‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 153 sur 238 · L.V VIE D UN GUEUX AU XV!*" SIECLE 3Ç · texte numérisé non relu

L.V VIE D UN GUEUX AU XV!*" SIECLE 3Ç

faictes à voz loix et coustunies, neantmoins que les nostres ne soyent escrites. Il y ha davantage, c'est qu'il n'est loysible à quelc'un se vouloir immiscer de nos affaires, premier qu'il ne ayt preste le serment de non rcvcler les secrets du Conseil, et de bien et fidèlement apporter le gain g au soir, au lieu député. Lieu (possible) où le grand Seigneur ne ha sa table mieux garnie, ne de tant de sortes : et ne boit guicres plus fraiz. Le tout à heure de minuict, car le scandale est l'un des principaux poincts de nostre Religion.

Puis me disoil : Voy tu pas ces aveugles, ceux qui n'ont ligure ne forme de visage, autres les bras pendans, froissez par la foudre, qui toutesfois sont d'un pendu, et les leurs serrez contre leur corps : autres ayans les mains crochues, qui les ont à table autant droittes, que les autres : autres un jarret pendant à la ceinture, un contrefaisant le ladre, s'estant lié la gorge avec un fiUet. L'autre, qui ha brusié sa maison, portant un long parchemin que nous autres lu> avons faict, et rendu bien authentique. L'autre tombant du mal sainct Jean, qui ha la cervelle autant asseurée que toy. L'autre contrefaisant le muet retirant subtilement la langue. N'as tu veu coluN qui atîermoit le ventre et intestins luy tomber, monstrant un ventre de mouton ? et quelle pipperie est ce là ? Et celuy qui va sus deux petites tablettes, lequel estant au consistoire, faict mieux un soubresault, ou un voltigcment, que basteleur qui soit en ceste ville. Par ce moyen la rue, où nous retirons à Bourges, s'appelle In rue des Miracles, car ceux qui à la ville sont lortuz et contrefaits, sont là droits, allègres et disposts ^..

1. Ajoutons ici un extrait des chapitres qu'Ambroise Paré fit insérer dans son traité Des Monstres (1Ô73) sous le titre u Exemples de l'Artilico des meschans gueux de l'hostiere » (éd. Malgaigne, 111, /|G à 5(5):

« J'ay souvenance estant à Angers, mil cinq cens vingl cinq, qu'un meschant coquin avait coupé le bras d'un pendu, encore puant et infect, lequel il avoit attaché à son pourpoint... et cachoit son bras naturel derrière son dos.

<( L'imposture d'un certain maraut qui contrefaisoit le ladre. Ce ladre avoit certaine lisière de drap entortillée autour de son col, et par

De ma part je ne donnorois mon gaing, et autres emolumens du fief, pour cent bonnes livres tournois, barbe rase, pied ferrât. Regarde (me disoit il) ceste énorme playe en cestc jambe, ne me jugerois tu pour plus près de la mort que autrement, et ceste face est elle pasle et ternie : et toutesfois en un moment j'auray osté tout cela cl seray aussi gay et délibéré que toy : car voylà ma boette avec mes unguens, et ce pour la jambe, pour la face un peu de soulphre, accoustré; comme chascun sçait. Tant en y ha de voyageurs, les uns à sainct Claude, à sainct Meen, autres à sainct Servais, sainct Mathurin, qui ne sont aucunement malades, et ceux là envoyons pour voir le monde, pour apprendre. Par lesquelz, de ville en ville, mandons (le tout en nostre Jargon) ce que sçavons de nouveau, mes mes ce que concerne nostre faict, comme de quelque manière de faire, de nouveau inventée, pour attrapper mon noyé. Et comme tu vois, que à ces Couvents ^lonachaux se départent les I^aroisses, pour prescher : aussi avec nous se départent les Provinces, pour à certain temps, rapporter tout au commun butin. Il y ha davantage, que en nostre mestier y ha femmes tellement expertes et sçavantes, que soudain que un enfant est nay (car tous les jours en est basty (pielc'un), ilz le contrefont au tout, comme luy tourner la teste à costé, ou un pied, le faire bossu, luy apprendre à tour-

dessous son manteau, de sa main senestre se serroit la gorge, afin de se faire monter le sang à la face...

« Ce ladre Iny dit qu'il ne sçavoit mestier autre que de contrefaire ceux qui sont travaillés du mal S. Jean, S. Fiacre, S. Main...

<( Ils ont un certain jargon par lequel ils se connoissent et entendent les uns les autres, pour mieux décevoir le monde, et sous ombre de compassion, on leur donne Taumosne, qui les entretient en leur meschanceté et imposture.

« Autres feignent venir de Jérusalem, rapportans quelques bagatelles pour reliques, et les vendent aux bonnes gens de village. Autres ont une jambe pendue à leur col : autres contrefont estre aveugles, sourds, impotens, cheminans à deux potences, au demeurant botis compagnons. »

Plusieurs de ces détails se retrouvent dans le texte de du Fail, dont les Propos rustiques ont certainement été utilisés par Paré.

LA VIE d'un gueux AU XVI** SIECLE 299

ncr les yeux pour faire l'aveugle ', et ce principalciiierit au Soleil. Et penses tu qu'il me faict bon voir harenguer une povre femme de village, et que je luy en compte de belles, car si elle me a donné ou lin, ou chanvre, il me faudra du lard pour faire un cmplastre, et lors que elle sera au charnier, s'il se trouve quelque cas à part, elle n'en sentira que le vent. Je luy vendray (luelque relique, que moy mesmes ay apporté de Hierusalem, ou une image, ou quelque bagatelle...

Somme, je te dis, mon ancien voysin mon amy, que j'eslois <j:asté, si j'eusse suivy ma première vie. A tant s'en partit le (iallant, et onques puis ne l'ay veu.

1 . Lv vol d'enfaiils et leur mutilation ont été de tout temps le méfait tirs voleurs. IJoriions-nous à un seul témoignage, rapporté par lu Journa'. d'un bourgeois de Paris du \v° siècle (éd. Tuctey) sous l'année i/|/i8 : « En oc temps furent prins caymens, larrons et murtriers, lesquels par jehaine ou autrement confessèrent avoir emt>lé (Mifens, à l'iui avoir crevé les yeulx, à autres avoir coppé les jambes, auv autres les piez et autres maulx assez et trop. Kt estoient femmes avec ces murtriers pour mieulx décevoir les pères et les mères et les enfens, et demouroient comme logez es hostels III. ou IV. jours, et ([uant ilz veoient leur point, en plein marché, païs ou ailleurs, ilz embloient ainsi les enfens et les martiroient comme devant est dit. »

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