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Les Sources de l'Argot Ancien, t. II. 16

Le mot a passé dans plusieurs parlers provinciaux : Anjou, Provence, Genève, etc.

Montant, pantalon (Vidocq), encore usuel (Rossignol) et passé dans le jargon des revendeurs du Temple : « Le pantalon est un montant» (Mornand, p. 180).

Morasse, alarme (Vidocq), terme passé dans le langage des typographes où il signifie : i° Epreuve faite à la brosse d'une page de journal avant le serrage définitif de la forme ; 2° Ouvriers qui restent à corriger cette épreuve et qui attendent que le journal soit prêt à être mis sous presse (Boutmy). Ce tirage de la dernière épreuve est un sujet d'alarme.

Morfier, manger (1628), sous la forme morfiller (1790) : <( Allons, vieux fiasse, amène-toi, on morjîle à onze plombes dans cette piôle (Hayard) ». Rossignol rend ce verbe par « passer » : « Nous avons vu morfiler le bœuf gras sur la place de la Bastille ! » Sens généralisé : primitivement passer par le gosier.

Mou se aille, excréments (1C28), encore vivacc et populaire, avec les dérivés mouscailler, faire ses besoins (Virmaître) et moiiscailleur, vidangeur (Delvau, Suppl.) ; mot surtout usuel dans le langage des casernes (Merlin), d'où mouscailloux, fantassin (Rigaud).

Niort, dans l'ancienne expression aller à Niort, nier, ignorer (xvic siècle), encore vivacc : Un voleur qui ne veut rien avouer, s'il fait l'ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu'on lui dit, va à Niort (Rossignol).

Pacquelin, pays (1G28), conservé sous cette forme dans le langage des typographes (Boutmy) et sous celle, plus répandue mais récente, de patelin, pays natal, compatriote (Rossignol), principalement dans l'argot des casernes et des marins. 11 prend en quittant son pat'lin, Souvent un' bonn' culotte...

(Mbor, p. 97).

A m' rappelle V patelin (Courteline, p. 16).

Ils retardent dans ce patelinAk... (Mirbeau, p. 9).

Le mot a passé dans les parlers provinciaux : Anjou, etc. Pante, pantre, dupe (Vidocq), tout individu, honnête ou innocent, qui se laisse tromper, avec Je diminutif pantriot. Dans le langage des malfaiteurs :

C'est toujours les pantes qui écoperont... Les peintes sont rares au Château-Rouge (Méténier, p. 166 et i54).

Pègre d' la haute et j' colle un paing Au pantriot, quand i' se r'biffe.

(Bruant, Rue, I, g3).

Les pant's sont couchés dans leurs pieux. Par conséquent je n' gène personne...

(Kichepin, Gueux, p. 175).

Dans celui des souteneurs et des filles : Malheur aux pontes de province Qui tlouaient la taupe à Navet.

(Uichepin, Gueux, p. i83).

Le partie a beau fair' des largesses, Il ne peut être aimé comme nous.

(Bruant, Bue, I, 67).

Il faut être vraiment un ]><mlc pour casquer avec les femmes ( Miténier, p. aa5).

Dans le jargon du voyou : faire le pante, c'est payer pour un autre (Rigaud).

Les pant's doiv'ent me prend' pour un pitre,

Quand, avec les zigs, sur eut' zinc,

J'ai pas d' brais' pour m' fend' d'un litre...

(Uichepin, Gueux, p. iG5).

Dans le bas-langage en général : Tout individu dont la figure, les manières ou les procédés déplaisent, est un pante pour Je peuple; dans le jargon des cochers, un pante est un voyageur qui a donné un bon pourboire (Rigaud).

Ajoutons les dérivés : pantoiser, payer pour un autre, être dupe, dans l'argot des barrières (Rigaud) ; pantrouillard, synonyme de pantre, gonce, chêne, type (H. -France).

Le terme a passé dans les parlent provinciaux : Bresse : pantre, paysan, rustre ; Anjou : mauvais drôle.

Pantin, Paris, et Pantruche (Yidocq) : Que vous soyez d'Aubervilliers ou de Vincennes, vous êtes toujours Pantinois de Paulin (Rossignol).

C'est un métier d' purotin.

Faut trimarder dans Pantin En savates...

(Bruant, Dictionnaire, p. ioj).

Les fortifs... mais c'est la balade Des Pantinois, où chaque lundi Les laborieux en rigolade, Vont respirer l'air ed Bondy.

En admirant la belle nature...

(Idem, p. 3/19).

C'est dans Pantruche eV jour du ternie, C'est Fgrand aria, le r'mue-ménage De Populo qui déménage...

(Rictus, Doléances, p. 45).

A Pantin on a refusé de se laisser échigner (Méténier, p. 90).

Passifs, souliers (1725), mot encore usuel (Hayard, Rossignol), surtout dans la bouche des ouvriers et des typographes (Boutmy).

Paturon, pied (1628), mot jadis familier aux genres burlesque et poissard, aujourd'hui moins répandu ; on le lit dans Rictus, Soliloques, p. 127 :

J' vas pas loin, mon tas chancelle.

Mes paturons, y sont trop las...

Paumer, prendre, saisir et perdre (Vidocq), usuel sous la graphie pomer ou pommer.

La môme Bidoche a été pommée en volant à l'étalage ; j'ai pommé ma bourse, j'ai pommé au jeu (Rossignol).

On en a tiré le dérivé pomaquer, au double sens de prendre et de perdre.

Faudrait buter.' J' s'rais pomaqué !

Mieux vaut bouffer du blanc qu' du rouge...

Or quand la pouffiace a truqué,

Chez moi son beurre est pomaqué.

(Richepin, Gueux, p. 194 et 190),

Le mot a passé dans le langage des typographes : pomaquer, se faire prendre, se faire pincer (Boutmy).

Pègre, voleur (1829), à côté de pégriot, jeune voleur. Oh ! dam ! pour ceux qui sabotent l'ouvrage, pour les pégriots, ça ne rate pas ! (Méténier, p. 289).

On Fa fourré dans la tir' -lire, Avec les pègres d' Pélago.

(Richepin, (lueux, p. 167).

Antre de pègres, de filous, De grecs sinistres et de filles...

(Bruant, Roule, p. 55). '

Mot devenu populaire à Paris et dans la province : Anjou, etc.

Pelure, redingote (Vidocq), ou paletot (Hayard), terme usuel dans le bas-langage et surtout dans le jargon du Temple : « Une pelure est un habit ou une redingote » (Mornand, p. 180).

J'enquille ma pelure à manger le rôti (Virmaître).

Tu vas me tacher ! — Eh bien, ôte ta pelure (Méténier, p. 28G).

Cf. Littré : Pelure, populaire et par plaisanterie, redingote, vêtement de dessus : 11 fait froid, j'ai mis une pelure.

Le mot a passé dans les parlers provinciaux, au sens de § vêtement », par exemple dans l'Anjou : que je quitte ma pelure (Verrier et Onillon).

Pèze, argent (Tidocq), mot populaire.

\.\ pua qu' nib et c'est d' la foutaise, Mais i' s' l'ont encor' clos chopins Avec leur pèze...

(limant, Route, p. i5o).

C*esl l'heure qu'elle rapplique à la turne avec sa pèze (Méténier, p. laS).

Pi.zoï ii. il., paysan (1800), aujourd'hui, pedzouille, mot devenu populaire.

Il s'emballa au point de traiter Coupeau lui-même de pedzouille, en l'accusant de ne pas savoir faire respecter un ami par sa femme (Zola, p. 373).

Dans l'Anjou, petzouille désigne le paysan mal dégrossi. Picton, vin (1800;, désigne dans le bas langage le petit vin nouveau un peu vert, d'où pictonner, boire ferme.

Boire un coup de piéton à la santé du loupiot (Méténier, p. 88).

De môme, dans l'Anjou : boire un coup de pictoii (Verrier et Onillon).

Pieu, lit (Vidocq), mot très populaire : se fourrer au pieu, se coller dans le p/pu (Virmaître) ; de là pielter, se coucher, et dépieuter, sortir du lit (Rossignol).

Laisse un peu coucher dans ton pieu Nos amourettes.

(Bruant, Route, p. i34).

Ben sûr qu'y s'apprèt' à s' pieuter Des gigolett's, des p'tit's fumelles...

(B ictus, Doléances, p. 80).

Terme très répandu dans le langage des casernes (Merlin) qui l'a propagé dans les parlers provinciaux. En Anjou, on dit pieu et piou : il va être temps de se mettre dans le pieu, je vas me mettre dans le piou (« sens d'un usage très courant dans toute la région », Verrier et Onillon).

Piolle, taverne (1628), et piaule, logement (Vidocq), désigne la « maison » dans le bas-langage (Virmaître), d'où empiauler, emménager (Hayard).

La môme ! je te gobe ! si tu veux, je prends la piaule sous faux bl;i/<\.. (Méténier, p. 195).

Le v'ià dans sa piaule au sixième.

(Rictus, Doléances, p. 7Ô).

Plus un radis à la piole et rien dans le battant (Poulot, p. 76J.

Dans le langage du voyou, piolle, c'est l'hôtel garni à la nuit (Rigaud) ; H. -France cite en outre se piauler, rentrer chez soi, et piolier, propriétaire.

Pioncer, dormir (Vidocq), mot devenu tout à fait populaire. Je m'en vas vous empêcher d' pioncer.

3' ronfle comme un' toupie d'AH'magne.

(Richepin, Gueux, p. 170).

Il l'tait menuit. et j' pionçais d'bout Pour m' gourer d' la lance et d' la boue.

(Rictus, Doléances, p. Si).

En voilà déjà deux qui pioncent sur la table (Poulot, p. 187). Avant d'aller pioncer chacun dans son dodo... (Zola, p. S69).

Ce terme, très familier au langage des casernes, a passé dans les parlers provinciaux : Normandie, Bresse, etc.

Pitancher, boire (1690), mot depuis longtemps populaire (on le lit dans Vadé). Dans le parler angevin, pitanche désigne l'ivrogne : quel pilanche ! (Verrier et Onillon).

Prvois, vin (1597), et pive (i836), vivace sous l'une et l'autre formes.

Flairant les carrefours, les ruelles lointaines, Où les bons mastroquets versent le bleu pivois.

(Richepin, Gueux, p. io4).

C'est comm' les curés : des Jean-fesse, Un tas d' clients qui foutent rien Que d' licher du pive à la messe...

(Bruant, Rue, I, 194).

Terme depuis longtemps populaire, également familier au genre burlesque et poissard (cf. t. I, p. 68).

Placarde, place d'exécution, place publique (Vidocq), encore usuel avec ce dernier sens : Lorsqu'un marchand a obtenu une place dans une fête ou marché, il a s& placarde (Rossignol).

Plan, prison (Vidocq), possède en outre ces sens dans le baslangage :

i° Mont-de-piété (Virmaîtrc) ;

Mettre sa pendule en plan pour payer un billet de vingt francs (Zola, p. 36/»).

20 Hospice des Enfants Trouvés (Rigaud) ;

3° Etui où les voleurs mettent leurs pinces, limes et autres outils d'effraction (H. -France).

Le sens primitif est encore usuel dans le langage des casernes : être au plan, être consigné (Delvau) ; celui de a gage » (mettre en plan) se lit déjà en 1808 chez d'Hautel.

Planquer, cacher (Vidocq), forme postérieure du primitif PLANTER, même sens (Villon).

l'n me couchant, je suis obligé de planquer mon porte-monnaie pour que ma femme ne fasse pas une descente (Rossignol).

L'argot en a tiré planque, cachette et cachot, encore vivace : Un agent de police est en planque lorsqu'il est en un endroit quelconque pour surveiller un individu (Rossignol). \ présent qu' me v'ià dans les planques Et qu' je n' peu* pas t' coller des tas...

(Bruant, Rue, II, 27).

Le sens primitif survit aussi dans le langage des imprimeurs : Planquer des sortes, cacher des lettres qui entrent en grande quantité dans un travail en cours d'exécution (Boutmy).

Plâtre, argent, monnaie (Vidocq) ; avoir du plâtre, posséder beaucoup d'argent (Virmaitre). Terme passé dans le bas-langage comme ses nombreux synonymes : aubert, braize, pèze, etc.

Poisser, voler, poisse, voleur (Vidocq) : se faire poisser est se faire arrêter (Rossignol).

Viens-tu? J' vas poisser de l'auber...

(Richepin, Gueux, p. 181).

Y f'ra un coup... et s' fra poisser...

(Rictus, Doléances, p. 21).

Ponifle, prostituée (iG34), et ponante (Vidocq), terme passé dans le bas-langage, surtout sous la première forme.

Et si la p'tit' ponif triche

Su' 1' compt' des rouleaux, (lare au bataillon d' la guiche !

C'est nous qu'est le dos.

(Richepin, Gueux, p. 191).

Ami des ponanV s, ami des artistes...

(Rictus, Doléances, p. 9G). Les femmes sont des ponif s, des crevettes à filet, des morues... (Poulot, p. i34).

Profonde, poche (1790), mot devenu populaire, usuel surtout dans le langage des casernes.

Trois cuites à prendre, trois profondes à vider... On a quinze balles dans la profonde. (Poulot, p. i53 et 209).

'ÎLitt CONCLUSION

Un peu de monnaie, quoi ! trois qnat' francs .' histoire de ne pas battre le chemin sans seulement un pauvre pebmd dam sa profonde. (Courteline, p. G5).

Le terme a passé dans les parlers provinciaux : en Anjou, profonde, c'est la poche du vêtement considérée comme servant de bourse : « ce vocable tiré de l'argot se dit en plaisantant ». (Verrier et Onillon).

Ql art-d'oeil, commissaire de police (1790), aujourd'hui souvent abrégé en quart (Hayard).

Je jaspinerai au quart... Le lendemain, le quart les envoie à la Tour... Je vas revenir avec le quart-d'œil (Méténier, p. 196, 217 et ï42).

Quille Jambe (f455), vieux mot de jargon depuis longtemps populaire, a passé dans la langue générale et dans les patois !, où il désigne surtout une longue jambe.

Uabouin, diable (1800), encore vivace et désignant, au pluriel, les Bohémiens (Rossignol). Le mot aurait été jadis employé dans l'argot des coulisses 2 et il n'est pas resté étranger aux parlers provinciaux. Nizier de Puitspelu l'atteste pour le Lyonnais ; dans l'Anjou, raboutas est le nom méprisant sous lequel les forains sérieux désignent les roulottiers bohèmes (Verrier et Onillon).

Raille, agent de police (Vidocq), terme passé dans le baslangage comme ses synonymes cogne, fîique et rousse. Les mouchards, les rognes et les railles Qui s'occup'nt de tout... et de rien...

(Bruant, Dictionnaire, p. i4).

Pourles filles, les railles sont les inspecteurs du bureau des mœurs (Parent-Duchàtelet).

Rappliquer, revenir (Vidocq), mot devenu populaire.

Huit jours après la noe' rapplique... (Bruant, Route, p. 10G). Vous allez voir rappliquer le commissaire (Mirbeau, p. 353).

Le mot, très usuel dans le langage des casernes (Merlin),

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