‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 147 sur 238 · Mi stère de la Passion Jesu-Crist · texte numérisé non relu

Mi stère de la Passion Jesu-Crist

S(3n auteur est maître Jehan Michel qui s'y intitule « très éloquent et scientifique docteur ». Représenté à Angers en i486 et à Paris en 1^90, ce Mystère d'une trentaine de mille vers a été d'abord imprimé sans nom et sans date, puis par Antoine Vérard, en iVjQ, en in-folio

1. Cf. Nicot (i6o5) : « Caignard est un lieu à l'abri du vent, exposé au soleil, où les vauriens et fainéants s'assemblent à rien faire et estrc l(; ventre au soleil », et Pasquier, Recherches, 1. III, ch. /12 : « ()uant au mot de caignard, cela dépend d'une histoire dont je puis estre tesmoin ; de tant à ma grande jeunesse, ces fainéants avoient accoustumé au temps d'esté de se venir loger sous les ponts de Paris, garçons et garces peslc mesle et Dieu sçait quel mesnage ils faisoient ensemble. Le lieu estoit appelé le caignard . » Le caignard de l'IIôtel- Dieu a subsisté jusque vers 1860.

2. Cf. Monstrelet, t. III, f" 64 (dans Lacurne) : « Le bourreau lequel luy osta h moule de son chaperon, c'est à sravoir la teste, et puis fut escartelé. » Rabelais dit, dans le même sens, le moulle du bonnet.

gothique à deux colonnes. Le nombre des termes de jargon qu'il renferme est important, mais la plupart d'entre eux sont courants dans les monuments argotiques du w" siècle. Notons parmi les vocables nouveaux :

Marmyon, singe, pris au sens de dupe, comme, dans l'argot moderne, singe désigne le bourgeois ; dans la PrognosHcalion de Songecreiix, pièce à peu près de la même époque, le même nom s'applique au petit enfant (Montaiglon, Recueil, t. X, p. 339) :

Par les grandes conjonctions Qui se feront en mariage, Verres troter les marmions.

Tant que nul n'en vit de son aage.

SoRXE, nuit, terme qu'on lit un siècle plus tard dans Nicot (1606) : (( Sorne est le commencement de la nuict, quand l'obscurité d'icelle oste la cognoissance de ce qu'on void ». C'est primitivement un mot de jargon.

Temple, manteau, mot qu'on ne rencontrera plus que dans l'édition de 1690 du Jargon de l'Argot reformé.

Deux extraits nous intéressent particulièrement. Dans la Première journée, ce passage :

Puisqu'il ny a ne gaing ne plue.

Les dyables demourront en crue, Ja n'y brouray dessus la pleine.

Si j'eusse eu quelque paillardaille A décapiter ou à pendre, 11 y eust eu au mains a prendre Quelque endosse pour les despens.

('r fcxiillel après IJiiii).

Dans la Troisièmo journée, la scène de l'Assemblée des /yrans :

)ey vienynenl les quatre serjens de Pilale aux senjens de Anne et de Cnyphe et les autres se vont armer.

Griffon.

Dieu gard les gueux de fier plumaige!

Comme se compassent millours ?

Dragon. (Jargon.)

Estojfés, moussus, sains, drus, gours.

Br.wart.

Où brouenl ilz présent sur la sorne?

(lADIFER.

Nous allons donner sur la corne A quelque duppc.

OiULLAUT. (Jargon.)

Est il haussaire ?

Claquedent. (Jargon.)

Est il gourl ?

Malciils.

Mais mince de caire ; 11 n'a tirandes ne endosse, Aubert, temple, ne pain, ne poulce.

Le marmyon est tout à sec.

ROLLLABT.

Nous y allons tuer au bec Pour le vendeiiger a l'effray.

Griffon.

Et d^estoffe pour le deffray.

Qui en fonce ? (Jargon.)

DOGUx\iEMS LITTÉIIAIRES

Dentart.

Oui, les millours.

(Jargon.}

BtlAYART.

Son procès va donc a rebours,

S'il est griip ?

(Jargon.)

Orillart.

(Jargon.)

Devant qu'on si souUe, Les gros fonceront à la fouUe, Et force d'auber grupperon.

Claquedent.

Nous mouldrons franc, et si aron Pain en paulme pour les souldards.

Ne te laisse point vendenger.

Si tu as pain, aiibert ne plue.

(3° feuillet après Lnii.)

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