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Le style poissard

Le genre burlesque du xvii" siècle trouve son pendant dans le style poissard du xvni% représenté tout particulièrement dans l'œuvre du chansonnier et auteur dramatique Jean-Joseph Vadé (1720-1757).

Le style poissard est foncièrement identique au bas-langage parisien de l'époque, à ce qu'on a appelé plus spécialement le langage des halles. Le terme poissard désignait au xvi° siècle le larron (Cotgrave), au xvn" le savetier (Oudin, i6/io) ; le féminin poissarde est expliqué par u une vendeuse de marée, par mespris » (Oudin), ce que Furetière (1690) rend plus explicitement : « Poissarde, terme injurieux que se disent les harangères les unes aux autres pour se reprocher leur malpropreté. » Ce sobriquet injurieux des harengères devint le nom même d'un style émaillé de gros mots et de jurons vulgaires.

L'argot y joue un rôle absolument effacé ; toute la littérature poissarde ne compte pas une douzaine de termes jargonnesques, dont une bonne moitié au moins se retrouve dans le chef-d'œuvre du genre, « La Pipe cassée, poème épi-tragi-poissardi-héroicomique », de Vadé.

Dans le deuxième chant :

Avons-je du vin ? Non.

Parlez donc, monsieur le garçon

Apportez du pivois, hé vite...

Et vers la fin du chant suivant :

— Pour un rien vous vous argotez.

Quoi, qui vous met tant en colère ?

Des gnilles.* Via ce qui faut faire.

Faut les solir cheux 1' tapissier.

Hé puis partager \e poussier.

— Copère, interrompt la Tulipe, Je donnerois quasi ma pipe Pour être comme toi ch'nument Retors dans le capablement.

Remarquons que les termes pivois et chenument étaient depuis longtemps populaires^ ; ce dernier revient fréquemment sous la plume de Vadé, dans <( Jérôme et Fanchonnette » (se, ii), dans les « Lettres de la Grenouillère » , et dans bien d'autres passages.

Par contre, des termes comme poussier pour « argent » (cité ci-dessus). Chariot ipour u bourreau », ce dernier figurant dans le second des (( Quatre bouquets poissards » :

Allez, monsieur le beau, que Chariot vous endorme. Tirez d'ici, meuble du Châtelet...

OU efïïCOTe comme gonze, pour « nigaud ))y dans le quatrième des mêmes Bouquets :

1. On lit trois fois pivois, vin, dans la Description de la ville d'Amsterdam en vers burlesques de Pierre le Jolie (v. Fr.-Michel, p. 827). Cf. Philibert Le Roux, Dictionnaire comique ([1718) : « ClienUr mot fort usité à Paris, en la place de bon, délicat, exquis, de bon goût, délicieux, admirable. »

LE XVIIl" SIÈCLE 6^.

Allez, gonze.

S'il est fiché ; vous, vous êtes fichu. Chien d'Aumônier du cheval de bronze.

Bel ange à double pied fourchu...

ont été vulgaires avant de pénétrer dans l'argot ^

Le u Déjeuner de la Râpée » de l'Ecluse, autre production capitale du style poissard, n'est pas plus riche en fait d'argot. Nous n'en avons constaté que deux traces, toutes les deux sur la même page - : u Tu as eu la tapette et le baudru^, je t'avais vu faire la procession de la ville derrière le confessionnal à deux roues à Chariot qui t'a marqué l'épaule au poinçon de Paris... » Et plus bas : « Aile Youluijaspiner avec moi... » Encore ce dernier terme €st-il commun à plusieurs patois (Berry, Poitou, Normandie, etc.,) et Le Roux le donne dans son i)ictionnaire comique (1718) : « Jaspinei\ jaser, bavarder ».

I. Au sens d'individu, gonze se lit dans le Bagoiin de La Fontaine, acte IV, se. m :

Elle va ramasser dans les ruiseaux des halles Les bons mots des courtauds, les pointes triviales. Dont au bout du Pont-Neuf, au son du tambourin. Monté sur deux tréteaux, l'illustre Tabarin Amusoit autrefois et la nymphe et le gonze De la cour de miracle et du cheval de bronze.

Dans le fourbesque, gonzo signifie « rustre » (en italien : niais), dVjù gonze, homme, et gonzesse, femme, termes qu'on trouve en argot pour la première fois dans le vocabulaire de Vidocq (1887).

Quant k poussier, argent, il est inconnu avant l'édition de i83G du Jargon de l'Argot réjormé. Comme terme du bas-langage, il figure dans les Porcherons de 1778 (v. Fr.-Michel, p. 34 1).

3. Voir les Œuvres poissardes de J. J. Vadé, suivies de celles de l'Ecluse, Paris, 170O, p. 97. Cf. p. ii5 :

Il avoit la semaine...

La toquante d'argent.

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