Les Pèlerins, les Porteurs de reliques et les Quêteurs
Les gens d'autrefois ont beaucoup vagabondé en pèlerinages ^ Ce sont les pèlerinages à Jérusalem qui précédèrent les croisades militaires ; c'est un pèlerinage qui amena les Normands dans l'Italie du Sud. Il faut lire dans Anne Gomnène avec quel mépris et quelle terreur on vit d'ailleurs s'avancer ces pèlerins suspects et pillards. L'idée de pèlerinage couvrait tout projet d'invasion ; mais le plus souvent le pèlerinage était l'occasion de brigandage ou un prétexte à réjouissances. Quand les Pastoureaux de 1820 se mirent en route pour conquérir la Terre Sainte, ils ne quittèrent Paris que « robant les bonnes gens » : autour de Garcassonne on les pendit comme des malfaiteurs 3.
C'est sous le prétexte d'un pèlerinage à travers le monde imposé à eux par le pape que les Bohémiens, maquignons et diseurs de bonne aventure, arrivèrent en Allemagne dans le premier quart du xv" siècle.
Mais, à l'époque qui nous occupe, on pèlerinait surtout à Rome, au Puy en Velay, à Saint-Jacques de Gompostelle. Les pèlerins de Saint- Jacques arboraient sur leurs larges chapeaux les coquilles attestant leur saint voyage : de là le nom de Coquillards donnés aux faux pèlerins^, et qui va désigner bientôt une bande de malfaiteurs.
Les faux pèlerins formaient donc l'une des branches des classes dangereuses. On se rappelle que le routier Savary se donnait comme un chevalier allant aux pardons; pour apitoyer les bonnes gens, il déclarait que les Sarrasins lui avaient coupé les pieds s. Elle est bien curieuse l'histoire de Barthélémy Luxale que la justice de Dijon bannissait pour
1. L'ordonnance défendant d'aller en pèlerinage, sans Tautorisation de sa famille, sous peine d'être condamné comme vagabond, date du 2 3 juillet 1660 (Isambert, XVIIL 59).
2. Lamentations de Matheoliis, 1. H, vers 996 et suiv ; G. Alexis, éd. Picot, I, 78; Montaiglon, Anciennes poésies françaises, XII, i.