Ibid., p
positive comporte donc, après l'enseignement de la physiologie, celui des sciences qui procurent les « connaissances » nécessaires au commerçant, à l'industriel, à l'agriculteur, c'est-à-dire les mathématiques, la géométrie, la mécanique, la physique, la chimie, l'astronomie, la géologie, la biologie, l'économie politique.
L'homme cependant, lorsqu'il a assuré sa conservation et pourvu à sa subsistance n'a pas satisfait tous ses besoins. Comme il n'est pas fait pour vivre seul, comme l'instinct de perpétuer sa race le pousse à fonder une famille, il faut qu'il soit préparé à bien remplir sa fonction paternelle. Or, la science seule peut l'y préparer. « Il est indispensable de connaître les premiers principes de la physiologie et les vérités élémentaires de la psychologie, si l'on veut élever convenablement les enfants! ». Ainsi la psychologie fait logiquement partie d'un plan d’études utilitaire.
Mais la famille ne doit pas absorber toute l’activité de l'homme. L'homme est aussi membre d'une société, citoyen d'un État. C'est dire qu'il a une fonction sociale et politique à remplir. Pour qu'il la puisse bien remplir, la première condition est qu'il connaisse les lois qui régissent les sociétés et les régimes politiques. Or, «tous les phénomènes sociaux sont les phénomènes de la vie; les manifestations les plus complexes de la vie doivent se conformer aux lois de la vie et ne peuvent être comprises que par ceux qui connaissent ces lois? ». Ces lois, ce n'est pas l'histoire — du moins l'histoire réduite à l'exposé des faits — qui les peut enseigner; c'est la science sociologique avec ses « deux interprètes
1.H. Spencer, De l'Éducation intellectuelle, morale et physique, p.50. 2. Ibid., p. 59.
LA PÉDAGOGIE UTILITAIRE 125 indispensables, la biologie et la psychologie‘ ». Ajoutons en conséquence la sociologie à notre programme.
Voilà donc que, grâce à la science, l'individu a été mis en mesure de pourvoir à la conservation et à l'entretien de sa vie; il a été rendu capable de bien remplir ses fonctions de père et de citoyen. Nous avons le droit maintenant de songer à ses jouissances esthétiques. Ces Jouissances remplissent agréablement les heures de loisir; or, le loisir et le repos sont nécessaires à l’homme. On peut donc affirmer que les jouissances poétiques et artistiques sont utiles, quoique bien après les soins du corps, la pratique d'un métier, les occupations du chef de famille et du citoyen. Une éducation utilitaire, pour être complète, doit mettre l'homme à même de jouir de la beauté dans la nature, dans les lettres et les arts. Mais qui pourra le mieux préparer l'âme aux émotions esthétiques, affiner et élargir le goût? Spencer répond : c’est encore la science. Dans une argumentation très paradoxale — et sur laquelle nous n'insisterons pas — il entreprend de prouver que l’art, « étant représentatif des phénomènes objectifs et subjectifs », ne peut avoir de valeur que dans la mesure où il est conforme aux lois de ces phénomènes et que, par conséquent, soit qu'il s'agisse de créer l'œuvre d'art, soit qu'il s'agisse de la comprendre et de la goûter, il faut préalablement avoir étudié ces lois, c'est-à-dire avoir reçu une éducation scientifique. « La science est nécessaire, non seulement pour produire, mais pour apprécier les œuvres d'art ? ».
1. H. Spencer, De l'Éducation intellectuelle, morale el physique,