I. Ed. i6Go(iGgo): Viens
LE JARGON DE l' ARGOT REFORMÉ 3 3b
Puis aussi les Orphelins,
Trouvant des picoures tlories, ^«i'
Enlrollent souvent des inirquins.
Ou quelque lime jollio :
Pour attrapper quelques rabots.
Vive les enfans de la Truclie !
\i\e les cntans de l'Argot !
Suivent après les Malingreux,
Et les llifode/ (jui truclie.
Les Marcandiers avec eux,
El ont chacun une Lucque :
Ce qui leur est d'un grand rapport.
Vivo les enfans de la Truche !
Vive les enfans de l'Argot!
Les Hubins, les Goquillards Et Sabouleuit triment ensemble.
Mais ces coquins de Millards Ne veulent suivre la bande :
Ayment mieux basourdir les gaux.
Vive les enfans de la Truche!
Vive les enfans de l'yVrgol !
Reste encore les Cappons**,
Et les Francs mi tous qui tremble.
Les Piettres et les Polissons,
Et les Courtauts de Houtanchc,
Les Convertis et les Callos.
Vive les enfans de la Truche !
Vive les enfants de l'Argot !
Leurs plus cruels ennemis,
Oui les mettent en grand peine, 4 1
Leur font happer le taillis,
Ambier à perte d'haleine :
Ce sont les Sacres et les Roûauts.
Vive les enfans de la Truche !
Vive les enfans de l'Argot !
{}. Ed. 1690(1700): Chappons.
ri 36 DOCUMENTS JARGONNESQLES
Le grand Havre il faut prier.
Qu'il conserve tons ces pauvres ; Qui les voudra offencer, Que le Glier les entrolle, Ceux qui troubleront leur repos.
Vive les enfans de la ïruche !
Vive les enfans de rArffot !
Chanson nouvelle^.
Sur l'air : Ministre de Mosle...
Rupins et Rupines, Marpaut et Marquise, Rupins et Rupines, Marpaut et Marquise, Et les Marques et les M ion s, Entervez une chanson De ces enfants de la Truche, Qui sont chenastres Mions.
Pour raconter l'ordre.
Rouscaillons Bigorne ; Pour raconter l'ordre, /j5 Rouscaillons Bigorne :
Qui enterve, le sçaura, A part seziere en rira ; Mais les Rupins de la vergne Ne sont dignes de cela.
Les premiers en liste Sont appeliez Drilles, Les Orphelins suivent Qui truche aux Entifle, La llambe dessous les bras.
Battent en ruine haut et bas Par tous les creux de ces vergues Et dessus les grands ïrimards.
I. Ed. iG6o et 1O90 ajoutent : A la louange des Argotiers et Truche urs.
LE JARGON DE l'aRGOT REFORMÉ 237
Les Marcandiers marche,
Aux costcz la liano ; • Les Marcandiers marche,
Aux coslez la hane.
Rupine veille ficher A ces pauvres Marcandiers, Qui aux jrrandes forests des piolles Ont estez dévalisez.
» Les Millards ensuivent.
Qui ont des Ponifles;
Les Millards ensuivent.
Oui fmt des Ponilles.
Sur l'andosse à (jui font troller L'empave pour leur peausser.
Qui estendu sur la frétille.
S'en vont dessus roupiller. iç.
Aussi les Malingres
Font si tristes mines;
Aussi les Malingres
Font si triste mine.
Appuiez sur un baston. Vont demandant du michon; Mais quand ils sont dans les piolles, Ils morfient bien rornichon.
Mais, ô quelle angoisse.
C'est quand le gris boisse !
Mais, ô quelle angoisse,
C'est quand le gris boisse !
Pour les Piettres et les Cappons, Et les pauvres Polissons, Qui n'ont pas frusquin qui vaille Pour mieux attrimer le rond.
Puis ceux du Doublage,
Les Casseurs de Hane,
Puis ceux du Doublage,
Les Casseurs de Hane, Feroient les meilleurs butins,, Si ce n'estoient les Roûins, Qui leur fait ficher la tappe, Quand quelqu'un il en a prins.
2iS8 DOCUMENTS JARGONNESQUES
Chanson de V Argot.
Propre à danser, sur le chant : Donne nous, donne fions, etc.
-47 Entervez, Marques et Mions,
J'ayme la crouste de parfonds :
La vie des Argotichons.
J'ayme l'artie, j'ayme la pie, J'ayme la crouste de parfonds.
Au matin quand nous levons, J'ayme la crouste de parfonds :
Dans les Entonnes trimardons.
J'ayme l'artie, j'ayme la pie, etc.
Ou au creux de ces Raticlions, J'ayms la crouste de parfonds :
Nos Lucques leur présentons.
J'ayme l'artie, j'aymj la pie, etc.
Puis dans les Boullcs et Eremions, J'ayme la crouste de parfonds :
Cassons des hancs si pouvons.
J'ayme Partie, j'ayme la pie, etc.
Puis qu'en avons force michon, J'ayme la crouste de parfonds :
Dans les piolles le despensons.
J'ayme l'artie, j'ayme la pie, etc.
Aussi au soir quand arrivons, 48 J'ayme la crouste de parfonds :
Dans le Castus où nous peaussons.
J'ayme Partie, j'ayme la pie, etc.
Les barbaudiers sont Erancillons, J'ayme la crouste de parfonds :
Font rifoder nos ornichons.
J'ayme l'artie, j'ayme la pie, etc.
Puis leurs Marquises et leurs myons, J'ayme la crouste de parfonds :
Tous ensemble les morfions.
J'ayme l'artie, j'ayme la pie, J'ayme la crouste de parfonds.
LE JAR(;0\ DE I, ARGOT REFORME 33
Le Malingreux,
Certes, Fanandel, lu m'as grandement consolé, si tu veux trimer de compagnie avec meziere, nouzailleaquigerons grand chère, je sçay bien aquiger des Lucques, esgrailler l'ornie, casser la hane aux Fremions, puis epouffer la Foucaudrie si quelque Uouault mouchaiile.
Le Polisson.
Ha 1 le Havre garde meziere, jamais je ne fus sorgueux ni donblotix'.
Le Malingrelx.
As lu peaussé avec seziere ?
Le Polisson.
.l'aymorois mieux que le (Hier l'cust entroUée que d'y avoir 49 poaussé, j'aurois peur d'estre baudrier.
Le Malingrelx.
Qui a peur des fueilles ne faut pas trimer au sabre ; mais changeons de discours, as lu jamais esté en drogue en ce pasquelin deBerry? y fait il chenastre comme l'on dit?
j. L'édition de iGGo intercale ici les deux pages suivantes : Le Malingrei X.
Ne meziere non plus, je rouscaille tous les luysans au grand Havre l'oraison qui suit :
Oraison cl prière de l'Ange.
O grand Havre, combien que les Marpauts de la dure ne soyent que lloutiere au regard de teziere, noanlmoins meziere, pajivro chetit Argotier, recognoissant que mon morfiage toutime vient de ta louche sacrée et liberalle, j'ose prendre la hardiesse, prosterné aux pasturons de ta grandeur, de te remercier humblement de m'avoir fouqué la morte jusques à présent, en après je te demande pardon de tous les maux que j'ay aquigez contre tes divins commandements, soit en doublage ou autrement et te supplie hvimblement de recomj)enser ceux à qui j'ay dout)lé ([uelque chose et ceux qui m'ont fiché du niichon ou de l'artie. O clienastre Jésus, vray Havre et Marpaut, garde mon amc du glier infernal, et uion pauvre corps de tomber
2^0 DOCUMENTS J ARGONNESQUES
Le Polisson.
Jaspin, car quand on trime demander la thune, l'on ne s'amuse pas à attendre à la lourde, on entre hardiment dans le creux, puis on leur rouscaille : « Mon màistre, nous sommes icy deux ou trois pauvres qui n'avons aucune commodité, donnez nous quelque chose pour vivre. » Quelques uns respondent : « Messieurs, Dieu vous contente, je ne sçaurois que donner». On leur réplique : « Hé, pcrc, faictes nous présent de
entre les louches du Roviin, craignant qu'il me fit espouser la veufve en Tabbaye de Monte à regret ou ficher le bouy ou la tape par quelque {sic) O Dabuche de l'Univers, vueillez inciter les Rupins et Marcandiers de me ficher mes nécessitez, afin que je ne sois réduit par une trop grande pauvreté à estre myon de boule pour casser les hanes, ou attrimer quelque chose. O patron céleste, je vous demande ces grâces toutimes, par le mérite infîny de la Cosne de vostre sacré Myon. Amen !
Le Polisso>.
Voilà une oraison qui est chenastre, mais trimons gourdement de peur que l'on ne bride les lourdes de la Vergne, car la sorgue approche, attrapons la piolle.
Le Malingreux.
Y a il une cambrouze en la piolle, fanandel ?
Le Polisson.
.laspin, et qui est gourdement chenastre aux frères, on liiy fait aquiger le signe de la croix quand elle trime en la parfonde, de peur de trouver le mauvais en atrollant du pivoye, puis si les frères ont quelque ornie, elle est morfié avec sezailles.
Le Malin'grelx.,
Elle est donc droite comme un bavige.
Le Polisson.
Gy, et s'il y a escrit contre son piaù ce qui s'ensuit : Celay qui a chenastre frusqiiin Et dans la hane le rusquin.
Aura, s'il vent michon ficher, Artie et crie pour morfier ; Pivoye chenu pour pictanclwr Et la cambrouse à son piausscr.
LE J AUGON DE l'aRGOT REFORMÉ .l^l
quelque morceau de viande ou de demie douzaine d'œufs ; si les gens de bien ne nous donnent quelque chose, nous serons contrains de faire pis. »
Quand ils cntcrvent rouscailler ainsi, s'ils ont quelque chose, ils l'enfoncent, car ils ont peur que l'on face rifoder leur creux, puis on csgraille quelque ornie, et on les troUe rifoder en un creux chez quelques pallots ; ou bien si l'on a, Irop d'ornies, on les fait rifoder dans quelque grand sasbre, et pour cela il faut troller un fusil dans le guellard, pour acquigcr du rille. lia 1 que cela est chenu, trimons y gourdement.
Le Polisson.
-Mais que devient le niichon que nouzaille fichons aux
Kstats ?
Le Malingkeux
Ha ! pauvre niyon, ce n'est pas à teziere à sçavoir toutime les secrets. Ne faut-il pas que les chefs ayent quelque chose de particulier? Je te veux pourtant rouscailler ce que meziçre en a appris. C'est qu'un luysant je trimardois avec un de nos Cagous, celuY qui fust basourdy devant la vergne de Clerac, qu'on nonnnoit le sieur de Malcspargne, faisant à sezicre la mesnie question que tu me fais maintenant, il respondit : <c Mon myon, j'espère t'aquiger Cagou aux premiers Estais, et lors lu entcrveras, et pour ce que je t'ayme, je te diray seulement que l'on en fiche une partie aux Chasses nobles des Vergues, où nouzaille sommes mal receuz, pour qui permettent que les frères puissent Truchcr et Ballader cinq ou six luysans devant qu'on les chasse dehors desdites Yergnes, et pour le reste cela est du secret de la Monarchie. Je te veux raconter une histoire qui est arrivée dans un Castu d'une petite Vergne, qui a causé le procez qui s'ensuit.
Procez d'entre Mathelin le Hechigneux et Collas le Souffreteux,
Le dix huictiesme jour de Juillet, de cette année icy ou de l'autre, au Castu d'une petite Vergne d'Anjou, se rencon-
Lcs Sources de l'Argot Ancien. 16
•A ^2 bOGUMEMS J AhGONNESQLES
trcrcnt le (^agou de Normandie avec sa Marquise, assistez dedeux Archisupposts, un Millard Mariseau, et un Narquois Tourangeau, avec une Marquise Poictevine, en morflant ensemble. Le Millard recogneut cette Marquise qui avoit este sienne, il luy rouscaille ainsi : « Hé, viens donc, ma petite Perrine, ne veux tu pas hier io ^ may ? » Elle le mouchaille d'un visage refrongné, respondant à seziere : « O chetif habin ! cbetif cohuau'^; j'aymerois mieux que tu eusse morfié do chenard,. que tu m'eusse couppé quioqui vée -^ ».
Le Millard rouscailla au Cagou : « Sur ma fa y, mon doux maistre Cagou, aquigez rendre a meziere cette Marquise ; il y a quatre ans que je Fay attrimée pour mienne et l'y avas assigné son douaire pour le moins sur trouas quarts de chenée de tearre ^ que j'avas en noustre village; mais une sorgue que j 'estions peaussez en une grenafle, comme j'y roupillas, hen piarre'' elle se levé et entrolla mon guellard et ma belle rouillarde où estoit peinct l'Entifle de sainct Joullian dou Mans ; pourquoy, mon cher Cagou, je demande à vouzaille joustice si vous piais " ».
Sur quoy le Cagou commanda à la Poictevine de rouscailler la vérité.
(( Monsieur, fîst elle, o l'est bien vray pourqueu, que iquou ' Mansea m'avet attrimée pour sa Marquise, mais il ne m'avet pas dit qui me ficheret tant de sasbre sur l'endosse, priqueuman « Cagou, il m'a tant sasbrée que j'ay esté contraincte de happer le taillis et ambier par le derrière, et comme y ou trimardois, le long de quio grond trimard, qui moine de la Vergne de Sainct Moyxant à quio grond village de Poictée, y ou advisi iquou Narquois qui basourdissoit les gaux le long