Le Moyen de parvenir, éd. Jacob, p
2. Le bibliophile Jacob, éditeur du Moyen de parvenir, penso qu'il s'agit ici du Cathay, ou Grande Tartarie, que Ton nommoit alors (?) le Calhu ; le dernier éditeur du même ouvrage, M. Royer, laisse la locution inexpliquée dans son glossaire.
3. Il s'agit du savon que mâchaient les gueux pour mieux simuler l'épilopsie par l'écume qui leur sortoit par la bouche.
h. Le Moyen de parvenir, éd. Royer, t. I, p. 128.
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Aussi est il certain que le jergon par le moyen duquel ils [les larrons] s'entretiennent, et leurs banques s'entrerespondent, ne fut jamais en si grande perlection. Lequel leur est un advanlage par dessus tous princes quelque grans qu'ils soyent : car les princes, par faute de jergon, sont en la plus grand' peine du monde d'inventer tous les jours des chiffres nouveaux, et qui nonobstant sont souventdechifTrcz par ceux qu'ils ne vouldroyent : au contraire ces messieurs là, sans se tant tourmenter, ont tellement enrichi depuis nostre temps leur langage jergonnesque, et l'ont si bien estudié, que sans avoir peur désire descouvers par autres que ceux de leur ptoj'ession, sçavent negotier fort dextrement ensemble K
L'auteur semble exagérer les progrès du vocabulaire argotique dans la seconde moitié du xvr siècle, et son caractère strictement secret. La véritable transformation du lexique jargonnesque n'aura lieu que dans les premières années du xvu" siècle, et c'est là une véritable démarcation entre les trois étapes : le Jobelin du xv*" siècle, le blesquin du xvi" et \q jargon du xvu'.
Quant au prétendu mystère de cette langue spéciale, les nombreux exemples littéraires que nous venons de citer prouvent qu'elle avait depuis longtemps-
I. Ed. Ristelhuber, t. I, p. 2fi. Henri Estiennc continue ainsi: « Au demourant, s'il faut venir aux subtilitez, il est certain que- Villon, qui en a avitrefois faict leçon à tous ceux de son temps, en apprendroit plus que jamais il n'en a sçeu, du moindre des nostres. Je ne dis pas toutesfois qu'il n'ait esté brave homme de son mestier (car il ne seroit point séant à un Parisien de parler autrement de luy) et qu'il ne montroit qu'il avoit de l'esprit: mais depuis que nos couppebourses ou happebourses se sont frottez aux robbes de ceux d'Italie, il faut confesser qu'on a bien veu d'autres tours d'habileté qu'on n'avoit accoustumé de voir».
cessé d'être impénétrable. De plus, deux documents curieux de la fin duxvi' siècle montreront que le jargon avait dfyà livré aux profanes tous ses secrets : c'est le (( Sonnet en authentique langage soudardant » du capitaine Lasphrise (1597), et le petit glossaire qu'on lit dans le second livre des « Serées » de Guillaume Bouchet (1598). On trouvera l'un et l'autre parmi les pièces documentaires de l'argot.
Nous arrivons ainsi à l'unique monument jargonnesque du xvi' siècle, la a Vie généreuse des Mercelots, Gueuz et Boesmiens »> (1096), contenant leur façon de vivre, subtilités et jargon.
L'auteur de cet opuscule s'intitule « Monsieur Peehon de Raby, (îentilhomme Breton », pseudonyme que le lexique blesquien, ajouté à l'ouvrage, explique ainsi : (» Peghon de Ruby, Enfant esveillé », entendant par « enfant » Tapprenti voleur. La forme méridionale peehon est encore usuelle dans les Alpes et répond au marseillais plchoun, petit, enfant ; quant à rabi, c'est le nom qu'on donne à Marseille au portefaix de la dernière classe.
L'opuscule, à en juger d'après les notes explicatives au bas des pages, semblait destiné au grand public. C'est le code des argotiers à la fin du xvi*' siècle, embrassant les trois classes vagabondes de l'épo-
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que : les petits merciers (mercelots) , les mendiants {gueux) et les filous (bohémiens). Leur langage spécial, leblesquien, touten renfermant quelques éléments nouveaux, ne semble ^uère différent de celui du « Jargon de l'Argot reformé », qui divise lui aussi en trois bandes le monde argotique : (( Pour estre parfaict Argoticr, il fautsçavoir le jargon des Blesches ou Merciers, la Iruche comme les Gueux, et la subtilité des Couppeurs de bources ^ » . Ces derniers sont donc censés représenter les Boesmiens de la u Vie généreuse » .
Les détails que nous fournit la « Vie généreuse » sur ces Nomades sont utiles à retenir. Les rapports, fréquents dès cette époque, entre les Bohémiens de France et les Gueux proprement dits témoignent que les premiers s'étaient assimilé le jargon de leurs rivaux sans rien ajouter de leur propre fonds ; et en fait, le vocabulaire de l'argot ancien jusqu'à la fin du xvm' siècle ignore toute trace d'élément tsigane.
C'est là un phénomène singulier et qui mérite de nous arrêter.
La première mention de la présence des Bohémiens en France se trouve dans le « Journal d'un bourgeois de Paris », qui, sous l'année 1427, relate leur arrivée :
Le dimenche d'après la my aoust, qui fut le wii*' jour d'aoust ou dit an mil IIIP XXVH (1427), vindrent à Paris Xtl penan-