LE PROCÈS DES COQUILLARDS
a) Termes de la langue générale : Cercle (sceau), cracher^ (parler), envoyeur (nssussin), es toffe (butin = étoile), fourbe (voleur = celui qui nettoie), long- (habile), marine (justice), plant (écoulement d'un faux lingot), quille (jambe), ras (prêtre), serre (main), sire (dupe), torlure (jour), vendangeur (voleur).
h) Termes archaïïiues : Desbochilleur (tricheur = qui dépouille les arbres), desrocheur (tricheur = démolisseur), des sarq ue ur (Iricheur = qui extirpe), es lever (escroquer == tenir le manche de la charrue, conduire habilement), g affre (sergent = bâton garni d'un crochet), galier (cheval = rosse), jarte (robe = poil dans la laine), inouhc (bouche = moue), rouhe (justice = roue), etc.
Les suivants sont d'origine obscure : hairguc (grand blanc), imiiche (nom de dé), puille (de l'argent), .s'oy^' Rolland (crochet à ouvrir quelque chose à force).
Voici ce précieux document qu'on lira ici pour la première fois dans son intégrité :
LES GOQLTLLARS
Le cas est tel. Depuis deux ans ença ont repairié et repairent eu ccste ville de Dijon pluseurs compaignons, oizeux et vaccabundes, qui lorsqu'ilz sont arrivez, et durant le temps qu'ilz
I. Sens encore usuel au xvi' siècle ; Henri Estienne, en parlant d'un condamné à la pendaison {Apologie d'Hérodote, éd. Ristelhuber, I, ai6): « ... par le moyen duquel il obtint sa grâce du roy, pour avoir craché quelques mots de latin, lesquels... firent penser que c'estoit quelque homme de service. » Oudin(i6/|o) donne : « Cracher une sentence, i. dire » et Le Roux (1718) : (( Cracher, pour parler... » Cf. aujourd'hui, dans le bas-langage, tenir le crachoir, pour pérorer.
■2. Dans un lexique de 1S2Ç) (Mémoires d'un forçat), long désigne au contraire le niais, la dnpe.
DOCUMENTS JARGONNESQUES
,,se tienent en cesie dite ville, ne font riens, senon boire, mengier et mener grant despense, jouer aux dcz, aux quartes, aux marelles et aultres jeux ; continuelement se tienent le plus commun, et par especial de nuyt, au bordeaul la ou ilz mainnent orde, ville et dissolue vie de ruffiens et bouliers, perdent aulcune fois et despendent tout leur argent : et tant font qu'ilz ne ont denier ne maille. Et lors, après ce qu'ilz ont prins et esté aleurspovres filles communes, qu'ilz maintiennent audit bordeaul, tout ce qu'ilz peuvent avoir d'elles, se partent les aulcuns et s'en vont l'on ne sait ou, et demeurent aulcunes fois XV. jours, aultres fois .1. mois bu Yl. scpmaines. Et retournent les aulcuns a cheval, les aultres a pied, bien vestuz et habilliez, bien garniz d'or et argent, et ' recommencent a mener avec aulcuns aultres qui les ont attenduz, ou aultres qui sont venuz de nouvel, leurs jeux et dissolucions accous-
ftumez. Et est vray que lesdits compaignons ont entreulx certain langaige de jargon et aultres signes a quoy ils s'entrecongnoissent ; et s'appellent, iceulx galans, les Coquillars, qui est a entendre les compaignons de la Coquille, lesquels, comme l'en dit, ont ung Roy, qui se nomme le Roy de la Coquille. Et est vray, comme l'en dit, que les aulcuns desdits Coquillars sont crocheteurs d'usscries, arches et coffres ; les aultres sont tresgeteurs et desrobent les gens en changeant or a monnoye, ou monnoye a or, ou en achetant aulcunes marchandises ; les aultres vont, portent et vendent faulx lingoz et faulses chainnes en façoh d'or ; les aultres portent et vendent ou engaigent faulses piereries en lieu de dyamanz, rubiz et aultres pierres précieuses ; les aultres se couchent en quelque hostelerie avec aulcun marchant et se desrobent eulx meismes, et ledit marchant, et ont homme propre auquel ils baillent le larrecin et puis se complaingnent avec le marchant desrobey ; les aultres jouent de faulx dez d'advanlaige et chargiez, et y gaignent tout l'argent de ceulx a qui ilz jouent ; les aultres sçaivent subtilitez telles au jeu de quartes et de marelles, que l'en ne pourroit guaigner contre eulx. Et qui pis est, les pluseurs sont espieurs et aggresseurs de bois et de chemins, larrons et muldriers ; et est a présumer que ainsi