Grand Testament, v. 1G71 et suiv
n'a permis que des éclaircissements isolés, tandis que l'ensemble de ces Ballades reste encore, après quatre siècles, enveloppé de ténèbres.
Yillon, le Villon bohème et coquillard, a exercé une influence considérable. La réputation de ses faits et gestes a inspiré toute une série d'ouvrages qui lui furent longtemps attribués, tel le c Dialogue de Messieurs de Malpaye et de Baillevent », où on lit cette allusion au Jargon du maître :
Mallepaie. — zVux povres duppcs ?
Baillevent. — La travée.
Mallepate. — Et aux rustes ?
Baillevent. — Le jobelin.
Telles surtout les « Repues franches de Fr. Villon et de ses compagnons », où l'auteur appelle à lui :
Les lioirs du defTunct Pathelin, Qui sçavez jargon jobelin, Capitaine de Pont à Billon, Tous lessubjectz François Villon..-.
Ces Repues, au nombre de sept, renferment, entre autres expédients, la manière de se nourrir sans bourse délier :
Ils rcpeuront de cucur dcvot, Kt curent, par leur grant excès.
Pain, vin, chair, et poisson, et rost '.
I. L'édition Jannct des Œuvres de Villon renferme le Dialogue cï les Repues franches : cf. p. 1G9 et 179.
Le dernier descendant de cette lignée de fourbes est maître Pierre Faifeu, dont un ecclésiastique angevin, Ch. de Bourdigné, a raconté en vers joyeux :
Ses subtils jeux, ses quaquelz et ses baddes. Ses saultz lejrers. ruaddes et gambades. Son bon cheval, et ses habiles tours 1...,
et dont Bonaventure Des Périers, dans sa xxni" nouvelle, rappelle également la mémoire : u Maistrc Pierre Faifeu qui eut des botes qui ne luy cousterent rien, )> et autres tours villonniques . . .
N'oublions pas non plus que les Ballades jargonnesques de Villon ont laissé des traces dans la poésie libre du xv" siècle, et que le « Parnasse satyrique » en contient des réminiscences fréquentes :
Si de ces grains d'or ne despendent, Les dames au croc vous les pendent...
S'il n'y a gaing, au moins il y a plue... Marque lofTue, gauppe, vieille paillarde '2...
C'est grâce au Jobetln que le jargon pénètre en littérature, et le premier ouvrage qui en porte les traces sont les poésies de l'avocat rémois Guillaume Coquillart (i^gB). Son vocabulaire, original et
1. Ch. de Bourdigné, La Légende joyeuse de maistre Pierre Faifeu (Angers, iSSa), réimprimée par Jouaust, Paris, 1880, vers aSGG et suiv.
2. Le Parnasse satyrique du XV' siècle. Anthologie de pièces libres publ. par Marcel Schwob, Paris, 1906, p. 55, ii3 et i23. Cf. Pierre Champion, Rondeaux, Ballades et autres pièces joyeuses du XV' siècle, Paris, 1907.
licencieux, est farci d'argot, comme par exemple le « Monologue des Perruques » :
Pomper, faire la queue de pic.
Avoir d'or et d'argent la foison, Piev de la plus gourde pie.
Mon souhait seroit il pas bon ?
Quel dcscharger d'une massue
Et d'ung ravault sur leurs endosses!
De mesme le trou la cheville Tenir ferme pour enlerver i.
Et cette allusion aux Ballades du maître :
Les ungz j)ar leur rinjobeliii Fournissent à l'appointement ; Les aultres par leur pathelin D'ung cedo bonis nettement "2.
Quant au c Vergier d'honneur » d'André de la Yigne (i5oo), qui, suivant Le Duchat, contiendrait des termes jargonnesques, ainsi que le recueil qu'il appelle les « Pois piles » ^, la question est plus douteuse : « J'ai lu avec soin le Vergier cV honneur dans l'édition de Yérard, dit Fr. -Michel, et, à l'exception de plue, dont j'ignore le sens, d'aubert et de marpaude, je ne vois rien que le jargon puisse revendiquer*. »
Le recueil des u Pois piles », d'autre part, se rap-
1. Coquillart, Œuvres, éd. Ch. d'Héricault, t. II, p. 278, 27/i, 27';