XVI INTRODUCTION
tiens des évèques , dont le mode a souvent varié ; à Tépoque qui fait l'objet de cette étude , la mission était habituellement donnée à l'évèque par le métropolitain , au métropolitain par le Pape. Le Pape, n'ayant point de supérieur, entre en possession de sa juridiction du jour de son élection.
Si la juridiction est séparable de Tordre, il faut néanmoins se garder de croire qu'elle en soit indépendante. La juridiction épiscopale suppose l'existence du pouvoir d'ordre chez celui qui l'exerce ; aussi l'évèque élu est-il tenu de se faire consacrer dans un délai de trois mois. D'un autre côté, par une application des règles antiques de l'Église, les pouvoirs de Tordre épiscopal ne peuvent être conférés qu'à un évoque destiné à exercer la juridiction sur une église particulière. Cette règle souffre des exceptions, depuis que l'usage s'est introduit de créer des évêques inpartibtts, dont l'église n'a qu'une existence nominale, et qui, par conséquent, n'ont que les pouvoirs d'ordre, sans qu'ils puissent exercer de juridiction. Toutefois, le titre même de Tévèque m partibus marque le soin que Ton prend de ne pas heurter de front la règle générale du droit, qui défend les ordinations vagues.
On se ferait une idée incomplète de Tévèque dans la France du moyen âge , si Ton ne voyait en lui que le chef de la société religieuse : en général, Tévèque tient un rang élevé dans la société civile. C'est, le plus souvent, un seigneur féodal, dont la mense épiscopale constitue la seigneurie : dans ce domaine, Tévèque jouit des droits seigneuriaux et est tenu des devoirs de
INTRODUCTION. IVII
tout possesseur de fief. « L'évèque avait des vassaux qui tenaient de lui les biens de son église, et ces biens formaient, par rapport à celle-ci, de véritables arrièrefiefs ^ » Ces vassaux devaient à Tévéque rbommage, la fidélité et les services féodaux; en outre, Tévéque exerçait dans ses domaines les droits de baute ou basse justice , qui lui appartenaient en vertu des titres et de la coutume. Cette juridiction féodale se distingue nettement de la juridiction spirituelle et n'est nullement essentielle à la dignité éptscopale. Souvent, l'évèque se faisait représenter, pour l'accomplissement de ses obligations féodales, par un seigneur qui remplissait pour lui les services d'ost, de chevauchée et de plaid ; c'était le vidame, à qui incombait spécialement le soin de défendre contre toute attaque les domaines temporels de l'Église.
L'évèque n'a point, dans son diocèse, un pouvoir absolu ; auprès de lui la législation ecclésiastique place une assemblée dont il doit prendre le conseil , et des auxiliaires qui, chargés de le seconder dans l'action, gardent une grande part d'initiative : je veux parler du chapitre, qui assiste l'évèque dans la délibération, et des archidiacres et archiprètres , ses auxiliaires dans l'exécution.
^ GoÉRÀRD, Introduction au Cartulaire de Notre-Dame de Paris, I, p. Lxxm.