I. — Le Procès des Coquillards
C'est la première bande de malfaiteurs dont Torganisation nous soit connue dans tous ses détails, grâce aux dossiers des procès criminels conservés dans les Archives départementales de la Côte-d'Or (série B, 36o, vi). Déjà, en 1842, l'archiviste dijonnais Joseph Garnier avait donné dans une brochure des extraits assez importants de l'enquête menée par le procureur de la ville de Dijon, entre le 3 octobre et le 5 décembre ili^^b; mais ce n'est que cinquante ans plus tard que Marcel Schwob en a publié des fragments plus étendus dans le VJP volume des Mémoires de la Société de linguistique (1892). Il avait d'ailleurs intégralement copié la partie jargonnesque proprement dite de ce premier moimment de l'argot, et c'est cette copie que nous reproduisons plus loin.
Dans l'Introduction, nous avons relevé les nombreux éléments ethniques que comptait la bande des compa-
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gnons de la Coquille. Parmi les noms révélés par le barbier Perrenet le Fournier figurent : Andrey le Provensal, Petit Jehan... dit le petit l'Espaignol, Oudet Durax dit Gascon de Bordeaulx, etc.
Cette constatation est importante à retenir : elle nous explique la présence de certains termes méridionaux et espagnols dans le vocabulaire des Coquillards. Citons, parmi les premiers, le mot hazir, tuer, encore aujourd'hui vivace dans le Midi; et parmi les autres, les vocables espagnols taqainade, terme du jeu des dés (divertissement favori des Coquillards) et godiz, nom qu'ils donnaient au richard, le miloiir des Mystères.
Dans ce même vocabulaire, breton signifie un voleur, et gascaire, un apprenti voleur, proprement un mauvais Gascon. Bretons et Gascons avaient depuis longtemps cette réputation fâcheuse. Un ancien proverbe disait : (( Qui fit Breton, il fît larron i », et Oudin note dans ses Curiosltez (iG4o) cette locution : « in tour de Breton, un croc en janribe ». D'ailleurs, un document cité par Du Cange (V' Brltones), sous l'année iSgo, y fait déjà allusion : « Per illas partes transierunt gentes armorum J5/7iones et pillardi,et amoverunt quatuor jumenta ». Quant aux Gascons, après Marot et d'autres, d'Aubigné les traite sans indulgence dans son Baron de Fœneste : « Je proteste que j'ai choisi vostre pais [la Gascogne] pour y avoir plus de cherve2 qu'ailleurs, mais non pas plus de larrons •^. »
L'ancien français domine naturellement dans le jargon
1. Fleury de Bellingen, Etymologie des proverbes français, La Haye, [650, p. i33.