‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 216 sur 238 · Arcli. Coni. de Dijon, I, i · texte numérisé non relu

Arcli. Coni. de Dijon, I, i

a. Arch. Dép. de la Côte-d'Or, 13 36o, VI, pièce 6j4.

Dans la marge de l'information on lit encore :

<( Ce Mayot a iing compaignon logic cliiez Jacotde la Mer, nomme Bar sur Aulhc qui a plusieurs chaignes de lelon dorées, etc. Nota que aine nommée Drictte a eu des chaincs dudit Bar sur Aulbe. Si soit 'mandée et interrogée, etc. »

Il ne s'agissait plus pour Rabustel que de mellrc la main -sur la bande, maintenant qu'il savait leur rendez-vous à la Maison des Fillettes.

« Mais voulant agir à coup sûr et ne pas leur donner l'éveil par une fausse démarche, il manda secrètement, par devant lui, deux barbiers et une fillette commune qu'il apprit avoir eu de fréquentes relations avec eux, et après avoir reçu leurs dispositions qui confirmaient ses soupçons, il les congédia en leur enjoignant de le tenir au courant de tontes leurs démarches et de lui garder le plus profond secret, sous peine de mort. Dès lors, certain de les atteindre à la première •occasion, il redoubla de surveillance pour la garde et la sûreté de la ville.

Peu de jours après, ayant été informé qu'ils devaient se réunir de nuit dans la maison publique, dont le locataire Jacot de la Mer, sergent de la Mairie, paraissait être leur afïilié, il résolut de profiter de cette circonstance pour effectuer leur arrestation, et comme il importait à la réussite de son projet que la plus grande discrétion fût gardée, il ordonna, sous prétexte de bruits de guerre, de doubler le guet, qui reçut l'ordre de se trouver à une heure de la nuit aux environs de la rue des Grands-Champs.

Au moment fixé, le procureur, bien armé et(( embastonné », ayant réuni sa troupe, s'avança dans le plus grand silence Ters la maison signalée, dans laquelle, au mépris des lois sévères du couvre-feu, brillait une grande clarté. L'ayant fait investir, il frappa à la porte et somma de l'ouvrir au nom du duc et du maire. Aussitôt tout s'éteignit, et au bout d'un instant le maître du logis vint répondre, pensant que c'était une ronde habituelle du guet de la ville ; mais il fut bien détrompé, car le procureur syndic, sans lui donner le temps de se reconnaître, l'arrêta comme prisonnier, et, pénétrant avec sa suite dans la maison, resta fort étonné de ne pas rencontrer ceux qu'il y cherchait. Mais comme on avait tardé à lui ouvrir et que la physionomie du maître du logis tra-

LA BANDE DES COQLILLARDS .' LE JARGO>' 3()9

hissait une vivo émotion, il soupçonna quelque ruse, et ordonna une perquisition générale, qui, indépendamment d'un butin considérable qu'on trouva enfoui dans une cachette, amena la découverte de douze individus de fort mauvaise mine qui, partageant la confiance de leur hôte, s'étaient cachés, ainsi que cela leur était déjà arrivé plusieurs fois dans les arches (colTres) qui garnissaient les chambres où ils furent saisis sans avoir pu faire la moindre résistance, et conduits sur-le-champ dans les prisons de la ville, situées à cette époque rue des Singes.

La Mairie, qui sentait combien il était urgent de faire un exemple capable d'intimider le reste de la bande, instruisit rapidement leur procès. Interrogations réitérées, confrontations, séquestrations dans un cachot, avec ceps et grésillons, privation de nourriture, question à l'eau, enfin tout l'attirail de torture de la justice de l'époque fut vainement employé pour leur arracher des aveux ; rien ne put ébranler leur constance. A la fui le tribunal, quoique moralement convaincu de leur culpabilité, mais ne pouvant, faute de preuves suffisantes, rien décider sur leur sort, et voulant d'ailleurs à tout prix connaître la vérité, afin de prévenir de nouveaux crimes, s'engagea à rendre la liberté au plus jeune d'entre eux, nommé Dimanche Le Loup, s'il consentait à faire des révélations. Entre la liberté et une mort ignominieuse, le choix ne pouvait être douteux : aussi Dimanche parla, après s'être assuré de la discrétion de ses juges, attendu qu'en révélant les secrets du métier il encourait la mort, et d'ailleurs aidé dans ses aveux par Perrenet le V'ournier*. »

Ce sont ces deux dépositions qui forment le fond du rapport que .Tean Rabustel rédigea entre le 3 octobre i/i55 et le 2 décembre, document que l'on désigne parfois sous le nom d'enquête sur les Goquillards. Elles lui permirent de dresser une liste de malfaiteurs afTiliés à la Coquille, liste que le zélé Habustel annota et compléta par la suite, au fur et à mesure des renseignements qu'il recueillit au sujet des Coquillards. C'est ce document qui renferme toutes les notions de leur jargon. Conservé aux archives de la Côte-d'Or, série B Sfio, VI, ce rapport a été publié ici dans son intégrité pour la première

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