l'Histoire romaine.

Troisième. Sentences et versets tirés de l'Écriture sainte, Épitres et Évangiles. — Jusqu'à Pdgttes. Le matin ; Les traités de Cicéron sur les Ofllces, sur la Natnre des dieux, lesTusculanes. Lettres choisies à Atticus, les règles de la prosodie latine, l'Histoire de Quinte-Curce, de Paterculns. Le soir : Quelques livres des Métamorphoses d'Ovide. —Après Pdgues. Le matin : Quelques Discours de Cicéron, comme les Catilinaires, ou pour la Loi Manilias : l'Histoire de Salluste, partagée en deux années. Le soir ; Alternativement par année les Géorgiques et les deux premiers livres de l'Enéide de Virgile. -^ Pour le grec : Quelques Dialogues de Lucien, quelques endroits choisis d'Hérodote, les discours d'Isocrate à Démoniqne et Nicoclës, les Apophtegmes des grands hommes par Plutarque, les Racines grecques. —Pour le /yonçotï; Le matin: La Grammaire

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française de Restaut, à laquelle an joindra les remarques et observations des meilleurs auteora ; à la iln de l'anoÉe, les Révolutions romaines de M. de Vertot. Le soir : Un Abrégé de l'Histoire grecque avec les remarques géographiques et chronologiques relatives à cette histoire.

Seconde. Senteacea ou versets tirés de rÉcriture sainte, Épltres et Évangiles. Jusqu'à Pâques : Traité de Cicéron sur l'Orateur ou partitions oratoires. Après Pâques: Quelques discours de Cicéron, autres néanmoins que ceux qu'on est en usage de voir en Troisième, quelques endroits choisis de la Cfi-opédie ou quelques Vies des Hommes illustres de Flularque, l'Enéide, alternativement les six premiers ou les si» derniers livres. lÀvrespar armée : Les Odes ou les Satires d'Horace, alternativement, les Satires de Boiieau , quelques-unes des plus belles Odes de Rousseau, les plus beaux endroits de l'Iliade ou de l'Odyssée d'Homère, la Grammaire française de Restant. Addition de plusieurs livres parmi lesquels on en pourra choisir quelques-uns pour la lecture. Le matin : Discours sur l'Histoire universelle par M. Rossuet, Révolutions de Portugal par H. l'abbé Vertot, la Conjuration de Venise par l'abbé de Saiut-Réal, l'Histoire de l'Académie française par M- Pellisson , Éloges académiques par H. de Fonlenelle, grandeur des Romaius par M. de Montesquieu, etc., etc. Le soir : Abrégé de l'Histoire de France.

Rhétoriqtie. Parmi tes Anciens : Démosthène, Isocrate, Salluste, Tite-Live, Tacite, Horace et surtout son Arl poétique, Virgile, Perse, Juvénal, Parmi les Modernes : Saint Cyprien, saint Jérôme, Salvien, Lactance, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostdme, Bossuet, Fléchier, Uascaron, Fénelon, M. le chanceUer d'Aguesseau, Bourdaloue,Massilion, Boileau et surtout son Art poétique, les Tragédies saintes et les Cantiques sacrés de Racine, le Poème de la Religion de Racine llls, les Odes de Rousseau, ses Psaumes.

L'Université désirerait que les maîtres se nourrissent des principes d'Aristote, de Denys d'Halicarnasse, d'Hermogëae, de Longin, ou au moins qu'ils puisassent leurs principes dam ceux de Cicéron ou de Quintilien ; qu'avec le secours de ces auteurs, ils rédigeassent un Abrégé de Rhétorique, ou adop-

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tassent celle de quelque maître estimé. En attendant qu'il paraisse une Rhétorique qui réunisse les suffrages, ils pourraient se servir soit du traité intitulé Prœcepttones RltetoriciE, soit de celui qui a pour titre Rhelorica juxta Aristotelis doclrinom DialogU explication. L'UniverBité recommande aussi le Ti'aité des Études de- M. Rollin, dont le second volume peut suivant l'Université, être regardé comme la vraie Rhétorique de l'UniversiW; et le ijanvier 1766, le Tribunal de l'Université a arrêté « qu'étant constant que la Rhétorique française composée par H. Crevier avait été, avant son impression, soumise à l'examen de personnes académiques, l'on ne pouvait trop en recommander la lecture à ceux qui aiment les bons principes. )> — L'Université recommande aussi de mettre entre les mains des rhétoriciens les Psaumes de David. " Une prérogative particulière à la Rhétorique, dit-elle, est de pouvoir puiser de grandes idées dans une source en même temps la plus abondante et la plus sûre... De temps en temps, le professeur expliquera à ses élèves quelques psaumes de David ; à rinleUigence du texte qu'il tirera des plus habiles commenlatemTs approuvés, il joindra ses rétleiions sur la manière sublime dont sont traités les différents sujets de ces Cantiques sacrés. Les jeunes gens, enchantés de la noblesse, de la variété et de la richesse des figures et des images, concevront un nouvel ordre de beauté, et combien l'inspiration divine s'élève au delà des efforts de l'esprit humain . "

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