‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 182 sur 238 · Tuetey, op. cit., t. I · texte numérisé non relu

Tuetey, op. cit., t. I

/i. Olivier de la Marche, l, 2/|5.

LES SOCIÉTÉS DANGEREUSES DU W" SIECLE SScj

« parce qu'il nVsloit pas bien monté ' ». Ce soldai so fît inarcliaiul ot vocul lo mieux qu'il put do sou nouveau métier.

La marchandise n'était pas le lait des routiers; ils étaient plus accoutumés à dérober. Cassés aux gages, rendus inutiles par la paix, les routiers se faisaient brigands. Une chanson d'aventuriers licenciés, qui date, il est vrai, du temps de Charles Vlll. est bien significative à cet égard et nous fait sentir combien le passage du soudoyer au brigand fut chose naturelle ^ :

\oiis n'y porleron i)tus d'espée.

Ne hommes d'armes ne archers ;

On nous a ronfïné noz quartiers ; C'est grant pitié

Aux gens d'armes perdre soudée.

No/ lances s'y sont delTerées,

Noz cspées n'ont point d-; pohile ;

Nous pillerons les gens partout ;

C'est granl pitié Au\ gens d'armes perdre soudée.

Nous crirons tous à la voilée :

« Hic ! noble roy, vous avez tort :

Vostrc feu père, qui est mort, Ne leist janiés perdre soudée. »

L'histoire de Savary de Beaurieu-* nous fait encore comprendre les relations étroites des gens de guerre avec les malfaiteurs. En 1^38 des plaintes étaient formulées devant la justice de Saint-Omer contre Savary et un sien compagnon essorillé. Chaque jour il se tenait au bordeau de la ville sans Iravailler. Sur quoi il fut arrêté par les sergens du duc de Bourgogne à (jui il répondit « qu'il se tenoit oudit bourdeau pour vivre et passer temps ». Or, il faut savoir qu'en la ville de Saint-Omer, située sur la frontière du royaume, afïluaient « plusieurs gens estrangers, vacabons et de mauvais gouvernement ». Savary déclara être demeuré à Gravelines avec les gens d'armes qui surveillaient la frontière des Anglais de Calais. Mais l'information poursuivie à (ïra vélines à son sujet montra qu'il n'était qu'un

1. Cosneau. Le Connétable de Bichemonl, p. 36i :>.. Gaston Paris, (Jhansons du x\* siècle, CXL. 3. Arch. Nat., X'^* aô, lo février 1/1/49 (n. st.).

36o APPENDICE

u variet patinier et avoit laissé son mestier pour suivir les gens d'armes et qu'il estoit le plus mauvais garnement de tous les gens d'armes estans audit lieu de Gravelignes et en fut faite une chançoii dont le refrain estoit : Garde: vous de Savary ! Et dit qu'il aloit chacun jour par le pays et rançonnoit les bonnes gens, les ungs à larl, les autres à poules, et les autres à argent, et fut mis es prisons du duc de Bourgongne à Saint Orner, appellées du Bourg... A ce que Savary est gentil homme et fut prins en alant au siège de Calaiz etc. dit que à la vérité il n'est point gentilhomme, mais est variet patinier et a laissié son meslicr pour suivre les gens d'armes ; et ne fut point au siège de Calaiz, mais se tenoit avec sondit compaignon exoreillé par le pais et pilloient les bonnes gens. Et en ung villaige ou ilz furent et disnerent, ilz ne vouldrent riens paier et fut force à l'oste de les laisser aler, parce que Savary les menaçoit de mener les gens d'armes à son hostel... Dit oultrc que ledit Savary, avant qu'il fut prins, s'en ala longier à Grant Hugues avec un sien compaignon, comme Vahhé des Malprofitans, et allèrent piller es villaiges d'enlour et ce qu'ils pilloient portoient vendre au dit lieu de Grant Hugues et ailleurs. Et dit que ledit Savary fut en une abbaye de religieuses et rançonna l'abbesse à quatre solz qu'elle emprunta par ce qu'elle estoit pouvre et n'avoit de quoy vivre et menaça ladite abesse ou ses religieuses de leur envoyer les gens d'armes ; et est ledit Savary réputé le plus grant larron que feust ou pais... Dit qu'il n'avoit avec lui que trois compaignons desquelles l'un n'avoit point de oreilles et ne faisoient que piller et rober par les villaiges et ont ses compagnons esté penduz. Et si dit que Savary va aux pardons et dit qu'il est chevalier et que les Sarrasins lui ont couppé les piez. ..^ »

C'est encore un routier que Jehan Labouret dont nous connaissons les aventures par la lettre de rémission qu'il obtint au mois de février i449 (n. st.) 2. Un peu avant le siège de Meaux il avait été fait prisonnier à Chevreuse qu'occupaient alors les Anglais : là il perdit cheval et harnais, en sorte qu'il ne put rejoindre les gens d'armes au siège de Meaux. A Paris il fit la connaissance d'un tailleur de la monnaie royale à qui il déroba une pille et un trousseau qu'il porta en son logis, près de Saint-Denis de la Chartre, en l'hôtel de la Longue Allée : il résolut de fabriquer de faux écus. Il alla acheter du laiton plat qu'il tailla avec un ciseau: mais il n'arriva pas à le dorer. Chez un orfèvre de Paris, en la rue Quincampoix, il

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