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KÉACTION CONTRE LE LATIN AU XVIII» SIÈCLE

teiTe que nous habitons, les plus sages et les plus savants ne peuvent s'empêcher de l'approuver '. »

On allait plus loin ; on se servait de livres latins même pour enseigner à lire. Fleury nous donne la raison de cet usage, • On fait lire d'abord en latin, dit-il, parce que nous le prononçons plus comme il est écrit que le français. » Voilà le seul motif mis en avant pour justifier cet usage. Érasme nous rapporte qu'en France on prononçait îe latin comme le fmnçais ; mais au xvi* siècle 11 se forma un courant d'érudition grecque et latine d'où sortit la prononciation moitié française, moitié latine que nous avons encore. Comme, malgré ce changement, la prononciation du latin paraissait plus rapprochée que le français de l'orthographe de ces deux langues, on continua à apprendre à lire avec le latin. Vainement Fénelon s'élève-t-il contre cet usage ; vainement Fleury rappelle-t-il « le plaisir qu'aurait un enfant d'entendre ce qull lirait » ; vainement Port-Royal ^ fait-il observer que les élèves sachant • leur langue naturelle, comprendront avec bien moins de peine ce qu'ils liront en cette langue qu'en une autre dont ils n'ont encore aucune idée », l'antique usage se maintient, et en plein xviii« siècle, des documents précis * nous montrent les maîtres se servant encore de livres latins pour initier les enfants à la lecture.

■ Malebranche, Recherche de la vénié.

* Traité du choix des études, ch. ilii.

* Voj. CouBtel, Règles de léducatiofi des enfants.

' Girard (L'ortografe frsnçoise, lTi6) dit qu'à cause de o la peine que les enfants ont pour aprandre à lire le françois, on leur (ait ordinairemellt commancer par le latin uomme le plus aiaé v. — L'abbA de Saia^Pie^'e écrit à son tour eu 1730 {Projet pour per~ feetioTiner i'orCografe du langues d'Europe) : t Le peu de ressem-

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RÉACTION CONTRE I-E LATIN AU XVni» SIÈCLE 51

Non seulement on lisait en latin, mais encore on parlait latin. L'enfant à peine arraché du sein de sa famille entend toujours du latin, doit toujours s'exprimer en latin ; enfin, en cette langue lui est expliqué le règlement du collège. Cette tradition venait du Moyen Age, d'une époque où le latin avait le caractère d'une langue vivante '. Le grand inconvénient de faire parler latin les élèves dès leur entrée au collège, était de les habituer à cet idiome demi-barbare qui irritait Maihurin Cordier au xv» siècle *. Plus tard, Etienne Pasquier, voulant railler cet usage, fait dire par un

blui« qu'il ; a entre Dotre ortografe et notre prononciassloa cause la grande difficulté que les enfants trouveol à aprendre i lire, et loilà pourquoi leurs maltrce sont forcez de commencer par Jear aprendre à lire le latin, dont l'ortografe ressemble fort à ta prononciacioD ■ • ■ Onlearadonnâ pour règle qu'il taut prononser la letre qu'ils trouveot écrite. Aiusi ils pronoucent bleu le d dans advacafus... adjudicare... adjunclus, et le i dans obmissio... Hais si, en suivant la râgle, ils prononcent le d dans advocal. . . adjuger. . . adjoint, et le b dans obmission, ou les gronde et très mal à propos de suivre la règle «. — Quatre années plus tard, Trotet {L'art de bien enseigner à lire, 173i] nous apprend que les maîtres se servaient les uns de livres français, les autres de livres latins pour apprendre aux enfants la lecture, u 11 serait fort i Muhaiter, dit-il, pour l'utilité publique, que tous les maîtres, tant ceui de quartier que ceux de charité, convinssent ensemble nne bonne fois ponr toujours lequel des deux est le pins avantageux au de commencer & enseigner par le latin, comme font les maîtres da quartier, on de commencer par le français, comme font les malùras d'école de charité, o

' Voici comment Geraan dans un règlement fait pour l'école de la cathédrale avait Échelonné les causes de punition ; Parler frantitis, mentir, injurier, frapper, dire ou faire des choses déshonnCles, se lever tard, oublier de dire les heure canonïcales, causer à l'église. — Les statuts du collège de Saint'Ruf, établi a Montpellier en 1368, ordonnent aux él&ves de ne jamais parler que latin dans leurs conversations, quia ferrum ferro aciàlur, et plus valet eollatio luam lectio. Voy. A. Germain, La Faculté de> arts de Montpellier, p. 67,

* De comtpti eemumis ^nendaliimt.

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principal à ses régents : i Pariez français, messieurs. vous êtes à Paris, c'est votre devoir. Régentes (iit vocat), vestrum est deverium. » Malgré ces attaques, le latia se maintint dans les collèges, et les statuts de 159S le confirmèrent dans sa possession séculaire, en défendant aux élèves de se servir de la langue nationale', soit en classe, soit hors de classe, et en ordonnant aux maîtres de s'exprimer toujours en latin dans leurs leçons. Les Jésuites permettaient seulement l'usage du français en récréation etlesjoursdefête*.Ces règlements ne i-estaient pas lettre morte. En 1613, un professeur de philosophie du collège de Tréguier fut interdit de ses fonctions pour s'être servi du français dans son enseignement. Mercier, dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, parle en 1657 de la honte encourue par tout élève s'exprimant en français. Flagitiumque putat natîvo idiomate fari.

Malgré tous les statuts, malgré toute la force de la

< Nemo scholaslicorurn in iingua vernacula loquatur, sed lalinus aermo eis sil usilafus et fatnUiarii. (Statuts de la Faculté des arts, art. 16.) On ne faisait exception h l'usage de parler latiu que pour l'euseiBueuient du catécbieme doos les classes inférieures, cinquième et sixième.

s Les Régies relatives aux classes recommandaieDt aux professeurs Jésuites de former leurs êlèïes à l'habitude de parler latin : Il Cwandttm imprimis est ut discipuli latine lofjitendi consuetudi' nem acquirant. « — Telle étaitla pratique universelle. Nous la trpuvoDsdaoslegjuiaase fondé k Strasbourg en 1533, par Jean Sturm. — Le règlement donné, en 1548, par Claude Baduel au gymnase de Ntmes, portait, art. VII : • La principale étude est celle du lalin. .. Que nul donc ne néglige de parler latin ni ne se permette l'habitude d'une autre langue, sauf le grec et l'hébreu aux heures fixées par les professeurs. Maïs il ne suffit pas de parler latin ; il faut !e faire correctement. Pour eu établir et maintenir l'habitude, on aura recours & des châtiments pécuniaires et physiques, k d'autres encore,.. "

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