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Les Voleurs^ (Crocheteurs et coupeurs de bourses

Il est naturellement impossible de déterminer toutes les catégories où l'industrie des voleurs proprement dits put s'exercer.

1. Le mot date seulement du premier quart du xvi" siècle : « Audict an (i5i6) ... couroient parmy le royavime de France plusieurs maulvais garçons appelez voleurs... » (Journal d'un Bourgeois de Paris).

^78 APPENDIGi;

Un procédé assez commun, le plus caractéristique du moins des Coquillards, était le crochetage des serrures et des cotïres. Ce voleur on le nommait crocheteur ; le roi David ou Davyot désignait le crochet.

Mais il est déjà question, dès iSSg*, d'un crochet de fer qu'un nommé Jehannin Durant portait sur lui pour ouvrir les serrures des églises qu'il dévalisait. Il est plus curieux encore de voir que le nom de RossignoU appliqué à un instrument d'effraction, remonte aux premières années du xV' siècle. C'est ce que nous fait connaître le procès de Jehan des Haies, dit le Decier, que l'archevêque de Rouen réclamait à Jean de Saulieu, bailli de Caux, le 19 janvier i4o6 (n. st.) 2.

Ce Jehan des Haies était de petit état. De bonne heure il avait abandonné sa mère et connu un « faiseur de dez, do orde cl dissolue vie » : c'est de lui qu'il apprit à faire de faux dés et à s'en servir. On le trouve ensuite « boulier », fréquentant les bordeaux et vivant de iurpi questu midieram. Il était notoirement « brigcur », querelleur, jouissant de la pire renommée en son pays et souvent se faisait mettre en prison. Il fut jaloux d'une ribaude du bordcau d'Ourdonne à Uouen ; et comme il s'y trouvait un soir pour recueillir le gain des filles, il se prit de querelle avec Hennequin, valet de Jehan de Donquerie, et le tua. Bien qu'il ne le fût pas, il se donna comme clerc et fut requis par l'olTicial et mené aux prisons de Louviers. Comme il avait quelque finance, il jouit d'une belle prison où il demeura bien couché, nourri de viandes et buvant du vin. Jean en trouva un jour la porte ouverte : il lui en coûta peut-être !\o ou 60 écus. Délivré, il s'en alla par le pays, entra en relations avec des larrons et épieurs de chemin, ayant « le nom d'estre le plus fort larron que on peust trouver ». Ainsi il gagna la Bretagne, retourna à Paris, faisant société avec d'autres malfaiteurs, c'est assavoir Jehan le Meunier, dit Chastreux, Jehan Langlais, dit Alixandre, et un nommé Hannotiii. Ils volèrent un cheval sellé et bridé en la rue de la Boucherie ; deux autres, dans une étable au carrefour du Temple. Dans un village près de Picquigny, en l'hôtel d'un cervoisier, ils prirent 4 francs ; dans une hôtellerie où ils étaient logés, ils rompirent un coffre pour dérober du

i . fiajistrc criminel du Chdlelel, I. qO. ■2. Arcli. ^at., X-> i',, fol. 3oi v".

LES SOCIÉTÉS DANGEllEUSES DU XV*^ SIECLE l\'][)

lin^n^ haiiaps et ceintures garnies d'argent. Sur la route dans un autre village, on vola un autre cheval. Alixandre quitta ses compagnons pour aller à Gerberoy ; les autres se rendirent à Gournay. Mais les otïiciers de Gerberoy appréhendèrent Alixandre qui avoua et dénonça ses associés ; ils furent arrêtés par le lieutenant du bailli de Caux tandis qu'ils étaient logés à l'enseigne de la Main :

(c Si alercnt oiulit lioslel, faisant semblant de vouloir boire, et tantost adviserent ledit dos Ilayes à fuis de l'eslablc qui faisoit brider, et regarda lesdits lieutenant et sergens. Et lors lui et ses complices sacherent leurs espées, vindrent sur eulz, crians : A mort ! et ilz sacberent d'autre costé : ouquel assault fut ledit lieutenant et uny ollicier de (ierjjeroy fort bleciez et navrez ; mais lesdiz complices furent prins et emprisonnez à Gournay. Et à la prinse estoit ledit des Hayes pur lay et en babit party : car il avoitun babil brun pardessus qui estoit sans mancbes, fenduz au long des deu\ costez, tellement que tout à plain apparoit l'abit dessous, qui estoit un gippou blanc à une manches altacliées d'aguileltes de diverses couleurs el avoit les poignez broilez d'un autn; couleur de drap ; et furent iccuK iij complices trouvez saisis de iiij cbevaulx emblés ; êtes bouges, dont ledit des Haies avoit la clef à sa poictrine, plusieurs instrumens propres à tel/ larrons : c'est assavoir cisel, turquoises, lime, fusil, et une manière d'arcbal (lu'ilz nommoicnt roussignol et autres perlincns à rompre et ouvrir huis, colTres et serrures... »

Les églises, surtout, étaient visitées par les larrons. Jadis elles avaient été des lieux d'asile inviolables pour les populations éprouvées par la guerre. Souvent, dans leurs clochers •, les particuliers déposaient leurs objets de valeur, comme on le ferait aujourd'hui dans une banque. Mais la pratique de la guerre avait endurci les cœurs. Et parmi les invectives que fait entendre Eustache Deschamps contre les routiers, il les nomme « violeurs de moustiers »'■'.

Durant les guerres des Armagnacs et des Bourguignons, on avait souvent logé les bandes dans les églises. Pendant la guerre anglaise que de moutiers tombèrent en ruines ou furent incendiés ! On ne s'étonnera donc pas de voir que les orfèvreries, les calices surtout, qui enrichissaient les églises, aient été une proie tentante et facile pour les voleurs. Tout

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