‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 176 sur 238 · Ed. de P. Paris, IV · texte numérisé non relu

Ed. de P. Paris, IV

il ardoient les moustiers et les églises, et trainoient après eulx les prestres et les gens de religion, et les appelloient cantadors par dérision. Quant il les batoient et tourmentoient, lors leur disoient-il : <.< Canladoiirs, chantez », etpviis leur donnoient grans baffes parmi les joues, et batoient moult asprement de grosses verges. Dont il avint qu'aucuns rendirent leurs âmes à Dieu en tels tormens ; et les aucuns, qui estoient jà aussi comme demi mors et affamés de la longue perison, se raemboierit par somme de deniers pour eschaper de leurs mains... Quant il roboient les eglyses, l'eucariste prcnoient à leurs mains, touillées et ensanglantées du sang humain, que 1 en met en ces eglyses en vaisselles d'or et d'argent, pour la nécessité des malades ; hors des philatiercs la sachoient et jettoient à terre, puis la defoviloient aux pies. A leur garces et leur meschines faisoient voiles et cuevre-chiefs des corporaux sur quoy l'on traicte le précieux et le vrai corps de Jhesu-Christ en sacrement de l'autel. Les philatieres et les calices despeçoient à mails et à pierres... »

La guerre de Gent-Ans allait déchaîner sur la France des bandes aussi redoutables que celle des Cotereaux.

Dès le 3 mars i356 on voit que l'ordonnance des Etats Généraux faisait défense aux soudoyers français et étrangers de piller sous peine de la hart'. Mais c'était là prendre ses vœux pour la réalité.

On réprouva surtout à la suite du traité de Brétigny. Selon ses promesses, Edouard III avait chargé les capitaines de garnison de faire évacuer les forteresses qu'occupaient en France les hommes d'armes à sa solde. Les Anglais obéirent : mais comment se faire entendre des Allemands, des Brabançons, des Flamands, des Bretons, des Gascons. Les capitaines leur donnaient bien congé : « Cil qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que de retourner en leur pays ne leur estoit point pourfitable, ou espoir n'i oseroient il retourner pour les villains fais dont il estoient acusé, se cueilloient cnsamble et faisoient nouviaux chapitainnes, et prendoient par droite élection tout le pieur des leurs et puis chevaucoient oultre ensievant l'un l'autre ^. » Des milliers d'hommes d'armes se flrent brigands. « Ainsi, dit Froissart, etoit guerroyé le noble royaume de France que on ne savoit auquel entendre ! » On les vit bouter feu, tuer femmes et enfants, violer pucelles et femmes mariées, détruire les églises : « pillent.

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