Arcb. Nat., JJ. iG8, n" 82 bis
•2. Œuvres, I, 70.
38o APPENDICE
d'ailleurs leur était bon : la misère, et d'un temps et d(^s individus, n'a jamais été une bonne conseillère. Voici l'histoire de Jehan Paris *, né en la duché de Bar, pauvre simple homme, comme nous la fait connaître la lettre de rémission que ses amis obtinrent en septembre i446, alors qu'il était enclos en la prison du chapitre d'Orléans. Jean avait vécu jusqu'alors honnêtement de son métier, sans blâme ni reproche. Voyant sa femme accouchée, déjà chargé d'un autre enfant et n'ayant de quoi subvenir à leur nourriture, il s'était rendu en Beauce vers l'église d'un village abandonné depuis longtemps. Il y trouva deux cloches ; à l'une il manquait une anse et l'autre était rompue. Et le pauvre, à l'aide du battant, mit les cloches en morceaux, emportant peu à peu ainsi jusqu'à 420 1. de métal qu'il vendit à Orléans à un marchand. Dans une autre église Jean prit une clochette et un bénitier de 4 à 5 livres, un vieil encensoir ; dans une autre église ruinée, près de Viebon, au soleil couchant, il découvrit aussi deux cloches qu'il emporta comme les premières.
Les calices surtout étaient butin de gens de guerre ; et les orfèvres, à défaut des receleurs, ne se faisaient guère faute de les acheter. Ainsi nous l'apprend la lettre de rémission qu'obtint au mois de février i45(i (n. st.) Colin Bellebarbe, orfèvre de la paroisse Saint-Erbland de Rouen, qui avait acheté, deux ans passés, quatre petits calices d'argent à Amé Du Noyer, qui se disait homme de guerre et affirmait avoir eu ces calices par butin : cette singulière convention fut passée en réglis<^ TSolre-Dame^. Une autre lettre de rémission était accordée à Denis Merot, orfèvre de Bourges : deux compagnons, Guillaume Aubin et Perrinet, lui avaient donné à fondre trois calices volés dans l'église de Saint-Jehan ^. Or rien n'était plus facile que de fondre un calice, d'en tirer un lingot que l'on vendait alors à un orfèvre, conscient ou non de son recel ^. Et parfois il pouvait y avoir connivence entre les gardes des trésors et les voleurs comme on peut le déduire d'une information au sujet d'un vol commis au préjudice du trésor de l'abbaye de Saint- Denis, le 12 janvier 1469. Un rubis d'or d'un grand prix avait