‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 100 sur 157 · Voir Argot Ancien, p. 98 et · texte numérisé non relu

Voir Argot Ancien, p. 98 et

2. (( De mon temps, les comédiens avaient un argot qui leur était particulier... La troupe s'appelait la banque. Pour demander : Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ? On faisait ainsi la question : Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque? Si l'interrogé voulait répondre négativement, il disait : Non, il est lof comme le Raboin, ce qui signifiait : Il est profane comme le Diable » (Mémoires de Mademoiselle Dumesnil, cités par Le petit Dictionnaire des coulisses, Paris, i835, p. i3).

n'en est pas moins familier au français provincial ; dans L'Anjou : Rappliquer, revenir, rentrer, retourner, revenir sur ses pas quand on s'est trompé de chemin, pour en prendre un autre (« ce mot est d'importation récente », Verrier et Onillon). Ratichon, prêtre (1698), encore vivace :

Ils sont tous les mêmes, ces sacrés ratichon* (Méténier, p. 268). D'abord faut vraiment et' cochon Pour pivmlr' dei femiu's à rnlichon.

(Bruant, Dictionnaire, p. 16).

On en a tiré ratiche église ( Nigaud 1 et les dérivés : ratichonner, voler les troncs dans les églises, et ratichonnière, séminaire, couvent d'église (H. -France

Refroidir, tuer, assassiner (Yidocq), mot passé dans le baslangage.

Tous les matins, avant midi, Dans une immeii^ fone, ( )u apport'™ les refroidis Qu'OB «ni pi Ira par grosse.

(Bruant, Rue, I, i53).

Kr.TAi'i'i:, être à la retapée, guetter sur le chemin pour voler on assassiner (1800), terme employé dès l'abord parles malfaiteurs, les Chauffeurs, ensuite par les filles — faire la retappe, se promener dans la rue pour racoler les passants — et passé, avec ce dernier sens, dans le bas-langage.

Ni- m'embobines pas, tu viens de la retappe, chameau ! (Zola, p. 56a). Riffe, feu (1098), rifle (i6a8), vieux terme de jargon encore vivace. La forme plus rare, rifle, est donnée par Rossignol. L' gardien des travaux fait du rif, A menuit...

(Bruant, Rue, II, 206).

J'aurai d' la soupe, du rif, eun' table Et du perlo pour les amis...

(Rictus, Soliloques, p. 6/1).

Avec le sens généralisé, dans l'expression de riffe, ardemment, violemment, de force.

Il ne voulait pas partager, i'ai pris ma part de riffe (Rossignol). Pègre d' naissance, d'autor et de riffe...

(Bruant, Rue, I, 93).

On en a tiré : riffaudante, pipe et flamme, riffauder, brûler, fouetter un cheval, riffaudeur, incendiaire (Rigaud). On lit isolément rufer, se démener avec ardeur (cf. de riffe), dans

2ÔO CONCLUSION

Méténier, p. 291 : « Quand j'ai ouvert les yeux, tout rufait autour de moi ».

Rond, sou (i5g6), mot tout à fait populaire. Un an de prison pour deux ronds ! (Méténier, p. 111). Si j'ai pas F rond, mon surin bouge...

(Richepin, Gueux, p. 19A).

Il n'a plus le rond (Poulot, p. G9).

De même, dans le français provincial, Anjou, etc.

Roublard, laid, défectueux (Yidocq) ; aujourd'hui, rusé, malin et sans scrupules (Bavard), sens à la fois familier au bas-langage parisien et au français provincial.

Il commence à devenir roublard (Poulot, p. i3o).

Il s'engraissait de sa roublardise (Zola, p. 4o8).

Dans le langage des filles, roublard désigne le riche, c'est-àdire l'homme aux roubles (Rigaud), et cette interprétation fantaisiste a passé dans le Supplément de Littré.

Roupiller, dormir (1628), mot depuis longtemps populaire et appartenant aujourd'hui à la langue générale. Ménage (i65o) l'ignore encore, le Dictionnaire de l'Académie ne l'admet que dans son édition de 1718 et Richelet remarque expressément (1728) : « Roupiller, mot de Paris, mais qui est bas et burlesque, pour dire s'endormir immédiatement après le repas. » Ce verbe du bas-langage parisien dérive de l'argot où il est antérieurement attesté, mais à son tour, le mot argotique est de provenance dialectale. Dans les patois, roupiller signifie : i° Ronfler en dormant (Picard, Gorblet) ; 2° Râler (Bas-Maine, Dottin) ;

3° Murmurer, faire un léger bruit soit en pleurant soit en parlant : il faut obéir sans roupiller (\ormand d'Yères, Delboulle).

L'argot ancien, en adoptant le mot, lui a donné le sens de « dormir », acception spécialement jargonnesque qui a passé au français (v. Glossaire).

Rousse, agent de police (Vidocq), aujourd'hui surtout au sens de « police », et roussin, policier (Rossignol). Eh ben ! oui, j' suis bu. Et puis, quoi? Que qu' vous m' voulez, messieurs d' la rousse? Este' que vous n'aimez pas comm' moi A vous rincer la gargarousse ?

(Richepin, Gueux, p. 16b).

Entre eux, ils sont un peu frères, un peu cousins, Aussi dénichent-ils des gosses, des petites,

LES SURVIVANCES DE L'ARGOT ANCIEN 2Ôl

Ou'ils envoient mendier en guettant les roussins, Pour se payer deux ronds de frites.

(Idem, p. i7'i).

La rousse a beau serré les mailles Du filet qu'elle tend aux déchus...

(Bruant, Rue, I, 48).

Le* rousses y ont passé... A moi, les aminches ! les rousses veulent m'assassiner ! (Méténier, p. 3i et 209).

Espèce de roussin... ce n'est pas toi qui les paie... T'es de la rousse alors! (Poulot, p. 33 et 56).

Ce roussin de père Colomb... Ce mufe de président ressemblait à un roussiu (Zola, p. 00 et 108).

Suivant Delvau, roussin ou roussi désignent, dans le jargon des mécaniciens, l'inspecteur d'une grande administration, le contrôleur de chemin de fer.

Sigue, pièce d'or (Vidocq), mot passé dans le bas-langage, aussi sous la forme cig, pièce de vingt francs (Rossignol).

T'était bien aise de palper ses signes (Méténier, p. 193). Pour une sigue on la déshabille A la Bastille...

(Bruant, Rue, I, 12O).

Ouss' là y gagn'nt cinq cigs par mois Et veul'nt la faire aux gas braisés...

(IUctus, Soliloques, p. 3A).

Rossignol cite encore la forme amplifiée cigare, répondant à celle de cigale chez Vidocq, une des nombreuses déformations qu'a subies ce mot (v. Glossaire).

Sorgue, nuit (1628), encore vivace : la grande sorgue, la grande nuit, la mort, sougueu, dormir (Rossignol). Deux birbes qui sorguaient à la paire (Méténier, p. 157). Et pis après, c'est la grand' sorgue, Toi, tu t'en iras chez Maquart, Moi, j'irai p't'èt ben à la morgue...

(Bruant, Rue, I, 1 53).

Pour six ronds au Château-Rouge, On sorguait avec sa gouge, A la plac' Maubert...

(Idem, II, Gi).

Surin, couteau (Vidocq), et suriner, tuer à coups de couteau, l'un et l'autre mots encore vivaces.

T'a pas envie de me suriner, je suppose ? (Méténier, p. 197). Si j'ai pas 1' rond, mon surin bouge.

(Richepin, Gueux, p. 19/1).

Ts auront tous dans leur poche EF surin ouvert...

(Bruant, Bue, II, 62).

Et quand faut suriner un pante E' y reste là... les bras ballants...

(Idem, II, 72).

Mot très usuel dans le langage des casernes (Merlin) et dans le français provincial : Anjou, surin, couteau, ne se dit qu'en plaisantant : « ce mot est très employé » (Verrier et Onillon). Taffe, peur (Vidocq) : je n'ose sortir la nuit, j'ai le taf (Rossignol), à côté de taffeur, poltron, et taffer, avoir peur (H. -France).

Ils auront beau se faire la paire ! Au fond, il n'y a pas plus taffeurs... Tous les journalisses tajfaient derrière moi (Méténier, p. 196 et 290). J'ai pensé, pour m' tirer d' peines, A m' fair' frèr' des écol's chrétiennes, Ah ! ouiche ! Et 1' taf des tribunaux;;»

(Richepin, Gueux, p. 187).

Il est peloteur, mais très réservé, car il a taf (Poulot, p. 83). Seigneur ! qu'est-ce qu'il a donc ? répétait Gervaise prise de taf (Zola, p. 2/18).

On appelle plaisamment Royal-Taffeur un régiment imaginaire dans lequel on incorpore tous les poltrons (H. -France).

Taule, maison (Vidocq) ; aujourd'hui surtout sous la forme tôle, demeure, domicile, chambre : je rentre au coucher à la tôle (Rossignol). Mot très usuel dans le langage des ouvriers.

Il prend ses quatre litres avant de rentrera la taule (Poulot, p. 71).

Le mot a en outre le sens de maison de tolérance et d'auberge ; grosse tôle, prison, dans le langage des matelots (Rigaud) ; de là tôlier, tenancier ou aubergiste ; se tôler, rentrer chez soi (Bruant), à côté de tollard, lit des forçats au bagne (Larchey).

Thune, aumône (1628), aujourd'hui, pièce de cinq francs (Rossignol). Terme passé dans le bas-langage.

Si elle bouge pas, elle aura ses deux thunes par semaine (Méténier, p. 2/12).

Dans le langage des souteneurs et des filles : Avec un' frim' comm' j'en ai une, Un inariol sait trouver d' la thune.

(Richepin, Gueux, p. 188).

Pour eun' thune a r'tir' son chapeau, Pour deux thunes a r'tir' son manteau...

(Bruant, Rue, I, 126).

Dans celui des marins:

... et nous glissons Dans leur main sale un peu de tlumc

(Kichcpin, Mer, p. 17a).

Ça lui fout du baum' dans le oanir De peoser qu'un' gros*' thune

l'eut procurer beaucoup d' bonheur \ <T pauvr's bougres sans fortune.

(Nibor, p. ioa).

Au marché du Temple, thune est un des noms qu'on donne à l'argent, à la monnaie (v. ci-dessus, braise).

Toc, cuivre, mauvais bijou (Vidocq), mot devenu tout à fait populaire (v. le Supplément de Littré), comme son emploi figuré qui suit.

Toc, tocasse, méchant «Vidocq), aujourd'hui laid, de peu de valeur (Hayard) ou vilain, faux : Quelque chose de vilain est toc, un objet en faux est en toc (Rossignol).

Trouver une petite gigolette pas trop toc (Méténier, p. 101). Tous les autres vins c'est du toc.

(Bruant, Route, p. &3).

C'est rien toc, ma vieille, pour chacun vingt ronds nous avons vu Ida la femme à la bouteille (Poulot, p. 268).

si toc et province... Je juge qu'ils sont faux en toc (Mirbeau, p. a3 et itl'i).

On en a tiré : tocard, méchant, mauvais : n'approchez pas de ce cheval, il est tout ce qu'il y a de tocard ; un tocard, en langage des parieurs aux courses, est un cheval sans valeur, qui n'a aucune chance de gagner ; — tocard, vieux galantin, et tocarde, vieille coquette (Delvau) ; tocasson, vieux, mauvais : un mauvais cheval est un tocasson (Rossignol); tocarde, femme laide, ridicule et prétentieuse (Delvau).

Toccante, montre (1725), mot depuis longtemps populaire.

Les petits bibelots avaient fondu, à commencer par la toquante, une montre de douze francs, jusqu'aux photographies de la famille (Zola, p. ôoG).

Toitrnvnte, clé (1628), encore usuel (Rossignol). Tracqie, peur (Vidocq) : avoir le trac, avoir peur, traqueur, peureux, celui qui a le trac (Rossignol). Terme tout à fait populaire.

Moi, d' marcher ça n' me fout pas 1' trac.

(Richepin, Gueux, p. 171).

Celle-ci eut un joli trac (Zola, p. 5G2).

Trèfle, tabac (Vidocq), mot familier au bas-langage, et surtout aux troupiers (Merlin).

Trimer, marcher (1628), trimard, chemin, et trimarder, cheminer (1628), termes encore vivaces et généralisés dans la langue où trimer a le sens de « travailler beaucoup » et trimarder, voyager à pied.

i° Dans le bas-langage, ces mots sont attestés dès le xvmc siècle; aujourd'hui, surtout dans la bouche des :

a. Gueux et vagabonds :

Allez, allez, la canaille, Trimer dur, ferme et longtemps !

(Richepin, Gueux, p. 3<i).

J' suis un trimardeur, un voyou...

(Bruant, Route, p. 2 4).

b. Porte-balles et marchands ambulants : Trimard, éventaire, balle de colporteur, boutique de forain ; trimer, marcher pour placer de la marchandise (Rigaud).

c. Filles : Faire son trimard, raccrocher ; faire trimer, se moquer des gens en les faisant poser (Delvau) ; tr imar dense , fille qui fait le trottoir (Virmaitre) *.

d. Ouvriers : Un ouvrier qui va de ville en ville chercher du travail, va sur le trimard... Il faut trimer ferme pour élever sa famille (Rossignol). - Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France, il trimarde, mais en travaillant (Virmaitre,).

Moi, après avoir bien trimé... je mourrais volontiers dans mon lit ! (Zola, p. /iq).

e. Marins :

Viv' le service Et 1' tr image de nos bords !

(Nibor, p. 82).

2° Dans les parlers spéciaux : mourmé, bas-breton, etc. 2.

3° Dans les parlers provinciaux ; aux renseignements déjà donnés3 ajoutons :

Champagne, trimard, bruit, tracas, embarras (Tarbé) ;

Lorraine et Vosges, trimazots et trimouzettes, nom des jeunes filles habillées de blanc et parées de rubans qui, le premier

1. Dans des textes du xvin' siècle, trimard est parfois pris dans un sens libre (v. Fr. Michel, p. 4o8).

a. Voir Argot Ancien, p. 210 et 261.

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