Arch. Nat., JJ 179, fol. i58 v
LES SOCIÉTÉS DANGEREUSES DU XV" SIECLE 'M]l
lit alors faire des losanges d'argent comme on les portail sur les huques. 11 trouva moyen de les arrondir et dorer : ce qu'il fit pour 80 pièces. 11 les frappa alors au coin et obtint r)G faux écus. Ainsi il gagna le siège de Meaux. Or il se trouva un soir au logis de La llire qui désirait de jouer aux dés. Labouret lui avança 4o faux écus. Mais il arriva que La Hire jM'rdit cette sonnne. et 120 autres pièces de bon or, en sorte ([ue le routier ne put acheter un cheval du gain de sa fraude, comme il l'espérait. Il regagna Paris, tout courroucé, et, pour se refaire, crocheta l'hôtel de feu maître Gilles .loulain, dérobaid une bourse de (}'> écus et une poire d'or à mettre du musc. Arrêté pour ce vol au Chàtelet, il se donna comme clerc et fut réclamé par rolïicialité. 11 s'évada de cette prison, se mit en franchise à Saint-Denis de la Cliartre, trouva moyen de quitter Paris, s'en alla dans l'Ile de Noirmoutier où il vécut honnêtement avec sa femme et ses enfants, trafiquaid par mer <'t par terre...
Les compagnies de gens de guerre laissaient donc derrière elles des brigands. L'un des Coquillards se nomme Tartas. Au mois de février i4ô4 (n. st.) on interrogeait Hernard Georges de Bordeaux, prisonnier au château de Lombrière, officier et sergent du maire de Bordeaux, puis cuisinier et boulanger du seigneur de Hozan au Puyjoulx*. Il allait dans les bois avec quelques compagnons épier et détrousser les marchands entre Puyjoulx et (iénissac. Entre Montravel et S^'^-Foy ils tuèrent deux marchands de porcs. Dans ses expéditions Bernard Georges montait le cheval du seigneur de Rozan à son insu. Il se proposait de rejoindre à Rayonne la compagnie de Soudre : « Lequel Soudre, avec ses alliez, qui sont bien quatre à cinq mille brigans, dévoient entrer dedans Bayoïme. » Il déclara qu'au « pays entre deux mars » se trouvaient bien 20 ou 3o brigands dont le principal refuge était à Curton et à Saint- Quentin où l'on vendait le vin de Bordeaux. Parmi eux il dénonça Arnault de Roujeffort, Perrinot Dubost, Guillemet le Gabarrier « lesquels sont en ladicte ville de Bourdeaux, ou a pescher du poisson, ainsi que luy semble. »
C'était aussi un archer que cet Alain le Gentil/"^ qui avait suivi la compagnie du sénéchal pendant la conquête de Nor-
I. Bibl. Nat., collection Lcgrand, fr. GcjG;. 3. Arcti. -Nat., JJ i83,p. '|.
maiulic. Mais il avait quitté los ordonnaiicos pour se fairo vol(Mjr avec Jehan de Nouvincement et Bernard d'Angladcs. Ils s'introduisaient dans les maisons en faisant un trou dans ia muraille ou par les huis de derrière. C'était un hahile liomme. Au mois de mai lA-ïO, comme il était emprisonné au Chàtelel de Paris, avec l'aide d'un couteau que lui bailla un autre voleur, Jehan Moreau, il fit sauter trois ou quatre des huis de sa prison et alla se mettre en franchise à Saint-Germain-l'Auxerrois '.
Les routiers avaient causé tant de malheurs qu'en leur nom on pouvait bien en commettre d'autres. C'était donc une ruse des épieurs de chemin de se déguiser en homme d'armes pour détrousser les voyageurs 2.
Une ordonnance sur les gens de guerre ^ laisse entendre par contre que les malfaiteurs agissaient derrière les gens d'ai'mes :
« Item pour ce que plusieurs varlets qui ont laissé leur mestier, ou autres qui ne vueullent vivre que de vie oysevise, se mettent sur les champs et pais ou les gens d'armes sont logiés, et font soubz umbre desdites gens de guerre pkisieurs robcrics et maulx à la cliarge du jiouvre peuple et donnent esclande aiisd, gens de guerre, le Roy, pour y obvier, ordonne quecliacun cappitainc ou cliet" de chambre baillera à la justice du lieu où il sera logié les noms de ses hommes d'armes et chacun h. d., les noms de ses varletz, alUn qu'on puisse plus aisément cougnoistre lesdits abuseurs'*».
En 1490, quand la paix fut faite, le bâtard de Bellamont et le capitaine Soris, « ensemble un tas de mauvais garnements en temps de guerre », se mirent dans les bois sur les frontières de f'rance, épièrent les marchands sur les routes ; ils se retiraient, comme font les loups en leur tannière, au château de Bellamont. Les nobles du Hainaut durent y assiéger les larrons'' qui lurent exécutés par la justice.
Nous avons établi, suffisamment je pense, les relations entre les routiers et les malfaiteurs, comme fait social. 11 reste à se demander si les faits linguistiques nous permettent de pareilles