I. Pantagruel, 1. II, ch. xi
aujourd'hui fort riches et grands seigneurs, qu'on ne les. trouvasi possible descendus de quelque pauvre belistre, qui n'auroit fait toute sa vie autre chose qu'estaller une jambe toute mangée et my pourrie de chancre à l'entrée de quelque temple ou aux lieux où le peuple convient et fréquente le plus ? Tesmoin l'elegant et insigne orateur belistral unique Ragot, jadis tant renommé entre les gueux de Paris, comme le parangon, roy et souverain maistre d'iceux, lequel a tant fait en plaidant pour le bissac d'autruy qu'il en a laissé de ses enfans pourveus avec des plus notables et fameuses personnes que l'on sçauroit trouver ^
Ajoutons que Pierre de Larivey, dans sa comédie (( Les Jaloux » (acte Y, se. n), désigne les gueux par chevaliers du roi Ragot ^.
Deux pièces en vers du xvi*' siècle sur ce fameux personnage nous intéressent particulièrement. La première porte le titre : u Le grand regret et complaincte du preux et vaillant capitaine Ragot, très scientifique en l'art de parfaicte belistrerie », remémorant les bons tours et les bonnes repues franches du temps passé '\ L'autre pièce, plus importante sous le rapport linguistique, est intitulée :
Le Testament du hauit et notable homme Nommé Ragot, lequel en son vivant A affronté mainte fine personne.
Actiaptez lay et le payez contant.
1. Tahureau, Dialogues non moins profitables que facétieux, i5G2, p. i3/i.
2. Nous renvoyons à Fr. -Michel (p. xxxvi s.) pour d'autres citations sur llagot tirées de Marot, d'Henri Estienne, de Brantôme, de d'Aubigné. Voir également sur Ragot la note de La Borderie dans, son édition des Propos rustiques (p. 2o3 à 206).
3. Montaiglon, Becueil des poésies des XV° et XVI' siècles, v, i/i3-i46>
L'auteur de ce curieux opuscule rapporte que Jehan Ragot, « noble gueux » en son temps :
Entre les gueux tenu le plus sulitil...
se préparc, à l'approche de la mort, à faire son testament et à disposer de ses biens :
Pour attraper sou ventes fois billon, J'ay excédé maistre François Villon.
Après avoir invoqué le témoignage des moines — Cordeliers, Carmes et Augustins — et celui des mendiants de toutes catégories — « gueux de Lubie, cagnardicrs, goufarins », — il lègue tour à tour :
A tous vrais gueux qui brouenl dessus le goarl. Je leur laisse, pour toute recompense, Mon kalendrier...
Aux mendians qui vont par le chemin.
Sans porter croix (Vaulberf, ne pied, ne henné. Je veux escripre dedans mon parchemin Que je leur donne ma blesse et salverneK...
Retenons ces deux mots jargonnesques : hevme (liard ?) el blesse (sacoche de gueux P), de sens indécis et d'origine obscure.
Ibidem, p. i/i7-i5/i.
4o INTRODUCTION