‹ Les Rentes Viagères Servies par les Compagnies d'AssurancesChapitre 6 sur 54 · RENTES CONSTITUÉES SUR UNE SEULE JÊTE · texte numérisé non relu

RENTES CONSTITUÉES SUR UNE SEULE JÊTE

Paul a soixante-dix ans ; il ne peut plus travailler, et doit vivre de ses rentes. Mais son capital est modeste, et les placements sûrs rapportent peu. Paul est célibataire; il a peut-être des héritiers collatéraux qui attendent, plus ou moins patiemment, son héritage ; mais il aime mieux tromper leur attente que réclamer leur assistance. Il place sa fortune « en viager » : ses fonds vont lui rapporter non pas trois, mais douze pour cent d'intérêts. Il se procure ainsi pour ses dernières années l’aisance, presque la richesse. C'est la rente viagère sous sa forme primitive et souvent égoiste : rente viagère constituée sur une seule tête, celle du constituant, au profit d’une seule personne, ce même constituant.

Jacques est mort. Jusqu'à ses derniers moments, il a été soigné par un serviteur fidèle, à qui les héritiers du défunt veulent, reconnaissants, constituer une rente via-

gère de mille francs. Ils peuvent, à la vérité, se contenter

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de lui remettre annuellement cette somme de mille francs soit de la main à la main, soit par l'entremise de leur notaire. Mais ils peuvent aussi, s'adressant à une Compagnie d'assurances, constituer, sur la tête et au profit de celui qu'ils veulent gratifier, une rente viagère de mille francs. Et cette combinaison, aléatoire sans doute, leur offre des chances sérieuses de bénéfice, si le rentier est de bonne santé. Supposons que cet homme ait cinquante ans. À cet âge, d'après Deparcieux, la vie probable est de 21 ans. Mais l'âge de 71 ans, pour un homme bien portant, qui mène une vie tranquille, n’est point inaccessible et peut être de beaucoup dépassé. Le contrat passé avec la Compagnie deviendra très avantageux pour les héritiers de Paul, si le rentier vit très vieux, puisque le capital constitutif est calculé d’après le temps que les tables de mortalité donnent à vivre aux rentiers de 50 ans. Ces héritiers peuvent en outre, de cette façon, savoir exactement, dès l’ouverture de la succession, à combien se montera leur charge, et éviter d'immobiliser un capital considérable pour garantir le service de la rente. Enfin, ce procédé inspirera aux constituants, à l'égard du rentier, un votum vilæ, au lieu du fameux votum mortis, ce qui, moralement, n’est peut-être pas négligeable. Et voilà une seconde forme de rente viagère, libérale, et non plus égoiste, constituée sur la tête et au profit d'un autre que le constituant.

Voici maintenant Pierre. S'iln'avait à subvenir qu'à ses propres besoins, il pourrait se contenter de ses revenus. Mais il a à sa charge une sœur, incapable de gagner sa vie, et qui menace de vivre fort longtemps. Pierre vient de toucher un gros capital : l’idée lui vient d’en placer une

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