FRANÇOIS VILLON ET LES COQUILLARDS
Un des faits les plus importants pour l'histoire de la linguistique révélé par le procès des Coquillards est l'existence d'un jargon à l'usage de cette bande de malfaiteurs. C'est le premier en date que nous connaissions (i455). Nous retiendrons cependant cette déclaration d'un des témoins, âgé seulement de trente-quatre ans, qu'il avait parlé dans sa jeunesse un jargon plus ancien : et telle était l'habitude des Coquillards de parler jargon entre eux qu'un des accusés ne put s'empêcher de jargonner dans son interrogatoire.
L'usage du jargon semble donc s'être généralisé assez rapi-
I. Arcli. Dép. de la Côtc-d'Or, B SGa, I, fol. 78 [Livre rouge du bourreau]. On lit le nom d'IIcnry Grossemerre : au-dessous on voit im personnage pendu avec la mention : homicide.
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dément parmi les malfaiteurs. Quand l'un des Coquillards parlait un peu trop, là où des gens pouvaient l'entendre et l'arcuser, un compère crachait à la façon d'un homme enrhumé qui ne peut avoir sa salive : les compagnons de la Coquille se taisaient alors ou changeaient de langage^ Mais tous n'étaient pas initiés. Le 12 novembre 14O2 on interrogeait à Dijon Jean Kobert. 11 se nommait en réalité Jean Trolet, natif de Chàlons, prêtre de l'ordre de la Trinité; pour « l'amour d'une fille qu'il amoit très bien et de laquelle ne se povoit départir », il quitta son habit de religieux et s'en vint avec elle en Bourgogne. \ Besançon ils rencontrèrent Jehan némart avec qui il vola aux ouvroirs. A Salins, Ilémart trouva un nommé Le Cordelier, tonnelier : « lesquels parloient entre eulx jargon, et ne les entendoit point ledit déposant"^... ». Quand (iuillaume de Varye signala à Jean Bourré la bande des crocheteurs du Languedoc il déclara : « ils ont un jargon que autres n'entendent^ ».
Un autre fait, qui n'a pas moins de conséquence, est que François Villon a connu les Coquillards, qu'il a su et écrit leur jargon '•, que deux de ses amis, Régnier de Montigny et Colin de Cayeux. firent partie de cette bande de malfaiteurs.
François Villon a nommé Régnier de Montigny aux h. xvn et xvin de ses lais où il n'a guère fait mention que des connaissances de sa jeunesse. Dans la ballade II du Jargon il rappelle son supplice (septembre 14^7) :
Montigny y fut par exemple
tiien attaché au halle grup
Et y jargonnast il le tremple.
Dont l'amboureux luy rompt le suc. -
Quant à Colin de Cayeux il est nommé au v. 1675 du Grant Testament dans la ballade que Villon dédia aux enfants perdus :
Beaulx cnfans, vous perdez la plus Belle rose de vo chappeau ;