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LA BANDE DES COQUILLARDS : LE JARGON SqÔ
Comme ces galans de frontière ; J'auray trop bien à lonaillier.
Puis qu'ainsi est, etc.
Quant aux monibres de la bande de nialfailcurs que nous allons étudier ils se nommaient indinorenimenl Coqnillars ou Conipaiynons de la (Coquille : leur cher, le Roy de In Coquille.
Us formaient une socirlr pouvant comprendre de5oi)à i.ooo individus avec les indicateurs, les receleurs et complices de tous genres. Les uns étaient des crocheteurs de serrures et de coffres ; les autres répandaient de la fausse momiaie, des pierres fausses ; d'autres encore dérobaient les marchands en couchant avec eux et portaient plainte avec leur dupe ; d'autres enfin jouaient avec des dés avantagés ou trichaient aux cartes et aux marelles. Plusieurs étaient des brigands de grand chemin. Tous menaient une vie dissolue, vivant dans les maisons publiques, dépensant l'argent qui leur coûtait si peu. On les voyait apparaître et disparaître presque aussitôt ^
<( Depuis deux ans [i/i53j, dit M. J. Garnier, la Bourgogne était infestée par une bande de malfaiteurs qui, répandus par toute la contrée, commettaient de nombreux forfaits sur les routes, dans les foires et les villes où ils s'introduisaient déguisés en marchands. En vain le grand prévôt, auquel était spécialement confiée la garde des chemins, avait-il redoublé de zèle et de surveillance pour arrêter ces méfaits; toutes ses mesures étaient demeurées sans résultat, et les déprédations, qui n'en continuaient pas moins, avaient répandu une telle terreur, que les relations qu'une paix récente commençait àrétablir entre les populations manquaient de rester longtemps interrompues : la ville de Dijon même, que sa nombreuse garde bourgeoise et l'activité de sa police municipale semblaient mettre à couvert des atteintes de ces bandits, n'en était pas plus respectée, et le bruit des vols audacieux qui s'y commettaient journellement y avait causé un si grand effroi, que, la cloche de Saint-Jehan sonnée,, nul n'osait plus s'aventurer dans les rues.
A la fin, le vicomte maïeur, Jacques lionne, alarmé par les plaintes-
1. On doit à feu M. Joseph Garnier, arcliiviste de la (]ôte d'Or, d'avoir signalé dès 18/12 le document qui est la source principale de ce ([ue nous savons sur ces malfaiteurs {Les Compagnons de la Coquille, chronique dijonnaise du XV' siècle, Dijon, typographie DuvoUet-Brugnon, i8'i3, br. in-8 de 10 pp., tirée à Ixo exemplaires); mais en réalité c'est Marcel Schwob qui en a dit l'importance linguistique et littéraire.
réitérées de ses administrés, enjoignit au procureur syndic d'informer sur ces délits et d'en traduire les auteurs devant son tribunal. Celui-ci, nommé Jehan Rabustel, avait acquis dans de longues années d'exercice de ces fonctions difliciles, une expérience qui, comme nous allons le voir, ne lui lit pas défaut dans cette circonstance ; et même, comme il n'avait pas attendu les prescriptions de son supérieur pour agir, il se trouvait déjà en mesure de le satisfaire. »
Si l'on s'en rapporte aune enquête faite au sujet de choriaux de la chapelle ducale de Dijon en juillet I^oQ^, raffairc des Goquillards aurait été découverte en effet dès i455. « Il est vray que depuis environ quatre ans se sont mis sus une grant Compaignie de gens estrangiers qui se nomment en leur jargon les en fans de la Coquille, lesquelz sont par ce royalme au nombre de V Cens ou plus, qui vont de bonne ville à aultre, sont crocheleurs et commectent plusieurs larrecins et sacrilèges... »
Au mois de février 1455 (n. st.), Jean Rabustel, p-rocureur de la ville, adressait un rapport aux juges séculiers et ecclésiastiques sur la situation ■'.
Bien que depuis un an la commune de Dijon eût enjoint aux compagnons de métier, tant de la ville comme étrangers, de travailler les jours ouvriers, sans demeurer oisifs, sous peine de prison <( s'ils sont trouvez oizeux et vaccabundes par la ville, et ce pour et à l'occasion de ce que en ceste ville ont depuis ledit temps esté faiz et commis plusieurs crimes, larrecins, noizes, debatz et esclandres, tant de jour comme de nuit », plusieurs ouvriers de la ville vivaient de l'état de rufflenage, jouant aux dés et hasardant de grosses sommes. Ils disparaissaient pendant 8, lo ou i5 jours et rapportaient foison d'argent pour jouer comme devant. Les uns portaient de faux écus, répandaient de faux lingots et de chaînes de cuivre qu'ils donnaient comme d'or. Parmi eux se signalait un certain Christophe ïurgis qui ne faisait que jouer, la nuit comme le jour, dans les tavernes. Ou disait qu'on lui avait vu certains outils, comme ceux dont usent les orfèvres et les monnayeurs. Au mois de novembre i454 Jean Rabustel commençait son information. Jeannette, femme de Jehan Lanson,