‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 144 sur 238 · I. Mlstere du Vieil Testament · texte numérisé non relu

I. Mlstere du Vieil Testament

Cette vaste compilation de la seconde moitié du XV' siècle, s'étend de la création jusqu'à Salomon. Une représentation d'ensemble en fut donnée à Abbeville en i/(58. L'édition princeps, imprimée par Pierre Le Dru pour Geoffroy de Marnef, remonte à la fin du w" siècle ; Ja plus récente est celle donnée par le baron James de Rothschild et Emile Picot, à Paris, de 1878 à 1891, en six volumes in-8".

Plusieurs pièces de ce recueil ont dû avoir une existence indépendante. Tel le Livre de Hester, qui renferme une scène comique entre le bourreau Gournay et son valet Nicet (éd. Rothschild et Picot, t. VI, p. 76 et suiv.). Leur dialogue est entremêlé de termes de jargon, dont plusieurs — tels que hefjleur, feiille, gourd, mate, pie — se ren-

contrent également dans les Ballades de Villon ; les autros

— brocant, creux, endosse, georget, grain, rond, lirandcs

— seront courants au siècle suivant.

On a souvent attribué à l'argot des ternies appartenant on propre au moyen français : tel ^aMc/f>,joyeuse (cf. gaudisscric), ou agobilles, outils, ici outils de bourreau (v. x^yi, ()G et suiv.) :

Voicy toutes mes ngohilles.

Pour besongnor abillcment :

Licol, crochctz et tranchefillcs.

Pour estranglcr soudainement.

Ce sens d' u outils )), fréquent dans l'Evangile des Quenouilles, est encore usuel dans certains patois du Xord : Picard agobilles, objets qu'on a besoin d'avoir avec soi ('Cor])let); Normand, agobilles, petits meubles sans valeur (Du Ménil).

Voici les passages essentiels de ce dialogue comique entre le bourreau et son valet (d'après l'édition Rotlischild-Picot) :

(ioURNAY.

Happe la charge

Et entonne ce ront au creux.

Mi CET.

Mon maistre, attendez se tu veux.

Que diable ! tu a vois grant haste.

Nous fierons en ceste grant maie Goiirdement : vecy chose grosse.

Page 1