C'est-à-dire : la marque (sur l'épaule) et le fouet
Nous ne pouvons donc partager l'opinion de ceux qui voient dans le style poissard a un mélange de parler parisien et d'argot* », le jargon n'y entrant à peu près pour rien. Ce style représente simplement la réaction du langage populaire contre les tendances puristes des grammairiens du xviii" siècle. Lorsque Sébastien Mercier remarque, en 1783, dans son (( Tableau de Paris )), que : « Les mots proscrits de la langue sont positivement dans toutes les bouches », il ne pense nullement à l'argot-, mais au bas-langage parisien, comme le prouvent les exemples qu'il cite (baffre, gloutonnerie, merlan, garçon coiffeur, sapin, fiacre, etc.) ^.
Le bas-langage parisien et l'argot ne se confonderont que dans la seconde moitié du xix" siècle ; au xviii% une pareille fusion est encore inconnue.
Louvet de Couvray, dans son « Faublas », est le premier romancier qui ait cité de l'argot en le commentant, mais la note est brève.: « En termes d'argot, allamer, signifie guetter, battre Vantif veut dire rôder dans les environs* ».
1. F. Gohin, Les transformations de la langue française pendant la deuxième moitié du XVIII' siècle (17/10-1789), Paris, s. d., p. i5o et suiv. : Argot et langue poissarde. Livre d'ailleurs remarquable et qui nous a rendu des services.
a. Idem, ibidem, p. i5i.
3. M. Gohin, p. i5/i, range sous la rubrique Argot des mots comme: nYtou, fichant, fareau, casaquin, gnole, s'argoter (= se disputer), être en bringue (^ ètrs casse), etc. », Tous ces termes appartiennent au bas-langage parisien et n'ont rien de commun avec le jargon.
A. Les Amours du Chevalier d£ Faublas, Paris, 1787-1790, réimpr. Garnier, t. II, p. 16.
LE XVIir SIECLE 7I
Plus explicite, une pièce curieuse de la même époque : « Le Rat du Châtelet » (1790), en fournit toute une phraséologie, qui n'est pas sans intérêt pour la chronologie des termes d'argot.