‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 130 sur 238 · Ed. 1060(1090): bouesse · texte numérisé non relu

Ed. 1060(1090): bouesse

.H. Ed. lOOo : Ballandcr ; 1O90 (1700): Ballander.

LE JARGON DE L ARGOT REFORME 2a"

Les Convertis.

Les Convertis sont ceux qui changent de religion (je n'cnlends icy parler de ceux qui véritablement pour le repos et iranquillité de leurs consciences se convertissent, sans fraude ne dissimulation). Je veux donc rouscailler de ceux qui feignent se convertir pour la truche. Quand ils sont en quelque vergue, où il y a quelque excellent prédicateur, ils bient le trouver et lui rouscaillent ainsi : « Mon père, je suis de la religion et tous mes parens aussi. J'ai ouy quelqu'une de vos prédications qui m'ont touché, je voudrois que vous 3^ m'eussiez un peu esclaircy ». Alors il se passe deux ou trois luysans en conférence, puis il faut faire profession de Foy en public, puis sept ou huict luysants durant ils se tiennent aux lourdes des Entitles, et rouscaille (sic) ainsi : « Messieurs et Dames, n'oubliez pas ce jeune homme qui s'est converti à la Foy Catholique', Vpostoliqueet Romaine. »> Le Havre sçait comment il gresle en leur comble, car il n'est pas myon de chenastre

I. La pîirasc : « ce jeune homme qui s'est converti à... » manque aux édilions de lOGo et i()9o.

I/édilion de i(i(>o (i()on) intercale ici le passage suivant : u Mais il y en eut un qui lut bien affûté pensant avoir deux lucques, <ar il perdit la plus chenastre; c'cstoit un Hollaudois, qui, estant venu en nostre Verfîne, sainctemenl ou vrrilablement se voulut convertir, il bia trouver un chenastre cornet d'espice et rouscailla à seziere qu'il vouloit ([uitler la religion prcteuduo pour attrimcr la Catholique. Le chenastre patron le récent charitablement, et l'interrogea par plusieurs luysans dont un entre les autres il demanda à seziere s'il n'avoit pas ([uelque lucque de son babillard, il respondit que si et mit la louche en sa felouze et en tira une, et la fiche au cornet d'espice pour la mouchailler, et quelques luysans après qu'il eut aquigé j)rofe5sion de foy, il demanda sa lucque au patron, q\ii rouscailla à seziere (pi'il l'avoit aquigée rifoder. Le Havre srait combien ce Hollaudois fut fasché, car me rencontrant, il me rouscailla : Ha, Pillier, (pie gilre esté affuré gourdement, car ce cornet d'espice a rifodé ma lucque où estoient les armoiries de la Vergne d'Amsterdam en Hollande, j'y perds plus de cinquante grains de rente. »

2 28 DOCUMENTS JARGONNESQUES

mère qui ne leur fiche la thune. Puis ils sont soigneux de tirer une lucque ou certificat de celuy qui les a receus, en après ils s'enquestent où demeure quelque marpaut pieux et rupines et marchandieres dévotes, qu'ils bient trouver dans leurs creux, déclarent leurs nécessitez. Alors ces chenastres personnes, rifodez de l'amour du Havre et fors joyeux de cette conversion, leurs foncent de très chenastres thunes, et c'est la plus chenastre truche de toutime l'Argot. Et s'ils afïurent ainsi les Catholiques, ils en font de mesmes aux Huguenots ; car il y en a qui trolle de deux sortes de lucques, les unes pour ficher aux Ratichons dans les Entonnes, et les autres aux Babillards ou Anciens de la prétendue [religion], 33 qui leur fouque de grosse thune. Je les dis pour en avoir assisté quelques uns où j'ay esté alTuré gourdement^ Ceux là sont les mignons du grand Coesre, et ne fichent que froutiere.

Les Drilles ou JSarqiiois.

Drilles ou Narquois sont les Soldats qui truchent la llambc sous le bras, et battent en ruine les Entifles et tous les creux des Yergnes, ils peaussent dans les piolles, morfient, pictent si gourdement que toutime en bourdonne, lis ont faict banqueroute au grand Coesre, et ne veulent plus estre ses subjects, ni le recognoistre, ce qui est une grande perte et a beaucoup ébranlé l'Estat de cette Monarchie Argotique.

Une autre chose qui a beaucoup gasté, et presque renversé toute la Monarchie, c'est que tous ceux du Doublage, les Casseurs de hane, les Rabattetix, les Sabricux et autres Doubleux du serment de la petite flambe, ne pouvant vivre de leurs estais, et d'autre part mouchaillants les Argotiers avoir toujours de quoy morfier, voulurent lier le doublage avec l'Argot, c'est en un mot joindre les larrons avec ceux qui mandient leur vie, à quoy s'opposèrent les honorables Archi-

.1. Lfi phrase : « où j'ai esté affuré gourdement... » manque aux éditions de iGi6o et 1O90,.

LE JARGO\ DE L ARGOT REFORME o^2Ç)

supposls et les (bagous, ne voulant pas permettre un si grand niallieur. Mais en ont esté contraints d'admettre les susdits doubleux en la Monarchie, excepté les Sabrieux qu'on n'a pas voulu recevoir, tellement que pour estre parfait Argotier, il faut sçavoir le jargon des Blesches ou Merciers, la truchc comme les Gueux, et la subtilité des Coupeurs de bources.

Vpres que les anciens Argotiers ont rendu compte de leurs vacations, les nouveaux venus s'approchent et fichent cinq ronds en la saliverne, puis on leur fait fiiire le serment en cette sorte.

Premièrement, ils mettent un bout de leur sabre ou baston en la dure, puis on leur faict lever la louche gauche, et non la droicle, pour ce qu'ils disent que c'est une erreur de Cour, puis ils rouscaillent en cette manière : faltrime au passcUgonr <lii foui '.

Vpres on leur faict promettre et jurer de rendre obéissance au (^agou de leur Province, auquel ils sont baillez en charge pour leur apprendre les tours du mestier.

Or cependant que l'on interroge les susdits Argotiers, les> 35 Marquises du grand Coesre, et des Cagous, ont soing d'allumer le rifle et faire rifoder la criolle ; car chacun fiche son morceau, les uns fichent une courbe de morne, les autres un morceau de cornant, les autres un morceau de roLïastre,'les autres une echignée de bacon, les autres des ornies et ornichons. Tellement que quand toutes leurs bribes '^ sont assemblées, ils ont de quoy faire un chenastre banquet avec des roiïillardes pleines de pivoys, et du plus chenastre qu'on puisse trouver, puis ils morphient et pictent si gourdement que toutime en bourdonne.

Apres que les Estais sont finis, chacun se départ et les Cagous bient en la Province qui leur a esté ordonnée, et emmènent avec sezailles leurs apprentifs pour les apprendre.

I. K(l. 1 ()Go (1 (jijo) : J'attr Une au tripeligour, puis de recheî : j' at- Irinie au passeligour du tout.

■>.. Ed. i6go (1700): Pièces.

aSo DOCUME?iïS JARC.ONNESQUES

et exercer en l'Argot. Et premièrement leur enseignant à aquigcr de l'amadoue de plusieurs sortes, l'une avec de l'herbe qu'on nomme Esclaire^, pour servir aux Francs mitoux ; l'autre avec du coulans et du sang, et un peu de grenue, pour servir aux Malingreux et Piettres.

Apres leur enseignent à aquigcr de certaine graisse pour

36 empescher que les habins ne leur grondent et ne mènent du bruicl quand ils passent par les villages. Ils troUent cette graisse en leurs guellards dans une corne, et quand les chiens la sentent ils ne disent mot, au contraire font chère * à ceux qui la trollcnt.

En après leur apprennent à faire dix mille tours, comme Je rapporte le Docteur Fouretle -^ en son livre de la vie des Gueux, où il raconte plusieurs histoires entre lesquelles est celle cy.

11 y avoit en un certain tourniquet un Gripis qui ne lîchoit jamais que frontière aux bons pauvres. Le Cagou du Pasguellin^' d'Anjou enlreprins de se venger et luy jouer quelque tour chenastre, et pour y parvenir, approchant du tourniqueU il divise sa troupe en deux, et faict trimarder la moilié par derrière le creux, et l'autre par le devant, qui bient demander la thune à la lourde du Gripis, puis aquigent une querelle d'Allemant, et ils s'entrebattent ensemble ; le Gripis sort avec sa Marquise et sa Cambrouse pour mouchailler les Argotiers se battre, et cependant les autres qui estoient par derrière entrent dans le creux, doublent de la grenue, delà batloiize,

37 des limes, de larde'' et autre chose, et puis après tout doucement happe (sic) le taillis, et bient attendre ceux qui se baltoient sur le grand Irimard.

Ils racontent encore plusieurs histoires, comme celle d\\n

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