‹ Les principes de L'Enseignement libéral dans leur application à la question de l'Enseignement secondaireChapitre 58 sur 73 · L'expression est de M. de Mun · texte numérisé non relu

L'expression est de M. de Mun

d'en combattre aucune, sauf celles qui prêchent l’asservissement des corps ou des âmes. Il ne lui est permis de peser en rien sur les consciences, tant qu'elles n'oppriment pas d'autres consciences, — pas plus sur celles de ses fonctionnaires que sur celles des autres citoyens. À plus forte raison, ceux de ces fonctionnaires à qui sont confiés l'esprit et l'âme de la jeunesse ont-ils droit au respect absolu de leur liberté. Ils y ont droit à un double titre, d'abord en tant que citoyens, ensuite en tant qu'éducateurs des consciences. Que l'État oblige les maîtres à enseigner, contre leur conviction intime, une doctrine officielle, ou qu'il leur interdise d'enseigner certaines autres doctrines, qu'il déclare subversives ou rétrogrades, mais que les maîtres, en leur âme et conscience, jugent justes et saines, dans les deux cas l'État viole leur liberté; dans les deux cas il leur ôte le pouvoir de remplir leur mission éducatrice. Chaque maître, dans le choix des doctrines qu'il professe, ne doit avoir d'autre guide que sa conscience. Chacun est libre d'enseigner ce qu'il croit devoir enseigner. La liberté de l'enseignement, tel est le premier article de l'enseignement libéral.

Y songez-vous, vont s’écrier les jaloux défenseurs de la neutralité? Notre Enseignement secondaire peut à peine lutter contre la concurrence de l'enseignement libre. Déjà les familles se défient de l'Université. La population des lycées et des collèges diminue‘. Que sera-ce si vous soustrayez les maîtres à la surveillance de l'État, si vous les abandonnez à leur propre inspiration, si

1. Pour les chiffres exacts, cf. Ribot, La Réforme de l'Enseignement secondaire, ch. x1. é

vous autorisez l’enseignement, dans nos classes, de toutes les doctrines morales, philosophiques, sociales? Vous allez dépeupler les lycées, ruiner l'Université.

Certes, on ne peut nier que la concurrence des établissements privés ne pèse d'un poids très lourd sur l'enseignement des lycées et ne l'oblige à des ménagements et à de la prudence. C'est un fait que — pour des raisons dont toutes d’ailleurs ne sont pas également respectables — une bonne part des familles fait à l'Université un grief de ne pas se départir de sa neutralité en faveur de certaines croyances auxquelles, sans y être toujours vraiment attachées, elles accordent un grand prix.

Croit-on cependant arriver, par le moyen d’une neutralité qui énerve l’enseignement, à endormir les défiances ombrageuses des familles? Une telle tactique ne semble pas avoir ramené beaucoup d'élèves à nos lycées. L'expérience même la condamne.

La vérité, c'est qu'aucune « neutralité », aucun ménagement ne saurait avoir raison du parti-pris de ceux qui confient leurs fils aux établissements privés. Les uns ne voient dans cette neutralité qu’un piège grossier et soutiennent qu’en fait elle n’est pas et ne peut pas être observée *?. Les autres, plus hostiles encore, refuseraient une neutralité même absolue, et n'admettent qu'un enseignement catholique, tel qu'il existait sous le second Empire. Tous sont, en dépit des avances faites, irréductibles.

1. Voir toutes les précautions que Marion recommande, sur ce point, aux professeurs des lycées. L'Éducation dans l'Université, p. 113 et suiv.

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