‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 154 sur 238 · III. — Un sonnet narquois · texte numérisé non relu

III. — Un sonnet narquois

Dans les Premières Œuvres poétiques du capitaine Las phrise, on trouve un a Sonnet en authentique langage soudardant », qui est à peu près le seul monument du jargon des narquois, c'est-à-dire des gueux à la fois soldats et mendiants.

Voici quelques textes sur l'hislorique de ce nom de \ar(juois (déformation argotique d'Archer), en dehors du jargon.

Tabourot, dans ses Escraig nés Dijonnoises (r582), l'applique à un revendeur ambulant (p. 27) : <( Ce bonhomme fut apperceu par un grand desgousté narquois ... qui le congnoissoit à sa physionomie propre à cstre denyaisé. »

La première édition du Dictionnaire de F Académie (iG^{\) lui donne une place : a On dit parler narquois pour dire parler un certain jargon, un certain langage qui n'est entendu que de ceux qui sont d'intelligence d'ensemble pour tromper quelqu'un. — \arquois, oise. Trompeur fin et subtil : c'est un narquois. »

La Monnoye l'explique dans ses Noëls bourguignons (1700) : « Narquois. On entend par ce mot un trompeur, un filou ; c'est aussi la signification qu'on lui donne en françois, et comme ces narquois se sont fait un langage particulier, ce langage a été dit le narquois. Plusieurs l'appellent l'argot, le jargon des gueux, et simplement le jargon. »

UN SONNET NARQUOIS 3or

Enfin, le Diclionnaire de Trévoux écrit (l'jô^) : « Narquois. Ce mot signifie aussi le langage des gueux, parmi lesquels il y en a qui prennent le nom de Marquais. Ce sont proprement les soldats ou soi-disant tels. Au reste, le Narquois ou plutôt l'Argot est ancien comme le lémoigne Fauchel qui dit avoir vu des ballades du temps de Charles ^ H. Ce mot est grec, comme la plupart du jargon de l'argot et vient de narcotique, qui signifie qui endort : car les filous et coupeurs de bourse ont toujours quelqu'un de leurs camarades qui endort et qui amuse celui qu'ils veulent attraper. »

Au xvir siècle, Narquois est le nom par excellence du jargon, et le Père Monet en donne une excellente définition dans son Parallèle des langues Françoise et Latine (Lyon, i636) : « Narquois. Langage composé de mots communs, mais tous pris allegoriquement, enigmatiquement. »

Cependant, les \arquois n'étaient qu'une des nom breuses catégories du royaume de l'Argot où ils représen taient l'élément soldatesque. Leur nom, en passant au français, y devint, de même que matois, autre nom argo tique du voleur, une des expressions de la ruse dissimulée ou de la raillerie malicieuse. La Fontaine s'en est, paraît-il, le premier servi {Fables, XII, 8) :

Maint vieux chai, fin, subtil et narquois. Et d'ailleurs en voulant à toute cette race, Les guetta, les prit, fit main basse.

Le jargon des Narquois se confondait, h quelques nuances près, avec celui des autres gueux : le sonnet même de Marc Papillon, sieur de Lasphrise le prouve.

3tO>. DOCUMENTS LITTÉRAIRES

Au milieu de latinismes tels qu acciper, recevoir ; mette' borne; creder, croire, l'auteur y a introduit un certain nombre de mots de jargon qu'on ne rencontre pas dans les autres documents argotiques : biotle (bete ?), glrouart {coursier : cf. bidouart, bidet, dans l'Ane. Théâtre, II, 396) ; (jouljaraiit qui répond à goujarins, classe de mendiants citée par le Testament de Ragot, pièce de la même époque :

Tous Gordeliers, Carmes et Augustins, Gueux de Lubie, Cagnardiers, Goufarins, Soyez tcsmoings de mon grand testament'.

Le sens propre de goul/arin, « goinfre » (cf. briffant, iiu sens de mendiant), se lit dans VAdiea burlesque de la Guerre à la France de 1649, p. 6 :

Et ces gros piffres de Lorrains, Escogriffes et goulpharins !...

ainsi que dans les Recherches d'Oudin (i653), où le mot <3St rendu par l'équivalent italien mangione.

Quant à andrimelle, c'est une amplification jargonnesque^ d'an^//'^, femme (glossaire de Guill. Bouche t) ; ■dans le Roman de Bauduln de Sebourc, du xiv' siècle, ce terme moyen français désigne la prostituée (ch. vin, V. 99 s.) :

Diroient tost ribaut, ou aucun fel loudier.

Que [vous] sériés .j. andre que je mainne en gibier".

1. \. de Montaiglon, Recueil des poésies des xv*-x\i* siècles, V, i^g.

a. Cf. girouart (coursier --r= girouette) et blanchemin (blanc), ce dernier répondant au blanchemonl du glossaire jargonnesque de Guill. Bouchet.

•S. D'après le texte cité par M. A- Thomas, dans le Joiiriiol des .Savants, 1909, p. Zi/ia.

UN SONNET NARQLOIS 3o3

Ce mot aiulrc représente l'équivalent narquois de marque, qu'on lit dans le Jobelin de Villon.

Sonnel en authentique langage soudardnnt.

Vccipant du Marpaut la Galiere pourrie, (jrivolant porte flambe enfile le trimart ; Mais en despit do gillc ', ô gueux, ton Girouart, .\ la mette on lura '^ ta biotte conie.

Tu peux gourd piailler me credant et morfie De l'ornion, du Morme-' : et de roygnan criarf. De l'Arthois blanchemin que ton riflant chouart INe rive du courrier l'andrimelle gaudie.

Ne ronce point du sabre au mion du taudis. Qui n'aille au Goulfarault, gergonant de tesis Que son journal o flus n'empoupe ta fouillouse.

N'embiant on rouillarde, et de noir roupillant, Sur la gourde frétille, et sur le gourd volant, Ainsi tu ne luras l'accolante tortouse.

I. Cf. la locution /«//•(? yille, s'enfuir, qu'on lit dans le Moyen de parvenir (p. 80): «Pourquoy est ce que, quand quehiu'un s'en est fui, on dit : il a fait gilleV — (^est pour ce que sainct (iilles s'enfuit de son pais, et se cacha de peur d'estre faict roy. »

a. Pour : luera, regardera, apercevra.

.S. Au lieu de morne, l)rebis, mouton.

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