Acte II, scène IV
Les quatre Bohesmiens, le Coesre, une Vieille, sa Fille et le Cagou.
Le Coesre.
Et bien, n'entends je pas à pincer sans rire? Il n'appartient qu'à moy de faire rafle en trois coups ; vous n'y allez que d'une fesse, vous craignez la touche premier que d'avoir mis la griffe. C'est lors qu'on est nanty qu'il faut craindre la harpe, comme à cette heure que nous avons attrimé au passeligourt et fait une bonne grivelée, il faut enibier le pelé, gagner le haut et mettre ses quilles à son col.
3o8 DOCUMENTS LITTERAIRES
La Vieille.
Par manenda, il faut promptement nous ostcr de dessous les pattes des chiens courans du bourreau, de peur que le brimart ne nous chasse les mouches de dessus les espaules au cul d'une charrette, et qu'il ne nous donne la marque de la ville, de peur de nous perdre en faisans la procession par tous les carrefours. Si nous pouvions trouver d'autres langes pour nous couvrir, nous aurions bien le vent en poupe.
La Fille.
Sainte Migorce ! nous sommes nées coiffées ; il ne faut plus que des allouettes rosties nous tomber au bec. Aga, aga, ma mie, voicy du monde sous ces arbres qui jouent à la ronfle, qui ont quitté leurs volans avec leurs habits, de peur d'avoir trop chaud : il les faut attrimer et dire grand mercy jusques au rendre qui sera la semaine des trois jeudis, trois jours après jamais.
Le Cagou.
Que chascun fasse comme moy ; le plus grand fol commence le premier. Voicy qui ne vient mieux que bien ; ce georget est comme si je l'avois commandé...
Le Coesre.
Il ne faut pas icy se mirer dans ses plumes ; escampons prestement et perdons la veue du clocher. Il faut trousser ses quilles et ses Irollains, de peurd'estre pris de gallicot. Laissons nos volans et le reste de nos habits à ces pauvres diables à qui on donnera la sausse, si on les trouve avec la robe du chat. Ils n'auroient pas si bon marché de nous si la peur que j'ay d'estre pris ne m'empeschoit ; il les faudroit rendre nuds comme la main.