I . Ibidem : Grosse
3. Le Miliard et sa Marquise s'expriment en patois poitevin. Voici quelques éclaircissements dus à M. Henri Clouzot :
/o may (var. d may), avec moi ; quioqui, cette (plus bas : quio, ce) ; vée. voie, route ; d l'est, c'est; pourqueu, pourquoi; iquou, ce; priqueumaii (var. priquea mon), c'est pourquoi mon... ; y, je (ou peut-être explétif^; grond, grand, et moine, mène; o l'estet, c'était (j'aimerais mieux); chaine, chienne; ressiouner, déjeuner; y ou m'assisit, je m'assis: appringu, appris, dicit, dit; Ragonde, Radégonde, patronne de Poitiers.
Ajoutons : cohuau, probablement « querelleur » (cf. cohue), dont la variante cogneu signifie « celui qui cogne » ; et chenard, colchique, plante vénéneuse dite aussi « mort aux chiens. »
244 DOCUMENTS JARGONNESQUES
de la niorfier toutime au grand préjudice de la santé, pourquoy, mon généreux Cagou, il vous plaira d'ordonner en sa faveur, qu'elle biera avec celuy qu'elle trouvera le plus chenastre, sans toutefois déroger aux Lois Argotiques, ausquelles je trolle et troUeray toujours l'honneur que je leur doibs, nonobstant l'audace de quelques Narquois qui ont voulu abaisser l'authorité de cette Monarchie à laquelle je me soubmets. »
Sentence rendue par le sieur Cagou.
Philippot Coupe jarret, par l'advis des Frères et ordonnances 55 des Estais Généraux, Cagou de la Province de Normandie, après avoir mouchaillé le débat meu entre Mathelin le Rechigneux, Millard de sa condition, et Collas le Souffreteux, Narquois de condition, d'autre part : Pour le regard d'une Marquise prétendue par sezaille, et après avoir enlcrvé les raisons d'une part et d'autre, et de l'advis de nos bien amez Sylvain Torpet, Thibault Garant, qui bientonozailles :
Avons ordonné et ordonnons que ladite Marquise demeurera avec son Narquois, comme le trouvant plus chenastre, à son gré pour hier, morfier, peausser, roupiller, et aquiger le ton time qui voudront ensemble sans trouble ni empeschemeiil mesme pour les hardes que ladite Marquise a entrollé, ceux qui sont à son usage, comme les limes, son garde prois, deux mirquins de batouse toute battante, une paire de passiile tous battans, deux empave {sic), et plusieurs autres petites besongnes demeureront à seziere. Et pour les hardes à l'usage du marpaut qui estoient dans le guellard, comme un vieil georget, un haut de tire, sa belle rouillarde, sa corne à trollcr la graisse, et autre chose à son usage.
Condemnons ladite Marquise de les rendre à seziere, et, 5C pour les espices, ordonnons qu'elle foncera tout présentement deux ragots pour estre employés à la morfe pour la compagnie, sçavoir une menée de ronds pour abloquir deux parfonds à cause qu'il y a force espice, et un combrié pour ablo-
LE JARGON DE l' ARGOT REFORMÉ 2 4^
quir deux gourplines de pivoye, et trois carmes, qu'elle mesmc bicra atroller de la plus prochaine piolle, et au deffaut de ne frouvcr du pivoys, attroUera du doux beire ^ et du reste du michon quelque lopin de criolle.
Donné au Castuz et Creux du grand Havre, le soir d'une sorgue après la morfe, le jour et an que dessus.
Signé Ph. Coupe jarret.
Sylvain Torpet et Thibault Garaut, en qualité d'Archi-Supposts.
M. le Rechigneux et C. le Souffreteux.
Uagonde Trigonne, Poiclevine.
Michaut Sous d'ouvrer, greffîer et receveur de l'abbaye de S. Lasche*.