‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 195 sur 238 · I. Bibl. Nat., ms. fr. 61^2, fol. /|i · texte numérisé non relu

I. Bibl. Nat., ms. fr. 61^2, fol. /|i

■2. An^h. Nat., X'-^" 82, 8 mai 1/464 (affaire de l'abbé do Molesmes).

3. Arch. Nat., Xi" /1817, fol. i/ic) v° (affaire de Robert Thivct).

/i. Arch. Nat., Xi* /I829, fol. /107.

nécessite toute une orj^Miiisation et une entente avec des associés pour la fabrique conune pour la dispersion de la fausse monnaie. Il y faut du sang-froid et les faux monnayeurs ont toujours été des bandits redoutables. La fabrication des coins exigeait la complicité d'un orfèvre. Se procurer le métal était l'onice des voleurs proprement dits; le frapper était assez aisé car les moiniaies anciennes étaient loin d'avoir la précision des nôtres. Ensuite il fallait les arrondir, les dorer. Des compères répandaient enfin cette fausse monnaie.

II fallait donc opérer avec une certaine discrétion, tromper les niais ou se faire des complices en payant avec de fausses mailles des sommes beaucoup plus élevées que celles que l'on devait en réalité, \insi nous le montre une série de lettres de rémission délivrées au sujet d'une fausse moiniaie émise à Tours, et que répandit un certain marchand, Jean le Frangeux, avant i'i')2 \

De nombreuses escroqueries se rattachaient donc à la forge de la fausse monnaie, à l'écoulement des chaines de laiton transformées en or. Parfois on simulait une perte pour authentiquer un de ces faux ; parfois on provoquait un échange "avantageux avec un niais que l'on dupait. Les émissions de fausses monnaies furent innombrables au Moyen-Age. L'atfaire des Coquillards dont il sera parlé plus loin, est en somme un procès de faux monnayeurs.

Un supplice terrible leur fut réservé ^ : le faux monnayeur devait être bouilli dans un chaudron d'eau et d'huile chaudes, puis pendu, crétait chose si horrible qu'elle soulevait parfois les protestations d'une foule peu sentimentale et qui allait aux exécutions comme à un spectacle. Ainsi à Tours, comme il exécutait Louis Sccretin, le bourreau le précipita la tête la première dans la chaudière, mais mal ligoté. Et le misérable de se débattre et de reparaître par deux fois criant : Jésus, Miséricorde ; Alors on voyait Sccretin tout droit; la foule crut aussi-

1. Pour Hamard Berthois, breton, maquignon, JJ 181, fol. 83 ; pour Jclian le (iraveiays, m" de beurre, breton, JJ 181, fol. 5o ; pour I\obin Marie, l>reton, m*" de toile, JJ 181, fol. 83 v" ; pour Cjeoiïroy de Ilersc, ni"" de bevirre {Ibid., fol. 8A v") ; pour Jacquet le Farru {Ibid., fol. luô V) ; pour (iuyot de Montigny, m' de futailles en Vermandois.

2. Aucune lettre de grâce ne pouvait leur être accordée (Isambert, \, 7< j, ad. a. i^yô).

tôt à un miracle. Comme le bourreau voulait faire coucher Secretin en le frappant d'un crochet de fer, ce fut dans la foule un seul cri : Tuez, tuez le ribault ! C'est le bourreau qu'elle massacra et qu'elle étouffa *.

Toutes les classes se rencontreront parmi les faux monnayeurs. On voit que le 7 août 1876 le roi donnait l'ordre d'informer secrètement sur une contiefaçon de moimaies faites par ordre du comte de Saint-Pol dans un château de l'Empire^. Voici une lettre de rémission accordée à Pierre Perrel, de Saint-Chamond, pauvre jeune homme « tondeur de grans forcés », un misérable, chargé de femme et d'enfants, et qui a tenté de faire un gros du Pape en fabriquant un moule avec une tuile et en y coulant de l'étain^! C'est surtout sur les frontières, en xMlemagne par exemple, que Ton fabriquait de la fausse monnaie. Là Denis Dugué y acquit de fausses mailles qu'il répandit à Dreux 4.

Une des tromperies les plus fréquentes était la fabrication et l'écoulement de chaînes d'or faites en laiton. L'histoire de Jehannin Arrive, pauvre jeune homme de Troyes, qui obtint de ce fait une lettre de rémission au mois de septembre i440, est instructive à cet égard'» ; elle nous prouve en outre combien les soldats des grandes compagnies devenaient facilement les auxiliaires des faussaires.

Jehannin Arrive s'était d'abord occupé de la vente de chevaux. Ainsi un peu avant Pâques de Fan i445, il avail gagné les marches de Barrois et de Lorraine, pour réclamer à Joachim Rouault, capitaine de gens d'armes, 3o écus et 4o florins du Rhin. Il n'obtint que 20 florins, suivit par contre la guerre et noua connaissance avec plusieurs routiers. Il retrouva un de ses amis, le bâtard de la Neuville, chevaucha avec lui jusqu'à Vaucouleurs et à Tout. Là survinrent trois autres compagnons de guerre : l'un, Espagnol, du nom d'Alphonse ; l'autre, Guillemin, se disait être gantier et bourcier de Tours ; le troisième, de Paris, se nommait Jehannin des Vignes et avait été clerc de l'Estrac. Ils soupèrent à l'enseigne de l'Homme Sauvage. On joua aux

I. Arcli. Nat., JJ 219, p. (j, ir, lA (i" mars 1.V18, n. st.).

a. Isamt)ert, V', /172.

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