LES BALLADES DE VILLON II
I* Six ballades se rencontrent à la suite de l'édition imprimée par Lcvet, en 1^89.
a" Onq autres se trouvent dans le ms. français LUI de Stockholm.
Ces textes, qui n'ont ^ère qu'un intérêt linguistique et biographique (comment juger de la valeur littéraire de morceaux que nous entendons incomplètement ?), ont fait l'objet des commentaires les plus étendus. Leur mystère a séduit à défaut de leur sens et de leur rythme. Il convient de rejeter impitoyablement tout ce qui a été écrit sur ce sujet avant les communications de Marcel Schwob à l'Institut, en 1890, et Tétude malheureusement interrompue qu'il donna la même année dans les Mémoires de la Société de Linguistique (t. VII).
Comme la question de l'authenticité de ces morceaux a été mise en doute, il convient d'examiner ici leur mode de transmission.
Sept ballades en jargon peuvent être considérées comme d'attribution certaine. « Six figurent depuis l'édition de 1489 dans l'œuvre de Villon, la septième conservée par le ms. F, [ms. de Stockholm] . donne le nom de Villon en acrostiche », dit M. Vuguste Longnon dans sa récente édition des œuvres du poète'. On en trouvera un texte déjà soigneusement établi dans les Œuvres complètes données par le même critique en 1892, p. 1 45-1 58 ; M. A. Longnon écrivait dans sa notice, p. 254 :
« Le texte des six premières ballades du jargon, les seules connues jusqu'à ces dernières années, ne nous a été conservé que par les éditions du x^^ siècle qui dérivent toutes, par un plus ou moins grand nombre d'intermédiaires, d'un manuscrit inconnu. Non seulement la langue de ces pièces, qui, en raison de son caractère secret, offre encore de très grandes obscurités, mais encore leurs irrégularités ne permettent guère de tenter d'en établir un texte critique. Noos avons fait cependant de notre mieux en nous aidant des plus anciennes
I. François Villon, Œuvres, éditées par un ancien archiviste, Paris, iQii.
Il8 DOCUMENTS JARGONNESQUES
éditions et des données que l'on possède sur le vocabulaire argotique. Mais les éditions gothiques, dont la chronologie n'est pas d'ailleurs encore établie, présentent des variantes tellement nombreuses et une notation tellement flottante que nous avons dû renoncer pour cette partie de l'œuvre de Villon au système que nous avons suivi jusqu'ici... »
On ne saurait mieuit dire et plus sagement. Nous avons cependant collationné ces morceaux sur les éditions suivantes :
I. I. édition de Pierre Levet, i489 (Bibl. Nat., Y^ 245) ; 3. éd. s. 1. n. d. (Bibl. Nat., Y^ 2^7) ; 5. éd. de Paris s. d. (Bibl. Nat., Y* 234); 6. éd. J. Treperel, 1497 (Bibl. Nat., \-^ 246); 7. Bibl. Maz., 10818, J. ; 10. éd. J. Treperel, après i5oo (Bibl. Nat., \'' 3i8) ; i3. éd. de Paris rue Neuve Notre Dame (Bibl. Nat., Y* i3oo); i5. éd. G. Nyverd (Bibl. Nat., Y'' 1299 6); 17. éd. V^'' Nyverd (Bibl. Nat., Y44i6); 19. éd. Galiot du Pré, i532 (Bibl. Nat., Y-^ 1295).
Ces collations sont presque négatives. Elles nous font le plus souvent constater une généalogie de fautes dérivées d'un prototype déjà bien incorrect.
-- Ainsi les essais d'interprétation des anciens imprimeurs paraissent assez vains. Nous retiendrons ce fait que le jargon était parfaitement inintelligible aux imprimeurs dès la fin du xV" siècle. Et nous pouvons penser que si Marot a laissé aux successeurs de Villon en l'art de la pince et du croc le soin de débrouiller ces énigmes, ce n'est pas là un mépris de poète courtisan, mais un aveu de son impuissance. Au fond nous sommes aujourd'hui plus instruits par le procès des Goquillards qu'au temps de Levet et de Marot. C'est au juge de Dijon que nous devons d'entendre quelques mots de ces poèmes et de pouvoir corriger dans une certaine mesure le texte de Pierre Levet.
Autant que nous pouvons les entendre, ces pièces sont des conseils donnés aux Compagnons de la Coquille. La seconde, fait allusion au supplice de Colin de Cayeux, pendu en i46o.
Les ballades Vil à XI proviennent, comme nous l'avons dit, du ms. LUI de Stockholm, et la X" contient l'ascrostiche : Villon. Elle a été publiée pour la première fois par M. Auguste