Un document de F époque révolutionnaire
L' « Almanach des prisons de 1795 », de Coissin, a un caractère plus spécial. 11 renferme des expressions et des termes argotiques qui sont encore vivaces et dont plusieurs ont pénétré dans la langue générale K Nous avons cité (p. 12) le passage relatif à griache. Voici maintenant les autres :
Outre le concierge, ou son représenlant, il y a dans le guichet un ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paraisse, l'inspecteur des personnes qui entrent et qui sortent. ( hiand il a des distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles : Allumez le mislon (allumer, mot d'argot qui veut dire : regardez sous le nez ; miston, de l'individu). Le guichetier les répète à ses camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau prisonnier, on recommande aux guichetiers (ïnllumer le mislon, afin qu'il soit généralement connu ot ne puisse se donner i)Our étranger"^.
C'est là le plus ancien exemple que nous ayons dUdlumer. Quant à miston, un petit dictionnaire
I. Un littérateur peu scrupuleux de l'époque, Jean-Baptiste Nougaret, dans son Histoire des prisons de Paris et des départements Otot)» a plagié les passages techniques de 1' «Almanach», sans en laire la moindre mention.
a, Almanach des prisons, p. ii := Nougaret, II, j.
d'argot de iS/j/i le rend par u jeune homme » (provençal mistoun, bambin) ; le féminin, mistonne, se lit dans Bruant au sens d' ((amante». Mais la locution complète ne signifie nullement (( préparer un vol », comme le prétend Delesalle ^ ni (( commencer l'action », suivant un manuscrit de i83o allégué par Larchey^.
L'autre moitié (du greffe) est le lieu où l'on dépose les condamnés.., que le guichetier appelle dans leur langage tôle 3..,
Ce terme, plus correctement transcrit par Vidocq : Taule, maison, est encore vivace, surtout son dérivé : entôler, entrer dans une maison avec le dessein d'y voler, d'où l'on a tiré récemment entôleuse, prostituée qui vole un client dans un endroit clos, et entôlage, vol commis dans ces conditions.
Du greffe, on entre en plein pied, en ouvrant toutesfois d'énormes portes, dans des cachots ajjpellés la Souricière '\
C'est là un des termes des prisons qui a passé dans la langue. Litti-é en donne ces trois définitions :
i" Piège que la police dresse aux malfaiteurs, quand, s'emparant d'une de leurs retraites sans qu'ils le sachent, elle les saisit un à un à mesure qu'ils rentrent ;