Stérilisation
Les principes de toute la technique de la stérilisation ainsi que les types d’appareils nécessaires étaient déjà indiqués dans les anciens travaux sur la génération spontanée (generatio æquivoca ou sponlanm).
En 1765, Spallanzani combattit déjà la doctrine soutenue par Needhain et Bulïon, à savoir que des êtres vivants pouvaient prendre naissance par génération spontanée dans des liquides ou d’autres substances en décomposition. Spallanzani cbaufla de l’extrait de viande dans des ballons bouchés et démontra qu’il ne s’altérait pas jusqu’au moment où l’on donnait accès à l’air. 11 en conclut que les germes qui se développaient à partir de ce moment dans les ballons débouchés, devaient provenir de l’air. Plus tard, en 1782,Scheele lit remarquer qu’en chaufïantdu vinaigre, on pouvait le conserver plus longtemps que sans cette opération. Toutefois, on ne tint aucun compte de sa découverte. En 1810, Appert publia son livre sur la conservation de plusieurs aliments et liquides au moyen de la chaleur. Dans la quatrième édition de son livre, qui parut en 1831, il donna des instructions précises sur la manière de traiter le, vin, la bière et d’autres liquides, lesquelles répondent à celle (jue l’on emploie encore aujourd’hui, c’est-à-dire à la pasteurisation.
La période suivante, si riche en découvertes pour la microbiologie, produisit les travaux de F. Schulze et de Th.Schwann. Ceux-ci prouvèrent que lorsque des liquides facilement altérables ont été soumis à une forte cuisson, ils restent stériles si l’on fait rentrer ensuite l’air par de l’acide sulfurique ou par des tubes rougis à la flamme. A la môme époque, Cagniard-Latour etSchwann décrivirent les cellules de la levure de bière et Kützing les ferments acétiques. Turpin érigea, en 1838, la thèse si significative :
« Point de décomposition de sucre, point de fermentation, sans Pacte physiologique d’une végétation. »
Enlin, l’objection soulevée contre les expériences de Schulze et de Schwann, à savoir que Pair pénétrant dans les ballons, après avoir subi le traitement de l’acide sulfurique ou du tube rougi à la flamme, n’était plus en état de fournir des conditions sullisantes de croissance aux germes qui se trouvaient dans le liquide, fut définitivement écartée par les belles expériences de Schroder et de Dusch (1854). Ces savants firent passer Pair par des filtres de ouate et arrivèrent au même résultat.
Lorsque les principes pour toute la technique de la stérilisation furent ainsi établis, ces études acquirent un développement considérable et trouvèrent une vaste application tant en science qu’en pratique, grâce à Pasteur en particulier et à d’autres savants éminents qui s’y sont voués plus tard.
/. — Stérilisation d’objets en verre et en métal.
La stérilisation proprement dite doit toujours être précédée d’un nettoyage complet mécanique et quelquefois même chimique. Les objets dont on se sert journellement au laboratoire, tels que les spatules, les aiguilles, les fils de platine, etc. , se chauffent directement dans la flamme, après quoi on les laisse refroidir dans un endroit exempt de germes. 11 y a cependant beaucoup d’appareils qui ne supportent pas ce traitement ; ceux-ci doivent alors être stérilisés soit par voie humide, en les faisant cuire dans de la vapeur d’eau ou au bain-marie, soit dans l’air sec, au moyen de fours à stérilisation spécialement destinés à cet usage, où ils sont chauffés pendant une ou deux heures à 150“ G. Les objets peuvent, selon leur nature, être placés ■directement dans le four à stérilisation, ou bien doivent être enveloppés dans du papier. Les orifices des ballons
sont munis de tampons de ouate, que l'on recouvre souvent de plusieurs feuilles de papier à filtrer.
2. — St 'riiisatio)i des liquides nourriciers el milieux nourriciers solides.
Les liquides nourriciers peuvent être stérilisés par filtration ou par chaulTage. La filtration odre l’avantage de faire subir aux liquides moins de transformations que le chaullage, de sorte qu’ils se prêtent mieux au développement de beaucoup d’espèces de microorganismes. Foulque les filtres remplissent leur but, il faut que leur pores soient donc plus petits que les plus petits microorganismes. On a employé dans ce but du plâtre, de l’asbeste, du charbon et de l’argile cuite^en faisant passer par pression ou par aspiration les liquides à travers d’épaisses couches de ces matières. Le modèle dont on se sert le plus, est le filtre en porcelaine de Cbamberland. 11 demande cependant à être nettoyé fréquemment à sa surface et à être souvent stérilisé par le chaullage, car on a observé que les bactéries pouvaient finalement croître par les pores (')•
(1) Dans les dernières années, le filtrage de la bière s’est beaucoup répandu dans les brasseries; comme matière filtrante, on emploie le papier, la cellulose, l'asbeste, etc. Si parfois on a l'avantage de débarrasser un liquide, d'ailleurs sain, de sécrétions de toute sorte et de le rendre limpide, il est incontestable <iue par l'emploi irrélléchi de la fdti-ation, on s'expose à de grands dangeis. ce qui a été directement prouvé par les expériences de Tbausing, Wichmann, Heinke et d'autres. Quand les filtres ne sont pas assez ellicaces, il arrive facileioent qu’ils ne retiennent que les cellules de levure, mais {ju'ils laissent passer les bactéries ; ces dernières peuvent alors agir d'anlant plus énergiquement sur le liquide Un antre grand danger est que le filtre i)cut devenir, par suite d'un nettoyage insullisant, un foyer de germes les plus variés. (|iii intectcmt la bière passant au travers. Lorsqu un seul foudre d’un chantier est infecté, et qu’après la filtration de cette bière le filtre n’est pas vraiment stérilisé, on transmettra la maladie à toute la bière filtrée ensuite.
IG LKS MICKOORGANISMKS DE LA FEIUMENTATIÜN.
Les liquides et les milieux nourriciers solides sont, dans la plupart des cas, stérilisés par le cli(niffa(j.\ La manière dont cela doit se faire et la durée de l’action des températures élevées dépendent de la nature du milieu qui est à stériliser. On peut employer l’ébullition directe dans le bain de sable, comme par exemple pour la stérilisation du moût de bière dans le ballon de Pasteur, ou bien le bain-marie. Un moyen de stérilisation excellent pour cet usage est la vapeur d’eau, soit à üétat de courant sans pression, soit sous pression (110-120' G.), en employant la marmite de Papin {autoclave). Pour le refroidissement, il faut prendre les précautions nécessaires, afin qu’il n’y ait que de l’air absolument pur qui rentre dans le récipient sur la substance stérilisée. Cela s’obtient en filtrant l’air rentrant à travers de la ouate ou à travers de tubes plusieurs fois recourbés, si l’aspiration se fait lentement et avec, peu de force (').
Les gélatines nourricières en particulier demandent à être traitées avec beaucoup de prudence, car elles perdent facilement, sous l’inlluence d’une chaleur trop forte ou trop prolongée, leur faculté de gélatinisation.
Si la substance à stériliser ne supporte pas la tempéra-
(1) Par l’opération dite de la paslniris'ition de la bière, on ne veut ordinairement atteindre qu’une stérilisation relative, c’està-dire (|ue l'on cherche, en traitant avec précaution la hière à de hautes températures, à entraver les cellules de levure de manière à ce que leur ])ouvoir reproducl.it et leur action fei’mentescihle soient réduits à très peu de chose. Ce n’est que pour les transports lointains que l’on cherche h tuer dans la hière tous les germes vivants. On ne peut donner de règles générales pour un traitement de ce genre. La méthode exacte dépend autant de la composition du liquide (juc des qualités de la levure, et il faut par conséquent toujours faire des expériences ])réalahles, non-seulement sur la hauteur de la température à a])pliquer, mais aussi sur le temps qui est nécessaire pour qu elle produise son action.